Économie

Depuis le Sénégal, le Québec avance en Afrique

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Mis à jour le 16 juin 2021 à 10:28

Iya Touré a été nommé délégué général du Québec à Dakar en janvier 2021. © Catherine Mercier

Iya Touré, délégué général de la Belle province à Dakar – une fonction unique pour l’instant en Afrique subsaharienne – veut renforcer les investissements québécois sur le continent.

Depuis 2018, le Québec dispose d’une délégation générale établie à Dakar, qui représente la Belle Province auprès de douze pays francophones en Afrique de l’Ouest et au-delà, jusqu’au Cameroun. Véritable ambassade bis, aux côtés de celle de la fédération canadienne, cette représentation joue un rôle politique et culturelle mais plus encore économique.

Elle est dirigée depuis le début de cette année par Lya Touré, ancien d’Investissement Québec (IQ), où il était chargé des filières mines et énergies. L’occasion pour ce Québécois d’origine sénégalaise et guinéenne de garder le contact avec un continent qu’il avait quitté pour suivre ses études à HEC Montréal. Il revient dorénavant au pays pour faire la promotion d’un modèle dont il a lui-même su bénéficier. Comme pour mieux inspirer la jeunesse africaine.

Notre délégation générale est le vaisseau amiral de la province en Afrique subsaharienne

Jeune Afrique : Une délégation générale du Québec à Dakar, pour quoi faire ?

Iya Touré : L’idée d’une implantation au Sénégal date du Sommet de la Francophonie de Dakar en 2014. La relation avec ce pays est très particulière car il a fait beaucoup pour la reconnaissance du rôle du Québec dans la communauté francophone. Notre délégation générale est donc le vaisseau amiral de la province en Afrique subsaharienne. Elle permet de placer le Québec sur la carte de l’Afrique.

Avec quels mandats ?

Nous assurons une représentation gouvernementale, avec mission de renforcer les liens politiques et surtout économiques avec les pays de la sous-région. Identifié comme l’un des cinq piliers de la « Vision Afrique » du gouvernement, le volet économique doit prendre de l’ampleur à mesure que se développeront les partenariats à travers le continent.

Pour cela, nous travaillons selon trois axes : améliorer le ressenti des acteurs publics et privés québécois qui cherchent à travailler avec l’Afrique ; poursuivre les actions de coopération engagées par le Québec depuis cinquante ans sur le continent et, depuis un an et demi, assurer la promotion de la politique migratoire de la province destinée à alimenter son marché du travail en recrutant localement.

Quels sont les principaux atouts de la province face à une concurrence internationale qui s’intéresse de très près à l’Afrique ?

Nous ne disposons évidemment pas des moyens financiers de la Chine ou d’autres pour exister sur le continent. Nous nous appuyons donc sur les secteurs stratégiques qui font depuis longtemps notre renommée à l’international, dans les infrastructures et l’énergie, les mines et l’agriculture, et bien sûr, la formation.

Les Africains apprécient notre pragmatisme nord-américain, basé sur une culture des résultats, que nous pouvons aussi leur proposer en français. À nous de faire savoir aux Africains que nous existons et que nous pouvons être le partenaire qu’ils recherchent dans des domaines d’activité correspondant à leurs besoins identifiés.

Comment évolue l’intérêt du secteur privé québécois pour l’Afrique ?

Pour l’instant nos entreprises regardent davantage les marchés américains et s’intéressent encore assez peu à l’Afrique. Notre travail, à la Délégation générale, consiste donc à mieux faire connaître le continent pour qu’il soit considéré par nos entrepreneurs comme une terre d’opportunités à saisir.

À part le secteur minier, la présence québécoise est encore timide en Afrique, mais nous ne sommes qu’au début d’une dynamique et notre rôle consiste à motiver les entreprises à venir s’implanter ici, en faisant notamment fructifier les liens tissés au fil du temps grâce à la formation.

Le secteur privé africain est demandeur de l’expertise québécoise, il doit aujourd’hui comprendre que nous sommes prêts à la mettre à sa disposition.

Que manque-t-il au Québec pour exister davantage en Afrique ?
Nous devons développer les échanges avec le continent et y multiplier les initiatives pour le convaincre que nous souhaitons bâtir ensemble dans la durée. Investissement Québec International (IQI) envisage d’envoyer un représentant permanent à Dakar d’ici à 2022, justement pour renforcer notre présence économique.

En attendant l’arrivée d’une liaison aérienne directe qui, par-delà l’océan Atlantique, permettra d’établir un pont entre la porte d’entrée de l’Afrique francophone et le pays de langue française le plus important d’Amérique du Nord.