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Cet article est issu du dossier «Le grand tournant de Tshisekedi»

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Conso & Distribution

Distribution : avec Mabele Coop, Al Kitenge met le « made in Congo » à l’honneur

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Le premier supermarché de Mabele Coop, ouvert à Kinshasa en mars 2021.

Le premier supermarché de Mabele Coop, ouvert à Kinshasa en mars 2021. © Mabele Coop

L’organisation créée à l’initiative de l’économiste congolais a ouvert son premier supermarché en mars dernier, à Kinshasa. Objectif : donner aux consommateurs le goût des produits locaux, au juste prix.

Depuis longtemps, en observant les rayons des supermarchés et les étals des marchés, Al Kitenge, entrepreneur, consultant et économiste bien connu des milieux d’affaires congolais, était taraudé par la même question : comment inciter les Congolais à consommer des produits alimentaires locaux, et faire en sorte que ceux-ci soient acheminés et conservés dans de bonnes conditions d’hygiène ?

« En plus de soixante ans d’indépendance, nous n’avons pas réussi à créer un réseau de distribution digne des Congolais », explique Al Kitenge.

Il semble avoir trouvé la réponse, en créant Mabele Coop (mabele signifiant « terre », en lingala), une société coopérative dotée d’un conseil d’administration, qu’il préside.

Un écosystème et un label

Une première en RDC où de telles structures ont un statut d’association sans but lucratif, notamment pour des raisons fiscales. La coopérative est constituée de 300 membres fondateurs, qui ont chacun apporté 200 dollars, auxquels s’ajoutent des contributeurs « silver » (qui ont versé 50 dollars chacun) et « gold » (100 dollars), ce qui a permis de réunir au total environ 250 000 dollars.

Ces associés sont pour la plupart établis dans la capitale, mais certains viennent d’autres grandes villes du pays comme Lubumbashi, Goma et Bukavu.

L’objectif est d’ouvrir une cinquantaine de points de vente en trois ans dans Kinshasa.

Mabele Coop a ouvert son premier supermarché le 6 mars 2021, à Kinshasa. Une moyenne surface de 200 m² qui, dans un premier temps, emploie une vingtaine de personnes.

« À ce stade, on constate que le supermarché répond aux besoins des consommateurs et des producteurs, qui trouvent enfin un espace approprié vers lequel acheminer leurs produits. À travers cette expérience, nous avons découvert la possibilité de créer un écosystème où les questions d’emballage, de process et de qualité sont prises en compte. Le label Mabele ira d’ailleurs au-delà de l’implantation de supermarchés », précise Al Kitenge.

L’objectif est d’ouvrir une cinquantaine de points de vente en trois ans dans Kinshasa. Mabele Coop étudie également le développement des ventes en ligne, des livraisons à domicile et, si la barre des 540 000 associés coopérateurs est atteinte, l’expérience sera étendue à d’autres villes, à commencer par Lubumbashi.

Pour ne pas s’arrêter en si bon chemin, la coopérative ambitionne, à terme, de se doter d’une banque. La perspective semble séduire les classes populaires, qui se rendent compte qu’elles peuvent investir dans ce projet, même avec de maigres revenus. 

Circuits courts

La collecte de denrées dans ce gigantesque pays aux faibles infrastructures de base reste un immense défi logistique. Nombre de récoltes pourrissent sur les lieux de production sans parvenir aux centres de consommation, faute de routes praticables et de centres de stockage appropriés.

Ce gaspillage a un impact négatif sur les prix à la consommation en ville, à tel point que, dans les supermarchés, les produits locaux sont vendus plus cher que ceux importés – lesquels sont livrés par de gros producteurs, qui réalisent des économies d’échelle. Le pari de la coopérative est de réduire la dépendance vis-à-vis des importations.

Depuis une quinzaine d’années, le secteur de la grande distribution est en pleine mutation en RDC. Ces principaux acteurs sont désormais des groupes indiens (avec des enseignes telles que Kin Marché, du groupe Sajico, Regal, filiale de Gay Impex, ou Swiss Mart et OK Mart) et libanais (comme City Market, du groupe Sun Rise, Kin Mart, Saba Hypermarket…), qui multiplient les magasins dans des quartiers populaires de Kinshasa, jadis délaissés par les grandes enseignes.

Face à cette concurrence féroce, Mabele Coop mise sur les circuits courts pour grappiller des parts de marché.   

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