Politique

Cameroun : comment Osih organise la riposte face à Nintcheu

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Mis à jour le 13 mai 2021 à 15h28
Joshua Osih, le 31 août 2018.

Joshua Osih, le 31 août 2018. © Francois Grivelet pour JA

Le comité exécutif national du Social Democratic Front a déclaré recevable la demande d’exclusion de Joshua Osih portée par Jean-Michel Nintcheu. Loin de rester passif, le vice-président du SDF prépare sa contre-attaque.

C’est le dernier épisode de la guerre ouverte que se livrent les députés Jean-Michel Nintcheu et Joshua Osih pour le contrôle du Social Democratic Front (SDF) post-Fru Ndi. Le 8 mai, une réunion du comité exécutif national (NEC) élargie à l’ensemble des élus du parti a conclu à la recevabilité d’une pétition déposée par Jean-Michel Nintcheu, président du SDF dans le Littoral.

« Auto-exclusion » d’Osih

Ledit memorandum vise à constater « l’auto-exclusion » du vice-président Osih en raison d’activités jugées susceptibles de nuire au parti, conformément à l’article 8 alinéa 2 des statuts du SDF. Le document remis aux instances de la formation a été adopté le 21 mars, à l’issue d’une réunion du SDF-Littoral ayant pour objet de constater « les activités anti-parti » de Joshua Osih.

Le memorandum dénonce notamment « la gestion calamiteuse » de la dernière présidentielle, lors de laquelle Osih était le porte-étendard du SDF. Et remet notamment en question sa « participation à la cérémonie d’investiture de Paul Biya », assortie « d’une lettre de félicitations », alors que, dans le même temps, son parti dénonçait des fraudes massives durant le processus électoral. Enfin, le texte déplore sa participation à la pétition – pourtant signée majoritairement par des parlementaires du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) – adressée au président américain au sujet de la crise anglophone.
Osih n’a jamais félicité qui que ce soit

Au sein du camp Osih, on dénonce des « accusations non fondées ». « Joshua Osih a participé à l’investiture de Paul Biya le 6 novembre 2018 en tant que député de la nation et non que candidat, précise un de ses proches. Pour ce qui est des félicitations, c’est aussi un grossier mensonge car le message adressé par Osih, qui est encore disponible, dit qu’il “prend acte” des résultats. Il n’a jamais félicité qui que ce soit. »

Si le vice-président du SDF reconnaît n’avoir toujours pas produit de rapport sur les deux dernières participations du parti à des élections, il refuse néanmoins de changer de position quant à la pétition des parlementaires. « Si vous me la redonniez demain, je signerais à nouveau », avait-il indiqué à Jeune Afrique fin mars.

Levée de boucliers contre Nintcheu

Mais si l’ancien candidat à la présidentielle est certain de la solidité de ses arguments, il ne fait pas face aux attaques de Ninctheu en observateur passif. À la mi-avril, Osih a simultanément réceptionné dans ses bureaux de l’Assemblée nationale quatre courriers et autant de plaintes contre le président régional du SDF, Jean-Michel Nintcheu, signés des responsables des comités départementaux du Moungo-Sud, du Wouri, du Nkam et de la circonscription de Douala-1er, à laquelle il appartient.

S’appuyant sur les statuts du parti, ces derniers réclament une réorganisation du SDF dans la région du Littoral en raison de la présence « d’un péril menaçant son intégrité ».

Jouant les estafettes, Osih s’est chargé d’acheminer les courriers au chairman, qui a veillé à inscrire leur examen à l’ordre du jour du dernier NEC. Osih se défend d’être à la manœuvre derrière cette levée de boucliers contre Nintcheu. Mais le timing presque parfait de cette initiative ne plaide pas en sa faveur.

Dans le même temps, le député Osih continue de soigner ses relations avec les cadres de la formation. Son premier cercle de soutiens comprend Benjamin Fru Ndi, fils du chairman et principal soutien d’Osih au sein du clan Fru Ndi, avec qui il s’est entretenu en marge du NEC. Le vice-président du Sénat, Vanigansen Mochiggle, la sénatrice Nkeze Emilia ou encore l’ancien maire de Kumbo, Njong Donatus, actuel président du plan de reconstruction des régions anglophones, lui apportent aussi leur appui.

Fru Ndi a ouvertement pris position pour Osih en décriant le comportement belliqueux de Nintcheu

Joshua Osih privilégie une stratégie en coulisses en lieu et place d’un affrontement ouvert qui pourrait déplaire au chairman John Fru Ndi. Car bien qu’ayant annoncé son retrait imminent de la politique, l’ancien challenger de Paul Biya garde toujours les rênes du parti. Tactique payante ? Fru Ndi a en tout cas ouvertement pris position pour Osih lors du NEC du 8 mai en décriant le comportement belliqueux de Nintcheu. Le NEC a ensuite pris acte de la pétition des présidents de circonscription électorale du Littoral et a mandaté le département juridique du parti pour qu’il l’examine.

La pétition anti-Osih a certes été déclarée recevable, mais la suspension du député, qui avait été actée par le comité exécutif du Littoral, a été levée en attendant l’examen de ce cas par le département juridique. Peu de doutes existent quant aux chances de réussite de la procédure. Ce qui augure d’un prolongement de cette guerre fratricide. Rendez-vous dans trois semaines pour le verdict.

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