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Un pro-Gbagbo pose à côté d’un portrait de l’ancien président ivoirien, au siège du FPI, le 17 juin 2021.

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Laurent Gbagbo : l’heure du retour

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Côte d’Ivoire : au cœur des tractations pour le retour de Laurent Gbagbo

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Mis à jour le 12 mai 2021 à 15:05

Laurent Gbagbo, lors d’une audience à la CPI, à La Haye, le 28 janvier 2016.

Aucune date précise n’a été pour l’instant été arrêtée, mais les modalités concrètes du retour de l’ancien président sont actuellement discutées avec les autorités ivoiriennes, jusque dans leurs moindres détails.

« C’est imminent ». Voilà ce que répond Assoa Adou, le secrétaire général du Front populaire ivoirien (FPI), lorsqu’il est interrogé sur la date exacte du retour de Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire. Depuis que la Cour pénale internationale (CPI) a prononcé l’acquittement définitif de l’ancien président, à la fin du mois de mars 2021, les tractations avec le gouvernement se sont intensifiées.

« C’est imminent »

Accompagné de l’ex-ministre Sébastien Dano Djédjé, Assoa Adou a d’abord été reçu par le Premier ministre, Patrick Achi, le 30 avril dernier. Les ministres de l’Intérieur et de la Sécurité, Diomandé Vagondo, et de la Réconciliation, Kouadio Konan Bertin, étaient également présents. Les deux délégations se sont ensuite retrouvées, le 3 mai, pour poursuivre les discussions, sans Patrick Achi, mais en présence de plusieurs responsables sécuritaires ivoiriens, comme le directeur général de la police, le général Youssouf Kouyaté.

Ces différentes rencontres avaient pour but de « lancer la phase opérationnelle » des discussions sur le retour de l’ancien président, explique Assoa Adou.

Depuis, le secrétaire général du FPI multiplie les rendez-vous. Il a plusieurs fois échangé avec Youssouf Kouyaté et ses services. Une entrevue avec Adama Coulibaly, le ministre de l’Économie et des Finances, est en préparation.

« Il y a une série de dispositions à prendre pour permettre le retour du président Gbagbo, explique le porte-parole du FPI, Franck Anderson Kouassi. Pour chacune d’entre elles, nous sollicitions les services de l’État compétents. »

La sécurité au cœur des discussions

Les aspects sécuritaires ont pour le moment été au coeur des discussions, notamment la désignation de la dizaine d’agents et de l’aide de camp qui seront affectés au service de protection de Gbagbo. Ont également été évoqués le moyen par lequel l’ancien président rejoindra la capitale économique ivoirienne et la question de la sécurisation du trajet qu’il va devoir effectuer entre l’aéroport d’Abidjan et son futur domicile.

D’autres points sont à régler. En tant qu’ancien chef de l’État, Laurent Gbagbo va pouvoir bénéficier d’un certain nombre de droits et d’avantages : un cabinet (de cinq membres) ; une maison et le personnel nécessaire à son entretien (six personnes) ; trois voitures avec chauffeur ; une allocation viagère d’environ 17 millions de francs CFA (25 900 euros) par mois et des indemnités pour ses frais de logement, de carburant et de téléphone.

Gbagbo a demandé le déblocage de son unique compte bancaire en Côte d’Ivoire 

« Gbagbo a également demandé le déblocage de son unique compte bancaire en Côte d’Ivoire afin qu’il puisse toucher les arriérés de ses allocations viagères pour toutes les années passées en détention à La Haye », précise une source au fait des tractations.

Les cadres du FPI se montrent confiants. « Certes, cela avance lentement mais nous ne sommes pas inquiets. Il n’y a rien d’anormal à cela », assure l’un d’eux. Selon nos sources, l’ex-président confie en privé se préparer à rentrer en Côte d’Ivoire et évoque, sans plus de précisions, la fin du mois de mai.

« Alassane Ouattara va respecter son engagement. Laurent Gbagbo va rentrer avec tous ses droits. Mais si le président peut encore retarder ce retour, il ne s’en privera pas parce qu’il veut quand même s’assurer des intentions de Gbagbo, nuance un intime du chef de l’État. Revient-il pour enfiler le costume d’apôtre de la réconciliation ou pour le combattre ? »

Sur ce point, les proches Gbagbo se veulent rassurants. « Il veut que son accueil soit triomphal, qu’il se fasse dans un esprit de cohésion, de paix et de réconciliation », affirme l’ancien ministre Emmanuel Monnet, président du comité opérationnel d’organisation du retour de l’ex-président.

Avec ses équipes, il sensibilise actuellement les militants GOR (Gbagbo ou rien) et devrait organiser des tournées dans l’intérieur du pays. La liste des personnalités présentes le jour J est en cours d’élaboration. Le nom d’Henri Konan Bédié, le président du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), est évoqué tout comme comme celui d’une importante personnalité du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP, au pouvoir).