Économie

Afghanistan, Iran, Syrie : MTN, « prisonnier » de l’Orient ?

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Mis à jour le 13 mai 2021 à 10:25

MTN compte plus de soixante millions de clients au Moyen-Orient.

Le géant panafricain des télécoms veut céder ses filiales en dehors du continent, mais le divorce s’avère particulièrement orageux. Décryptage.

MTN accélère son recentrage sur l’Afrique, amorcé avec la vente, en 2018, de sa filiale chypriote à Monaco Telecom (260 millions d’euros).

En août 2020, le groupe a décidé de céder « de manière ordonnée sur le moyen terme » ses filiales au Moyen-Orient (Iran, Syrie, Yémen et Afghanistan, environ 61 millions d’abonnés). Ces filiales sont une source chronique d’instabilité et de risques (financiers, juridiques et réputationnels).

Des proches de la famille Assad

En février, le tribunal administratif de Damas a placé MTN Syria (5,7 millions d’usagers) sous curatelle, sous le contrôle de facto de son actionnaire minoritaire Teleinvest (25 % du capital), détenu par une famille réputée proche de la première dame, Asma al-Assad.

MTN était en discussion depuis l’an dernier avec Teleinvest pour lui céder ses 75 % du capital pour 65 millions de dollars. En mai 2020, le régulateur syrien des télécoms avait imposé une amende géante de 233 milliards de livres (185 millions de dollars) conjointement à MTN et à Syriatel, leader local des télécoms détenu par Rami Makhlouf, un « cousin » du président Assad tombé en disgrâce rappelle le cabinet spécialisé COAR Global.

Accusations devant les tribunaux américains

Autre casse-tête pour MTN : l’Afghanistan (6,2 millions de clients). Le groupe (ainsi que d’autres multinationales, dont le spécialiste des infrastructures Louis Berger) fait l’objet d’une plainte aux États-Unis de la part de familles de GI’s américains, qui lui reprochent d’avoir « coopéré » avec des groupes insurgés pour poursuivre ses activités.

Les sanctions imposées par Washington compliquent le rapatriement des fonds

MTN a demandé le rejet de la plainte, contestant la compétence des tribunaux américains à « juger MTN, qui n’opère pas aux États-Unis », et arguant que les plaignants n’indiquent « aucun comportement de MTN qui violerait la loi antiterroriste ».

Sanctions américaines

Le cas de MTN Irancell est tout aussi délicat. Primo, les sanctions imposées par Washington compliquent le rapatriement des fonds (plus de 180 millions de dollars de prêts et bénéfices bloqués à la mi-2020) et l’accès aux équipements de télécoms américains.

Secundo, MTN ne détient que 49 % du capital, le reliquat (51 %) revenant à des structures liées au ministère iranien de la Défense, dont Iran Electronic Development Company, placé en 2018 sur la liste des sanctions américaines…