Politique

RDC : qui sont les piliers de l’Union sacrée de Tshisekedi ?

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Par - À Kinshasa
Mis à jour le 30 mai 2021 à 10:29

Christophe Mboso Nkodia Pwanga, Jean-Marc Kabund-a-Kabund, Samy Badibanga et Modeste Bahati Lukwebo. © Photomontage

Bahati Lukwebo, Badibanga, Mboso… Au sein du Parlement comme de l’exécutif, la nouvelle majorité compte des personnalités de partis et de points de vue bien différents, avec lesquelles elle sait qu’elle va devoir composer. Portraits de quelques-unes de ces figures clés.

Modeste Bahati Lukwebole transfuge  

Le nouveau président du Sénat, Modeste Bahati Lukwebo.

Le nouveau président du Sénat, Modeste Bahati Lukwebo. © PRESIDENCE RDC

Le 2 mars 2021, soutenu par lUnion sacrée de la nation (USN)Modeste Bahati Lukwebo (65 ans), a été élu président de la chambre haute du Parlement en remplacement du pro-Kabila Alexis Thambwe Mwamba. Pourtant, pendant nombre d’années, le sénateur du Sud-Kivu été l’un des influents caciques du camp de Joseph Kabila. Plusieurs fois ministre, chargé des portefeuilles du Plan, puis de l’Économie, dans les gouvernements Matata et Tshibala, son nom a fait partie de la shortlist de Félix Tshisekedi pour le poste de Premier ministreconfié à Sama Lukonde Kyenge, le 15 février dernier. 

Président de l’Alliance des forces démocratiques du Congo et alliés (AFDC-A)Bahati Lukwebo avait toujours manifesté son souhait de diriger une institution dans la nouvelle administration, justifiant cette ambition par le poids de son parti – qui était jusqu’à présent la deuxième force politique du Front commun pour le Congo (FCC), la plateforme de Kabila, avec 145 élus.  

C’est d’ailleurs en raison du désaccord régulier qu’il avait avec ses partenaires sur la place accordée à son parti au sein des institutions, que Bahati Lukwebo se sépare finalement du camp de Joseph Kabila en 2019. Il se rapproche alors de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), le parti présidentiel, et participe activement à la rupture entre Tshisekedi et Kabila. Il est l’un des artisans de l’Union sacrée puisque, le 31 décembre 2020le chef de l’État le nomme au poste d’informateur, chargé d’identifier et de former une nouvelle majorité parlementaire 

Samy Badibangale fidèle  

Samy Badibanga, à Paris, le 2 septembre 2019.

Samy Badibanga, à Paris, le 2 septembre 2019. © Vincent Fournier/JA

Quand le 21 octobre 2020, Félix Tshisekedi préside la prestation de serment (au forceps) de trois nouveaux juges de la Cour constitutionnelle, Samy Badibanga Ntita (58 ans), est le seul membre d’un bureau de l’une des deux chambres du Parlement à honorer le chef de lÉtat de sa présence. En tant que premier viceprésident du Sénat, il sest efforcé de convaincre les parlementaires du FCC, d’Ensemble, le parti de Moïse Katumbi, et du Mouvement de libération du Congo (MLC) de Jean-Pierre Bembade participer à cette cérémonie boycottée par la plateforme de Joseph Kabila. 

Il se verra ensuite confier d’importantes responsabilités dans la mise hors-jeu du FCC. Nommé parmi les cinq assistants de linformateur Bahati Lukwebo pour identifier une nouvelle majorité en faveur de Félix TshisekediSamy Badibanga a toujours su garder sa proximité avec lUDPS, même après en avoir démissionné. Il a par ailleurs utilisé son expérience d’éphémère ex-Premier ministre de Joseph Kabila (de novembre 2016 à février 2017), pour rallier plusieurs députés à la cause de lUSN. Il a également rédigé et lancé les pétitions qui ont fait tomber ses anciens pairs du bureau du Sénatdont Alexis Thambwe Mwamba. Le 5 mars dernier« Samy », avec laccord de Félix Tshisekedi, a démissionné de son poste de premier viceprésident du Sénat, mais reste plus que jamais dans la stratégie et au côté du chef de lÉtat, dont il assume la proximité.  

Christophe Mboso, le doyen 

Christophe Mboso Nkodia PWanga, le nouveau président de l’Assemblée nationale congolaise.

