Politique économique

Pétrole, mine, bois : comment le Gabon prépare son retour à l’Itie

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Mis à jour le 18 mai 2021 à 16h53
Le Gabon compte officialiser sa candidature d’ici à la fin du troisième trimestre 2021. Ici, au large des côtes de Port-Gentil, au Gabon.

Le Gabon compte officialiser sa candidature d'ici à la fin du troisième trimestre 2021. Ici, au large des côtes de Port-Gentil, au Gabon. © Justin TALLIS/AFP

Radié en 2013 de l’initiative en faveur de la transparence du secteur extractif, le Gabon, fortement encouragé par le FMI, s’emploie à relancer le processus.

Léontine Tania Oyouomi-Loumbou ne chôme pas. Début mai, la nouvelle présidente du groupe d’intérêt de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (Itie) du Gabon a convoqué la première assise du groupe multipartite (GMP) réunissant trois collèges (administration, société civile et entreprises).

Une nécessité avant l’audience, prévue une semaine plus tard, avec la mission du Fonds monétaire international (FMI) en séjour à Libreville du 28 avril au 17 mai.

Alors qu’il avait fait partie des premiers pays à rejoindre en 2004 l’Itie, lancée en 2002 par Tony Blair, le Gabon en a été radié en février 2013 pour non-publication de plusieurs rapports, malgré des rappels à l’ordre du secrétariat international de l’initiative, basé à Oslo.

Après quelques années de flottement, Libreville – qui n’a plus qu’un statut d’observateur – veut maintenant se donner les moyens de réintégrer l’Itie au plus vite, avant la fin de l’année.

Engagement auprès du FMI

D’autant que le Gabon s’y était engagé auprès de l’institution de Bretton Woods en 2017, au moment de la conclusion du dernier programme économique et financier, sans toutefois réussir à tenir les deux premières échéances de dépôt de dossier qu’il s’était fixé, en septembre 2019 puis en mars 2020.

Léontine-Tania Oyouomi-Loumbou semble avoir donné un coup d’accélérateur au processus

Deux ans après son exclusion, le Gabon avait lancé, en 2015, un plan de retour dans l’Itie, le président Ali Bongo nommant son conseiller, Michel Antseleve, à la tête du groupe d’intérêt.

Mais la structure a connu des difficultés, pénalisée notamment par une absence de moyens qui s’est traduite par l’accumulation d’arriérés de paiement concernant le loyer de son siège.

La nomination en novembre 2020 de Léontine-Tania Oyouomi-Loumbou semble avoir donné un coup d’accélérateur au processus. Cette économiste de 37 ans, qui a effectué sa carrière au ministère du Pétrole, du Gaz et des Mines, a pris les choses en main, renouant le dialogue avec le secrétariat international.

Quelques dispositions de ce décret ont néanmoins suscité des réserves

« Nous avons précisé à Oslo que le dépôt de la candidature se ferait idéalement en fin d’année 2021. Mais notre souhait serait que les efforts conjugués au sein du groupe multipartite nous permettent d’anticiper la procédure au cours du troisième trimestre 2021 », pointe-t-elle.

La société civile veut y croire

Bénéficiant d’une meilleure représentativité avec six membres sur dix-neuf – l’administration en disposant de huit et les entreprises de cinq –, la société civile veut également y croire. « Nous percevons une volonté commune d’avancer », confirme Guy René Mombo Lembomba de « Déclarez ce que vous payez », qui représente la société civile pour le secteur pétrolier au sein du groupe d’intérêt.

Un décret de mars, qui permet de s’arrimer à la norme 2019 de l’Itie, donne la possibilité aux collèges de la société civile et des entreprises des secteurs extractifs de recourir à une expertise supplémentaire si cela est nécessaire.

« Quelques dispositions de ce décret ont néanmoins suscité des réserves de notre part », note Yvon Martial Ntzantzi Miyagou, coordonnateur de l’ONG Croissance saine environnement, préférant toutefois réserver la primeur de ses observations au groupe multipartite.

Collaboration du secteur privé

Les défis demeurent importants. Si le règlement intérieur et les statuts sont en cours de finalisation, il faut encore recruter un secrétaire technique permanent, cheville ouvrière du processus. Un appel à candidature devrait être lancé dans les prochains jours afin que l’opération soit bouclée en juin au plus tard.

Au-delà de la question du siège, Libreville devra, entre autres exigences imposées par l’Itie, doter le groupe d’intérêt d’un budget pour le rendre autonome. La loi de finances rectificative, qui doit être examinée par le parlement d’ici à juillet, serait le moyen de remédier à ce manquement.

Quant à la production des données par les acteurs pétroliers, miniers et forestiers, exigence permettant d’enrichir les rapports produits par le groupement, elle est encore à l’état de chantier. « Je n’ai pour le moment aucune raison de douter de leur attitude ni de leur collaboration », assure Léontine-Tania Oyouomi-Loumbou, rappelant que le secteur privé était présent lors de sa prise de fonctions ainsi qu’à la première réunion du GMP.

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