Start-up

Erick Yong (GreenTec) apporte la « deutsch qualität » aux start-uppers africains

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Mis à jour le 13 mai 2021 à 16h52
Erick Young est le co-fondateur de GreenTec Capital Partners.

Erick Young est le co-fondateur de GreenTec Capital Partners. © greentec-capital.com

L’allemand GreenTec Capital Partners, co-fondé par l’investisseur d’origine camerounaise, mise sur la finance à impact pour faire décoller les entrepreneurs du continent.

Faire traverser aux start-up africaines la « vallée de la mort », cette période critique entre le décollage et la première levée de fonds. C’est la spécialité de Erick Yong, patron et co-fondateur de GreenTec Capital Partners, un fonds de capital-risque allemand basé à Francfort-sur-le-Main et spécialisé dans la finance à impact en Afrique.

Fils d’un diplomate camerounais, né à Bonn et formé en France à l’ISEG, Erick Yong a enchaîné plusieurs expériences dans le marketing, la gestion de projets et le développement commercial. En 2015, il s’associe à Thomas Festerling, un Allemand issu du monde de la finance avec onze ans de carrière dans la branche gestion d’actifs et de patrimoine de Deutsche Bank, pour créer GreenTec Capital Partners.

Six ans plus tard, le fonds compte une quarantaine d’employés dont un tiers d’experts installés en Afrique. Il détient des participations directes dans une vingtaine de start-up et PME du continent, dont un tiers en zone francophone. Présent dans douze pays africains et détenteur d’un portefeuille de 4 millions d’euros, l’investisseur ambitionne de passer à la vitesse supérieure avec un objectif de 400 prises de participation à l’horizon 2023.

Les jeunes pousses en question opèrent dans des secteurs à fort potentiel : l’alimentation du futur (engrais organiques, farine d’insectes), le recyclage de déchets, le dessalement de l’eau, la santé, l’éducation, l’énergie verte, le e-commerce ou encore les données massives (big data).

Parmi elles figurent Biophyto (agriculture bio) au Bénin, Coliba (recyclage) en Côte d’Ivoire, Freshbag (agriculture équitable) au Cameroun, Ecodudu (déchets) au Kenya, Afrilife (apiculture) en Tanzanie, SuperFluid Labs (data) au Ghana ou encore Farmcrowdy (agro-tech) au Nigeria.

Expertise plutôt que cash

Au Nigeria, GreenTec finance aussi une autre pépite, remarquée par le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud). Il s’agit de la start-up Powerstove Energy, dans laquelle GreenTec a pris 6%, sélectionnée par le Pnud pour présenter son projet devant un parterre d’investisseurs le 3 juin prochain lors du SDG Finance Geneva Summit.

La finance d’impact ce n’est pas de la philanthropie

L’ambition de Powerstove Energy, qui a mis au point des fourneaux de cuisson écologique permettant en même temps de produire 50 watts d’électricité, est de lever 1,5 million de dollars (equity et dette) afin d’équiper de nouvelles usines pour assurer son développement au Nigeria et en Afrique de l’Est. Un exemple type d’entrepreneuriat à impact environnemental et social tel que recherché par GreenTec.

De 35 000 à 85 000 euros investis en moyenne

« La finance d’impact ce n’est pas de la philanthropie, c’est une finance de démarrage dans un écosystème multi-acteurs constitué de sociétés de capital-risque et d’agences de développement, qui octroient des prix, des bourses et permettent à l’entreprise d’intégrer des programmes, type accélérateurs et hub impact », souligne Erick Yong.

« A contrario d’investisseurs classiques, nous suivons de très près l’entreprise, en l’accompagnant dans ses décisions pour optimiser ses ressources et en l’aidant à s’y retrouver dans cet écosystème de financements internationaux et de programmes », explique-t-il.

Concrètement, GreenTec Capital investit de 35 000 à 85 000 euros en moyenne – principalement pour apporter de l’expertise et des compétences opérationnelles – durant la première année d’accompagnement dans des entreprises à la capacité de croissance exponentielle, c’est-à-dire qui ont généré au moins 50 000 euros de revenus et cherchent à se développer dans plusieurs marchés.

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« Nous évitons les sociétés qui n’ont qu’un seul fondateur, nous cherchons des entrepreneurs qui ont la capacité de travailler en équipe et avec des partenaires internationaux », souligne le patron de GreenTec Capital, qui prend des participations de 6 à 12%, met l’accent sur la fourniture d’expertise plutôt que de cash et se rémunère lorsque les objectifs de performance, décidés avec l’entrepreneur, sont atteints.

Selon Erick Yong, le contrat est rempli en moyenne au bout de deux ans. À titre d’exemple, son fonds est en train de finaliser une sortie réussie en Afrique de l’Est, empochant 1,1 million d’euros pour une mise initiale de 70 000 euros cinq ans plus tôt.

Une valorisation décuplée pour l’entreprise

L’effet de levier attendu est en général une valorisation décuplée de l’entreprise dans les cinq à huit ans. Un objectif qui n’est pas toujours bien compris en Afrique francophone, où les modèles de développement sont fondés sur un rythme de croissance moins agressif qu’en Afrique anglophone. « Il y a un grand décalage technologique entre les pays anglophones et francophones », pointe Erick Yong.

Au Bénin, GreenTec a investi dans Biophyto, PME lancée en 2015 et spécialisée dans la fabrication de bio-pesticides et d’engrais organiques. Si la croissance est au rendez-vous –Biophyto vend désormais dans sept pays –, elle n’est pas assez lucrative pour le fonds allemand.

« Avec les dirigeants de PME, il peut y avoir des incompréhensions provoquées par le décalage entre les objectifs d’un entrepreneur satisfait par une croissance annuelle de 10% et ceux du capital-risqueur qui veut sortir en ayant multiplié son investissement par trois ou quatre », reconnaît le patron de GreenTec Capital.

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En Afrique francophone plus qu’ailleurs, son fonds met l’accent sur l’intégration de technologies dans les sociétés ciblées et l’accélération de leur croissance en s’appuyant sur son réseau d’experts en Côte d’Ivoire, au Sénégal, au Bénin et au Togo.

Au Cameroun, GreenTec a ainsi investi en 2020 dans Freshbag, une plateforme qui connecte fermiers et coopératives agricoles à des vendeurs ambulants pour garantir un approvisionnement stable en denrées alimentaires des centres urbains, notamment de Yaoundé.

En Côte d’Ivoire, le fonds allemand est au capital de Coliba, start-up innovante qui collecte les déchets plastiques en utilisant les nouvelles technologies puis les recycle dans une logique d’économie circulaire. « Une start-up très prometteuse qui est en train de procéder à une levée de fonds assez importante », conclut Erick Yong.

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