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Les 500 premières entreprises africaines en 2021

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Économie

Télécoms : quand l’indien Airtel reprend goût à l’Afrique

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Mis à jour le 4 juin 2021 à 09:15

En 2021, l’ouverture du capital d’Airtel Money a permis de lever 300 millions de dollars. © Luis Tato/Bloomberg via Getty

Renfloué et doté d’un plan stratégique clair, l’opérateur du milliardaire Sunil Mittal confirme ses bons résultats et ses ambitions, notamment dans le domaine des services financiers.

Depuis fin 2020, les langues se délient chez Airtel Africa. S’il n’est pas encore possible de s’entretenir officiellement avec ses dirigeants, ils sont quelques-uns à avoir pris le parti de la confidence.


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Leur groupe est résolu à demeurer un acteur panafricain de taille sur le marché des télécoms. « Je ne reste pas deux ou trois jours sans qu’un investisseur anonyme me sollicite via des sociétés de conseil pour échanger sur le mobile money en Afrique », confie l’un d’eux.

Très endettée après le rachat de Zain en 2010, la filiale africaine de l’opérateur indien Bharti Airtel n’a jamais pu mettre en place sa stratégie d’opérateur low cost.

Ses difficultés financières, conjuguées à un durcissement de la concurrence sur le marché indien pour sa maison mère, ne lui ont pas permis d’investir autant que souhaité. Au cours des dernières années, le groupe a entretenu un doute auprès des observateurs sur sa volonté de se maintenir sur les marchés africains.

Onze ans après son arrivée sur le continent, le quatrième opérateur panafricain en nombre de clients (plus de 118 millions) entend désormais revenir sur le devant de la scène grâce à ses services financiers.

Ouverture du capital

Quelques semaines avant que MTN ne lui emboîte le pas, Airtel Africa dirigé par Raghunath Mandava – 3,9 milliards de dollars de chiffre d’affaires sur l’exercice clos en mai 2021 – a annoncé fin mars l’arrivée de l’investisseur américain The Rise Fund au capital d’Airtel Money. La filiale a également accueilli Mastercard à son tour de table, qui a apporté 100 millions de dollars.

Cette première ouverture du capital a permis de mobiliser 300 millions de dollars (247 millions d’euros environ) afin de développer le réseau de distribution de ses solutions de paiement (via des agents, des kiosques ou des partenaires affiliés), de microcrédit, d’épargne et de transfert de fonds à l’international.

Déjà présent dans quatorze marchés où il a réalisé un chiffre d’affaires de 401 millions de dollars (+35 % en taux de change constant) sur l’exercice clos en mai 2021, Airtel Money est l’un des principaux leviers de croissance de l’opérateur, détenu à 64 % par le milliardaire indien Sunil Mittal. Longtemps accusé de mobiliser des fonds destinés initialement au marché indien, Airtel Africa semble pouvoir enfin prétendre à une certaine émancipation financière dans la gestion de son développement.

Ventes à Madagascar et au Malawi

Outre les liquidités apportées par la valorisation du mobile money, le groupe a bouclé fin avril une facilité de prêt à hauteur de 500 millions de dollars. Parmi les investisseurs, figurent Bank of America, HSBC, Citibank ou encore JP Morgan et la BNP.

Cette somme vient s’ajouter aux fonds récupérés par la cession de 4 500 de ses tours télécoms à Helios Towers. Le 23 mars, Airtel a ainsi confirmé la vente à la société britannique de ses infrastructures sur les sites de Madagascar et au Malawi, pour environ 108 millions de dollars.

Selon nos informations, la transaction définitive doit intervenir entre octobre et décembre, et comprendre également la cession de ses tours au Gabon, au Tchad, et « si tout se passe bien » en Tanzanie. L’opération est estimée au total à 600 millions de dollars.

En quelques mois, 1,3 milliards de dollars auront ainsi été réunis par le groupe qui emploie plus de 3 000 personnes. « Cette somme devrait être réinvestie dans le déploiement du réseau 4G et l’accélération des services aux entreprises. Une part devrait être allouée à l’allègement de la dette », indique notre source interne sans dévoiler de chiffres précis.

