Politique

[Tribune] En RDC, l’urgence de sauver Beni

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Par le collectif Le Congo que nous voulons

Bienvenu Matumo, Fred Bauma, Jean-Jacques Lumumba, Jean-Pierre Okenda, Sylvain Saluseke, Vianney Bisimwa.

Le groupe terroriste ADF attaque dans l’est de la RDC

Le groupe terroriste ADF attaque dans l'est de la RDC © Brent Stirton/Getty Images

Jusqu’ici peu réactif face aux atrocités qui endeuillent le Nord-Kivu, le gouvernement congolais a surréagi en imposant l’état de siège, estime le collectif « Le Congo que nous voulons ». Pour eux, d’autres solutions existent pourtant, plus simples et facilement applicables.

Territoire du Nord-Kivu ceinturé de forêts et de collines, Beni est devenu le théâtre des drames les plus sanglants de RDC. Même les chiffres officiels attestent de l’horreur : au moins 3 000 morts, tous égorgés, brûlés vifs ou criblés de balles.

Pris de sidération, les habitants subissent, incrédules et impuissants, les conséquences désastreuses de tueries auxquelles ils ne comprennent rien, mais qui chaque jour les endeuillent et leur ôtent toute foi en l’avenir. On compte pas moins d’une centaine de milliers de déplacés et une grave crise humanitaire place la majorité des ménages en situation de grave précarité. La thèse souvent évoquée d’un terrorisme aux méthodes importées ne convainc pas la population alors même que l’état de siège est entré en vigueur, le 6 mai 2021, dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri. Ces dernières seront administrées par des gouverneurs militaires, lesquels devront aussi mener des opérations militaires.

En retrait de la République

Tardive et disproportionnée, cette réponse du gouvernement nous interpelle. En effet, elle marginalise et fragilise encore un peu plus une population déjà profondément meurtrie et mise en retrait de la République. Ainsi, pour de supposées raisons d’instabilité, la région de Beni – acquise à l’opposition – n’a pas pu participer à l’élection présidentielle de 2018. Pour autant, les nouvelles autorités de Kinshasa n’ont jamais fait de sa sécurité leur priorité. Comme si les atrocités commises depuis vingt ans par différents groupes armés relevaient de faits divers quelconques. À moins qu’elles soient tout simplement dépassées par la situation ? Sinon, comment expliquer qu’elles n’aient pas su saisir la récente perche tendue par les élèves du Nord-Kivu qui ont eu le courage d’organiser des manifestations – réprimées par les forces de l’ordre – pour exiger  une visite à Beni du président de la République, destinée à proposer un plan de lutte contre l’insécurité ?

Peut-être aussi avons-nous collectivement échoué à faire nation, à partager les mêmes tourments, les mêmes ambitions et les mêmes valeurs ? Allons-nous – au nom de ce « Congo des originaires » qui prévaut malgré les brassages de populations – continuer à penser que la situation à Beni nous est étrangère alors que nos familles sont directement endeuillées par un drame bien plus meurtrier que la pandémie du Covid-19 qui nous émeut tant ? Nous devons répondre à ces questions de façon objective et sincère. Dans un récent message, les prélats catholiques se sont émus du peu de ressources consacrées à la protection du Nord-Kivu, cette autre partie de la République. Cela devrait nous interpeller, car une fibre de solidarité nationale subsiste certainement dans notre subconscient.

Nul ne peut se satisfaire de promesses faites à des fins électoralistes

L’inaction des gouvernements successifs devrait nous inciter à élever les débats. Et à associer d’autres acteurs, tant nationaux qu’étrangers, à la résolution de cette crise qui n’a que trop duré.  Nous ne pouvons faire de la sécurité de Beni le sujet de nos querelles politiciennes. De même, nul ne peut se satisfaire de promesses faites à des fins électoralistes. Et nul ne devrait miser sur le drame de Beni – en manifestant une fausse compassion – pour gagner en visibilité et en popularité. Parce que ce drame risque de déconstruire irrémédiablement notre sentiment d’appartenance à la nation – certes en faillite et en lambeaux –, l’heure n’est plus aux discours, mais aux solutions durables, suffisamment mûries, capables de battre en brèche cette idée, de plus en plus ancrée dans nos esprits, suivant laquelle Beni et toutes les autres villes meurtries vivent dans un autre Congo.

Cause nationale

Face à l’urgence de sauver Beni, la Dynamique Congo 2060 formule plusieurs propositions. D’abord, faire de la sécurité de cette région une cause nationale. Il est important que la parole publique, notamment celle des autorités politiques, invite à une mobilisation nationale mettant Beni au centre des préoccupations de tous les Congolais. Bien sûr, la parole seule ne suffit pas. Chaque citoyen, les décideurs politiques en tête, doit agir, participer à l’effort collectif de stabilisation de tout l’est du pays, dans un esprit républicain. Le gouvernement central et les leaders communautaires doivent creuser le sillon de cette action solidaire.

Il convient aussi de renforcer le commandement et le contrôle des Forces armées congolaises

Mais il convient aussi de renforcer le commandement et le contrôle des Forces armées congolaises (FARDC) déployées à Beni. Ainsi, les officiers qui, là-bas, s’adonnent à l’exploitation des ressources naturelles ou à différents autres commerces illicites doivent être écartés et déférés devant la justice militaire. Tout comme ceux qui sabotent les actions de l’armée nationale. Il est essentiel de démanteler, une bonne fois pour toutes, les réseaux et les circuits des trafiquants locaux, nationaux et étrangers, de les traquer et de les juger.

Pour une plus grande efficacité, des unités militaires formées et spécialisées dans la lutte contre les guérillas doivent venir renforcer les effectifs. Il convient également d’augmenter le montant des soldes et des primes allouées aux militaires en opération, et de régulariser les éventuels arriérés. Renforcer la collaboration entre les FARDC et les populations locales est indispensable, ce qui suppose, au préalable, une meilleure protection des civils et une réduction significative des incidents et des dommages qui leur sont causés.

Favoriser le dialogue entre leaders communautaires

Rien ne pourra se faire sans une implication forte de tous les acteurs concernés. Il faut donc favoriser le dialogue entre les leaders communautaires, provinciaux et nationaux, seul à même d’aboutir à des solutions durables sur les plans politique, sécuritaire, institutionnel, social, économique et culturel. Mais des solutions qui prennent en compte les aspirations d’une jeunesse locale réunie autour de projets fédérateurs et engageants.

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