Politique

[Série] Il y a 140 ans, la Tunisie tombait sous la domination française

| Par - à Tunis
Mis à jour le 13 mai 2021 à 10h29
Statut de marbre de l’ancien homme politique tunisien Mustapha Khaznadar lors d’une exposition intitulée « L’éveil d’une nation », l’art à l’aube de la Tunisie moderne 1837-1881″ au Palais Ksar Saïd à Tunis, le 12 janvier 2017.

Statut de marbre de l'ancien homme politique tunisien Mustapha Khaznadar lors d'une exposition intitulée "L'éveil d'une nation", l'art à l'aube de la Tunisie moderne 1837-1881" au Palais Ksar Saïd à Tunis, le 12 janvier 2017. © MOHAMED MESSARA/EPA/MAXPPP

Par quel engrenage la Tunisie est-elle devenue un protectorat français à la fin du 19e siècle ? JA déroule fil des événements, qui résonnent étrangement avec la situation actuelle du pays.

Le 12 mai 1881, à 19 heures, le traité du Bardo retire à la régence de Tunis une large part de sa souveraineté en faveur des autorités françaises, qui instaurent un protectorat. Cette prise en main de la gestion des affaires de la Tunisie était devenue inéluctable.

Crédits empoisonnés

Train de vie dispendieux, monarchie vieillissante, tentative ratée de créer un tissu industriel, des caisses publiques renflouées principalement par l’impôt et une corruption généralisée ont contraints le bey d’avoir recours aux emprunts étrangers dès 1865 jusqu’à ne plus être solvable. En moins de deux décennies, la Tunisie est devenue un bourbier financier néanmoins convoité par les puissances occidentales qui chargent une commission internationale de veiller aux finances du pays.

La France manœuvre habilement, contre les velléités des Italiens, profite du délitement progressif de l’empire ottoman, négocie avec les Anglais et œuvre à établir son influence et ses colonies. En 1881, la France attend un prétexte pour justifier son engagement militaire sur le sol tunisien et contraindre Mohamed es-Sadok Bey d’accepter son emprise sur la régence.

Train de vie dispendieux et tentative ratée de créer un tissu industriel ont contraints le bey d’avoir recours aux emprunts étrangers

Cette annexion de la Tunisie, qui ne dit pas son nom, permet à la France de se substituer à la commission financière et de consolider son projet colonial au Maghreb qu’elle avait initié en 1830 par l’occupation de l’Algérie.

Sujet délicat

Cent-quarante ans plus tard, la question du protectorat est toujours un sujet délicat : le traité du Bardo a été complété en 1883 par la Convention de la Marsa qui contraint le bey à se référer au résident général même pour les propositions législatives. Le pouvoir beylical se réduit comme peau de chagrin, les consignes maximalistes édictées par la France nourrissent le mouvement nationaliste naissant.

Mais le pays ne semble pas avoir tiré des leçons de cette période. Depuis la chute du système Ben Ali et la révolution de 2011, la Tunisie peine à entamer des réformes et croule sous la dette dans un contexte similaire à celui qui a conduit au protectorat. Cette fois, ce sont les grands argentiers internationaux qui tentent de dicter au pays sa feuille de route… 

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