Stratégie inédite

Réduire la dette de 3,5 milliards de dollars (2,1 fois son excédent brut d’exploitation), qui stagne depuis deux ans, sera l’une des priorités du mandat du Nigérian Olusegun Ogunsanya, premier Africain nommé fin avril à la tête d’Airtel Africa, qui prendra ses fonctions le 1er octobre.

Objectif : retrouver la confiance des marchés alors que le titre stagne autour de 70 livres à la Bourse de Londres depuis la cotation de 25 % du groupe en juin 2019. Airtel Africa connait davantage de succès sur la place de Lagos où son titre a vu sa valeur multipliée par 2,5 en un an (837 nairas le 5 mai).

Début 2019, la piste d’une simplification du portefeuille de l’opérateur semblait sérieuse avec notamment des rumeurs de cession des activités nigériennes et tchadiennes – jamais confirmées.

Deux ans plus tard, il semble qu’Airtel soit encore convaincu de pouvoir y trouver de la croissance. Mais l’opérateur va-t-il tenir cette ligne alors qu’une dégradation de la sécurité dans la zone, redoutée après le décès du Président Déby, pourrait freiner le déploiement de la 4G ?

Sur ce segment, en croissance cumulée de 31 % pour l’exercice clos en mai 2021 (plus d’un milliard de dollars de CA), le groupe suit une stratégie inédite déjà éprouvée en Inde : installer la technologie coûte que coûte dans des zones jugées porteuses, en espérant que le client suive. Pour cela, Airtel travaille avec les équipes de Facebook et Google Maps, qui partagent les données de connexion des utilisateurs afin de modéliser le plus précisément possible les zones géographiques pertinentes à couvrir.

« Nous avons maintenant beaucoup de pays où notre empreinte 4G est de 100 % comme l’Ouganda, le Malawi et la Zambie. Nous sommes proches du but au Nigeria. Au total en Afrique, 95 % de notre réseau est de type 3G et 76 % de type 4G. Il nous reste environ un exercice financier pour porter le taux de 4G à plus de 90 % », indiquait fin mars Razvan Ungureanu, directeur de la technologie d’Airtel Africa à la presse britannique.

Des projets parasites

« Segun » Ogunsanya héritera d’un opérateur également plus concentré sur ses marchés existants. Dossier qui a longtemps capté l’énergie de la direction de la réglementation : la fusion d’Airtel avec Telkom au Kenya, conçue pour secouer la toute-puissance de Safaricom, et connue pour être une lubie de Sunil Mittal, a définitivement été enterrée, malgré un ultime feu vert donné le 11 février par la Haute Cour du Kenya.


>>> À lire sur Jeune Afrique Business+ : La fusion Airtel-Telkom définitivement abandonnée au Kenya, malgré le feu vert de la Haute Cour


« Le projet a entamé le dynamisme d’Airtel qui perd de l’argent depuis plusieurs années au Kenya », déplore notre source.

Autre dossier abandonné, celui du rachat des 50,45 % que détenait Tigo dans sa coentreprise créé avec Airtel au Ghana. Alors que les équipes d’Airtel Africa travaillaient sur une due diligence depuis plusieurs mois, Sunil Mittal – qui espérait faire passer la coentreprise pilotée depuis l’Inde dans le giron africain – a été freiné dans ses ambitions fin octobre 2020 par les actionnaires du groupe indien qui ont finalement préféré céder les parts au gouvernement, le temps que ce dernier retrouve un candidat adéquat.

Débarrassé de ces projets jugés parasites par certains en interne, le groupe prépare son prochain coup. Galvanisé par l’engouement des investisseurs étrangers pour le continent champion du paiement mobile, Airtel Africa prépare l’introduction en bourse d’Airtel Money dans les quatre ans à venir. Peut-être à nouveau sur deux places financières simultanément ?

« Rien de clair sur ce point pour l’instant, mais cela fait partie des raisons qui poussent les investisseurs à venir. Certains d’entre eux espèrent se retirer par la suite en emportant leur cagnotte », confie notre contact, non sans un certain enthousiasme.