Politique

États-Unis-Tunisie : ce qu’a dit Kamala Harris à Kaïs Saïed

Réservé aux abonnés | | Par - à Tunis
Mis à jour le 12 mai 2021 à 16h39
Kamala Harris et Kaïs Saïed.

Kamala Harris et Kaïs Saïed. © Présidence tunisienne

Premier contact entre Carthage et la Maison blanche depuis l’investiture du président Joe Biden, l’appel entre la vice-présidente des États-Unis et le président tunisien donne lieu à des lectures différentes de part et d’autre de l’Atlantique.

C’est un échange peu habituel qu’ont eu la la vice-présidente des États-Unis, Kamala Harris, et le président tunisien, Kaïs Saïed, ce 11 mai.

Alors que l’ambassadeur des États-Unis en Tunisie, Donald Blome, avait exposé, lors de son passage à Washington, le 8 mai, la dégradation de la situation socioéconomique et un blocage politique sans précédent dans le pays, Carthage s’est contenté de confirmer « l’amitié tuniso-américaine » et la « volonté de consolider davantage les relations de coopération », selon un communiqué publié après l’appel téléphonique.

La situation économique et financière a été évoquée, toujours selon les services de la présidence, pour souligner la nécessité de lutter contre la corruption pour fonder une démocratie. Mais selon Washington, les propos ont été bien plus loin.

« Langue de bois »

En dehors des classiques déclarations de soutien en matière sécuritaire, Kamala Harris a donné un discret coup de semonce au président tunisien, en lui réitérant l’importance et le rôle clé des institutions démocratiques. Une allusion au blocage de la mise en place d’une Cour constitutionnelle par Kaïs Saïed ? Selon le président tunisien, la juridiction, qui aurait dû être opérationnelle en 2015, n’a plus lieu d’être. De quoi perpétuer un peu plus la crise politique entre l’Assemblée, le gouvernement et la présidence.

La vice-présidente américaine a également signifié l’intérêt porté par son administration aux projets de réformes économiques figurant au dossier présenté au Fonds monétaire international (FMI). Des éléments qui justifient le soutien apporté par les États-Unis à la demande de prêt soumise à l’institution de Bretton Woods. De quoi permettre à Tunis, dont les finances publiques sont au plus mal, de pouvoir lever des fonds sur la scène internationale.

« Carthage utilise la langue de bois et rapporte ce qu’elle a envie de faire croire. Il est étrange que la pandémie de Covid-19 et le prêt du FMI n’aient pas été mentionnés alors que ce sont précisément les points sur lesquels la présidence n’a pas été active », remarque l’analyste politique Youssef Cherif, chercheur en relations internationales et directeur du Columbia Global Center à Tunis, qui pointe par ailleurs l’absence d’une mention à la montée des tensions entre Israël et la Palestine.

Fin de la récréation ?

Les propos de Kamala Harris sont-ils une manière de rappeler que les créanciers s’inquiètent de la situation de la Tunisie ? « On ne peut guère s’attendre à autre chose que de se faire taper sur les doigts quand on est débiteur et en mauvaise position », commente un ancien diplomate. Kaïs Saïed devra donc  composer avec une position de principe qui refuse toute aide internationale en période de crise politique sévère.

Dans tous les cas, la vice-présidente des États-Unis a montré, en quelques phrases, une parfaite connaissance du contexte tunisien. Face à la réaction des médias, qui ont relevé et commenté l’omission dans le communiqué de la présidence, Carthage préfère se taire.

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