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RDC-Banque mondiale : pourquoi 500 millions de dollars, maintenant ?

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Mis à jour le 17 mai 2021 à 16h02
Le président de la RDC Félix Tshisekedi et le président de la Banque mondiale David Malpass, en septembre 2019.

Le président de la RDC Félix Tshisekedi et le président de la Banque mondiale David Malpass, en septembre 2019. © Banque mondiale

Ce nouveau financement, approuvé dans un contexte de réchauffement des relations entre Kinshasa et Washington, et conditionné à la mise en place de solides garanties, permettra de financer des infrastructures de première importance. Explications.

« Kin Elenda contribuera à résoudre les difficultés d’accès aux services de base et à réduire l’exclusion socio-économique dans les zones urbaines », promet Jean-Christophe Carret, directeur des opérations de la Banque mondiale pour la RDC, au sujet du programme de financement de 500 millions de dollars, approuvé le 30 mars par le conseil d’administration de l’institution et signé le 12 mai par le ministre des Finances congolais, Nicolas Kadima Njuzi Kazadi.

De façon plus concrète, le « projet de développement multisectoriel et de la résilience urbaine de Kinshasa », également appelé « Kin Elenda », vise à combattre deux situations paradoxales.

Infrastructures vétustes

En premier lieu, les infrastructures et services publics de Kinshasa – troisième ville la plus peuplée d’Afrique avec ses 14 millions d’habitants  (pour une population de 87 millions en RDC en 2017) –,  sont vétustes : seulement 44 % de la population a accès à l’électricité, rappelle dans un rapport l’institution dirigée depuis 2019 par l’Américain David Malpass.

Par ailleurs, en RDC – pourtant l’un des pays africains disposant des ressources hydrauliques les plus abondantes –, la Banque mondiale  estime que « la part des ménages ayant accès à l’eau courante (…) a diminué de 90 % environ en 2014 à 72 % en 2018 ». En cause, selon l’institution multilatérale, le fait que « la plupart de l’eau potable de Kinshasa provien[ne ] de la station d’épuration de Ndjili, qui souffre d’importantes coupures dues aux inondations et à la pollution, et qui est sujette à des pénuries d’eau saisonnières ».

« L’accès à l’assainissement de base a chuté de 65 % en 2014 à 55 % en 2018, et il n’existe aucun traitement des déchets humains générés dans la ville », ajoute encore le rapport de la Banque mondiale.

Le nouveau financement de 500 millions de dollars est composé d’un prêt de 250 millions de dollars de la Banque mondiale et d’un don de 250 millions de l’Association internationale de développement – branche du groupe Banque mondiale consacrée aux pays les plus pauvres. Cette somme représente un total de 20 % des ressources accordées par l’institution multilatérale pour la reconstruction et la réhabilitation d’infrastructures de première nécessité en RDC depuis 2001. Plus de 2 millions de personnes bénéficieront des aménagements prévus.

Expérience et garanties

La décision d’accorder une enveloppe aussi importante à Kinshasa intervient en connaissance de cause.

Dans son rapport sur le programme [PDF], la Banque mondiale reconnaît que « le risque global lié à la gestion financière [du projet] au moment de sa préparation est élevé ». Pour autant, différentes mesures de « mitigation » ont été prises par l’institution pour s’assurer que ce projet soit mené à son terme.

La Banque mondiale note par exemple qu’elle a une longue expérience dans le développement d’infrastructures en RDC, comme le prouvent les 4 milliards de dollars investis dans de tels projets depuis vingt ans. De fait, « Kin Elenda » est le prolongement naturel d’initiatives conduites depuis 2008, notamment le projet d’approvisionnement en eau en milieu urbain (PEMU), mené en partenariat avec Régie de distribution d’eau de la RDC (Regideso), dont la gouvernance a été renforcée. Un projet conduit alors initialement pour six ans, prolongé de deux ans et que Kin Elenda vient compléter.

L’institution multilatérale a d’ailleurs pris les devants pour ce nouveau projet. « La préparation a servi à rendre un montant substantiel d’investissements prêts à être contractés avec efficacité. Un montant estimé à 240 millions de dollars de contrats est suffisamment avancé pour être contracté la première année de mise en œuvre », assure la Banque mondiale.

Favoriser l’inclusion socio-économique

Un total de 255 millions de dollars sera alloué aux services de base (eau, déchetterie, électricité, assainissement) et 100 millions serviront à améliorer les infrastructures de quartiers (routes, risque d’inondations et d’érosion des infrastructures, réhabilitation des espaces publics). Enfin, 105 millions de dollars seront investis pour favoriser l’inclusion socio-économique (développement des compétences, prévention contre les violences faites aux femmes et l’autonomisation économique et sociale des femmes), 10 millions de dollars dans l’urbanisme et l’aménagement du territoire ainsi que 10 millions dans l’aide à la gouvernance.

Dès la première année, 145 millions de dollars seront investis, soit un peu moins d’un tiers du budget total (29%).

 

Réchauffement des relations avec Washington

Il faut également noter que ce nouveau financement est approuvé dans un contexte de réchauffement des relations entre Kinshasa et Washington, qui entretenait des rapports particulièrement difficiles avec l’administration du président Joseph Kabila.

Quoi qu’il en soit, outre une préparation minutieuse, la Banque mondiale a également pris des précautions particulières quant à la conduite des opérations du projet Kin Elenda.

Des discussions approfondies ont été menées entre le gouvernement du président Félix Tshisekedi et les équipes de David Malpass. Les deux hommes se sont rencontrés en septembre 2019, quelques mois après leurs prises de fonctions respectives, et ont évoqué, entre autres, « la transparence, la reddition de comptes et le respect de l’État de droit », a indiqué le patron de la Banque mondiale.

Dans le cas spécifique de Kin Elenda, un comité stratégique sera mis en place pour superviser et guider les projets et s’assurer de la cohérence avec les stratégies nationales. Il s’assurera également de la coordination avec les différentes parties prenantes au niveau national. Le comité sera présidé par le ministre de l’Urbanisme et de l’Habitat, Mbayu Mukala Pius Mwabilu, et coprésidé par le ministre des Infrastructures, des Travaux publics et de la Reconstruction, Alexis Muvunyi Gizaro.

Implication des populations locales

Plus concrètement, la Banque mondiale a confié la mise en œuvre du projet à une unité de coordination du projet rattaché à la Cellule d’infrastructures dirigée par Théophile Ntela Lungumba organe technique du ministère des Infrastructures, des travaux publics et de la reconstruction qui a de l’expérience dans la gestion d’investissements à grande échelle et a déjà travaillé avec l’institution internationale.

Ne laissant rien de côté, la Banque mondiale a également tenu à s’assurer de l’implication et  de »l’appropriation » par les populations locales de ces projets, autres garanties implicites de leur développement sans à-coup.

« Non seulement les investissements économiques cibleront les quartiers les plus pauvres, mais environ 80 millions de dollars seront versés sous forme d’activités « argent contre travail  » et de salaires aux travailleurs les plus précaires sur les chantiers », assure la Banque mondiale. Selon l’institution, « cela aidera à relever les défis liés au Covid-19 en protégeant les populations pauvres et vulnérables, et en préservant leurs moyens de subsistance ».

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