Christophe Mboso Nkodia PWanga, le nouveau président de l’Assemblée nationale congolaise. © DR / Assemblée Nationale RDC

Son âge, 78 ans, le même que celui du président des États-Unis, lui vaut d’être surnommé « Biden » par les autres députés. Élu au perchoir le 3 février dernier, Christophe Mboso N’kodia Pwanga est devenu l’un des éléments clés dans la stratégie de Félix Tshisekedi et de l’USN. En tant que doyen de l’Assemblée, il dirigeait déjà le bureau provisoire de la chambre basse depuis décembre 2020, à la suite de la destitution de l’ex-présidente de l’Assemblée, Jeanine Mabunda, une fidèle de Joseph Kabila. Cofondateur du Parti démocrate et social-chrétien (PDSC), en 1990, Christophe Mboso N’Kodia Pwanga est membre et secrétaire exécutif de l’Alliance des bâtisseurs pour un Congo émergent (ABCE, anciennement membre du FCC), qui compte douze députés nationaux, un sénateur et plusieurs députés provinciaux. 

Initialement, Félix Tshisekedi pensait à JeanPierre Lihau pour le perchoir (il sera finalement nommé vice-Premier ministre au sein du gouvernement Sama Lukonde Kyenge). Mais, par sa gestion des plénières qui ont fait couler le bureau Mabunda et le gouvernement IlunkambaChristophe Mboso sest imposé comme incontournable dans le dispositif de l’USN. Désormais président de l’Assemblée nationale – deuxième personnalité du pays dans l’ordre protocolaire , cest par lui que Félix Tshisekedi compte obtenir toutes les réformes (électorales, sécuritaires, économiques, sociales…) nécessaires au pays. Et qui seront indispensables au chef de l’État s’il veut pouvoir prétendre à un second mandat. 

Jean-Marc Kabund-a-Kabund, le stratège

Le président intérimaire de l’UDPS, Jean-Marc Kabund-a-Kabund, Kinshasa, le 15 septembre 2016.

Le président intérimaire de l’UDPS, Jean-Marc Kabund-a-Kabund, Kinshasa, le 15 septembre 2016. © Gwenn Dubourthoumieu pour JA

Considéré comme celui qui a pensé et conçu la chute du FCCla redoutable machine politique qui garantissait un certain pouvoir au président de la République honoraire, Joseph KabilaJeanMarc Kabund-a-Kabund est l’un des piliers de la nouvelle majorité et un incontournable sur bon nombre de dossiers stratégiques. Il a récupéré son poste de premier vice-président de l’Assemblée nationale début févrieraprès avoir mené de main de maître la révolution qui a fait sombrer le FCC. 

Destitué de sa fonction au sein du bureau de l’Assemblée en mai 2020, Kabund pouvait enfin opérer librement, débarrassé des brides que lui imposait sa position d’autorité parlementaire, et grâce à l’expérience en matière de mobilisation qu’il a acquise en tant que président intérimaire de l’UDPS. Et cest en lui que le Cap pour le changement (Cach), la plateforme de Tshisekedia trouvé l’homme capable de retourner la situation en sa faveur. Kabund a non seulement empêché lélection de sa remplaçante (pourtant désignée par Félix Tshisekedi)il est aussi parvenu à doucher les espoirs de Ronsard Malonda. La désignation de ce dernier à la présidence de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), entérinée par l’Assemblée nationale, était contestée par les confessions religieuses et le Comité laïc de coordination (CLC)Kabund aura également été de toutes les manœuvres qui ont conduit à la chute, humiliante, du bureau de l’Assemblée nationale, ouvrant ainsi la voie à la formation du gouvernement de lUnion sacrée, dont beaucoup de membres se reconnaissent en lui.  

Thethe Kabwa Kabwe, le conseillerexécutant 

Le 7 novembre 2020, au moment où Tshisekedi sapprête à officialiser le divorce avec Joseph Kabila, Gaston-Thethe Kabwa Kabwe fait partie de la délégation congolaise dépêchée auprès de Paul Kagame, au Rwanda, dans le cadre dune mission diplomatique relative à la situation politique du pays type de mission dans lequel l’avocat est régulièrement impliqué. Officiellement, « maître Theth», comme beaucoup le surnomment, est directeur de cabinet adjoint de François Beya, conseiller spécial en matière de sécurité du chef de lÉtat. Mais depuis quelque temps, avec la bénédiction de son mentor, il sest fait une place de choix dans le premier cercle des conseillers de Félix Tshisekedi et participe même à la stratégie du chef de l’État, dont il exécute et fait exécuter les instructions.  

Titulaire d’un master 2 de recherche en droit comparé et d’un doctorat en droit privé de l’université de Paris-I (Panthéon-Sorbonne), Thethe Kabwa Kabwe est actuellement professeur à l’Université de Kinshasa (Unikin) et avocat au barreau de Kinshasa – La Gombe. Membre du comité de suivi de laccord FCC-Cach, qui liait la plateforme de Félix Tshisekedi à celle de son prédécesseurl’avocat a participé à toutes les étapes de la courte vie (deux ans) de cette coalition, avant de s’imposer parmi les acteurs clés de la création de l’Union sacrée. « Sa disponibilité, son engagement, son tempérament calme et son humilité, sont les éléments qui jouent en sa faveur », dit-on de lui dans l’entourage du président.