Politique

Mali : face à Bah N’Daw, le M5 demande la dissolution du gouvernement

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Mis à jour le 09 mai 2021 à 18h01
Le président Bah N’Daw reçoit en audience, le jeudi 6 mai au Palais de Koulouba, une délégation du M5-RFP.

Le président Bah N’Daw reçoit en audience, le jeudi 6 mai au Palais de Koulouba, une délégation du M5-RFP. © Présidence Mali

Le président Bah N’Daw a rencontré, le 6 mai, des représentants du Mouvement du 5 juin-Rassemblement des forces patriotiques, qui a demandé une transition plus inclusive.

Malgré les sourires, l’ambiance est tendue à Koulouba. Jeudi 6 mai, neuf mois après le début de la transition, le président Bah N’Daw, accompagné du Premier ministre, Moctar Ouane, reçoit pour la première fois une délégation du Mouvement du 5 Juin – Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP), qui a manifesté pendant plusieurs mois pour réclamer le départ d’Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), avant qu’un coup d’État ne contraigne ce dernier à la démission, le 18 août 2020.

Choguel Maïga à l’offensive

Cette réunion fait partie d’une série de rencontres initiées pour relancer le dialogue social. Le 12 avril, Bah N’Daw avait déjà reçu les familles fondatrices de Bamako et les leaders religieux. Mais ce jeudi, Choguel Maïga, le président du Comité stratégique du M5, se fait offensif, commençant par plaider pour une « rectification du processus de transition afin de créer les conditions d’une refondation totale du Mali ». Il liste les mesures qui lui semblent s’imposer : la lutte contre la corruption, la réduction du train de vie de l’État, l’organisation d’assises nationales, la relecture de l’Accord pour la paix et de réconciliation issu du processus d’Alger, la création d’un organe unique de gestion des élections, etc.

Surtout, Choguel Maïga demande la dissolution du gouvernement et du Conseil national de transition (CNT) ainsi que son remplacement par un organe « plus respectueux de la loi et plus légitime ». « Nous rappelons qu’une procédure en dissolution a été introduite auprès de la Cour suprême par notre mouvement », ajoute-t-il.

Depuis le début de la transition, les relations entre le gouvernement de transition et le M5-RFP sont tendues. Ce dernier reproche aux autorités de ne pas respecter les aspirations des manifestants, qui réclamaient une lutte plus efficace contre la corruption, plus de sécurité et la résolution de questions posées par les syndicats des secteurs de l’éducation et de la santé.

Manque d’inclusivité

Choguel Maïga, leader du Front pour la sauvegarde de la démocratie (FSD) .

Choguel Maïga, leader du Front pour la sauvegarde de la démocratie (FSD) . © Emmanuel Daou Bakary pour JA

Plusieurs mois ont passé, mais le front social ne s’est pas apaisé. À tel point que l’Union nationale des travailleurs du Mali, la plus grande centrale syndicale du pays, menace d’appeler à la grève du 17 au 21 mai , dénonçant la non-application du procès-verbal de conciliation, signé en février dernier. La Conférence sociale, prévue pour le premier trimestre de 2021, selon une annonce faite par le Premier ministre en décembre, n’a toujours pas eu lieu.

La grande panne de cette transition, c’est le manque de confiance

« Il est difficile de savoir si les autorités de transition peuvent encore créer la sérénité dont on a besoin, regrette un observateur de la scène politique malienne. Cette transition est marquée par un profond manque de confiance entre les acteurs. Ceux qui détiennent le pouvoir n’ont rien fait pour régler cette question. Ils se sont mis tout le monde à dos : syndicats, acteurs politiques, journalistes, etc. Il devient de plus en plus difficile de gouverner dans ce contexte. »

Pour le M5-RFP, rencontrer le président était l’occasion de se faire entendre. Ces derniers mois, le mouvement a en effet plusieurs fois dénoncé le manque d’inclusivité de la transition et prévenu qu’après la trêve du mois de ramadan, il reprendrait ses actions.

Un reproche que rejettent les autorités. « Notre crédo, c’est le dialogue et l’inclusion », assure ainsi Mohamed Salia Touré, ministre de l’Emploi et de la Formation professionnelle du Mali, porte-parole du gouvernement.

Et d’ajouter : « C’est dans cet esprit que, depuis février, nous n’avons jamais arrêté les échanges avec les partis politiques et les forces vives de la nation. Et c’est à l’issue des multiples rencontres qui ont eu lieu que nous avons, à leur demande, mis en place le Comité d’orientation stratégique (COS) sur les réformes politiques et institutionnelles. Ce dernier sera l’un des principaux instruments [pour mener à bien] les réformes tant voulues par nos compatriotes. Il est la parfaite illustration de cet esprit de dialogue et de rassemblement qui anime le gouvernement. »

Quelle forme pour la « refondation » ?

La rencontre de jeudi est intervenue après la publication, mi-avril, d’un calendrier électoral et de réformes et après l’installation du COS. Permettra-t-elle de rétablir le dialogue entre le M5-RFP et le gouvernement ?

Bah N’Daw a remercié ses interlocuteurs d’avoir accepté son invitation. « C’est avec beaucoup de plaisir et de sérieux que je prends en compte tout ce qui a été dit par Choguel Maïga, a-t-il déclaré. Pour ma part, je demeure dans l’esprit de la lettre de mon serment du 25 septembre. Plaise à Dieu qu’au terme de ces 18 mois, nous puissions avoir un président souhaité par tous les Maliens. […] Je voudrais simplement vous demander votre accompagnement dans ce labeur. Le Mali a besoin de tous ses fils. »

La question de la refondation du Mali est une arlésienne qui n’en finit pas de polariser le débat politique à Bamako. « Beaucoup d’espoirs reposent sur cette transition, reprend l’observateur de la vie politique malienne. Outre le fait qu’elle doit être un grand moment de consultation entre les Maliens, elle doit mener des réformes ou en tout cas installer les bases pour les réformes. C’est indispensable pour qu’un nouveau pouvoir ne soit pas élu sur un socle contesté et contestable. »

Les citoyens demandent un meilleur accès à l’éducation, de l’électricité, plus d’État

Reste que tous les acteurs politiques n’ont pas la même vision de ce que doit être cette « refondation ». Les revendications portées par le M5-RFP sont jugées « plus élitistes que populaires » par Babarou Bocoum, secrétaire politique du parti Solidarité africaine pour la démocratie et l’indépendance (Sadi), qui a claqué la porte en raison de divergences de vues. Il pointe « des divergences entre les aspirations du peuple et ce qui est défendu par le Comité stratégique du M5-RFP, dont les membres ne peuvent aucunement incarner la rupture au Mali ».

Selon lui, « les citoyens demandent un meilleur accès à l’éducation, de l’électricité, plus d’État. Notre pays doit être réparé par la justice sociale pour permettre aux uns et aux autres de se retrouver, conclut Babarou Bocoum. On ne refonde pas sur des plaies ».

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