Politique

Cameroun  : Maurice Kamto embarrassé par une collecte de fonds contre le coronavirus

Réservé aux abonnés | | Par - à Yaoundé
Mis à jour le 05 mai 2021 à 10h36
Maurice Kamto, à Yaoundé, le 8 octobre 2018.

Maurice Kamto, à Yaoundé, le 8 octobre 2018. © Zohra Bensemra/REUTERS

L’image de l’opposant camerounais est écornée par la gestion approximative d’une collecte de fonds contre le Covid-19. Un incident qui pourrait aussi mettre fin à son alliance avec Christian Penda Ekoka.

L’initiative devait projeter l’image d’un Maurice Kamto responsable et concerné, alors que de nombreux Camerounais déplorent l’effacement de Paul Biya en pleine pandémie de coronavirus. Emmuré dans son palais d’Etoudi et n’agissant plus que par son gouvernement, le président camerounais s’est en effet vu brusquer par son challenger qui, dès les premiers cas de Covid-19 au Cameroun, a fait appel à la générosité de ses compatriotes afin d’offrir du matériel de protection aux populations les plus défavorisées.

En avril 2020, le président du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) a chargé Christian Penda Ekoka de mener à bien cette collecte de fonds au travers d’une organisation censée être transpartisane : Survie Cameroun. Cet économiste, ancien conseiller de Paul Biya, avait rallié la candidature du leader du MRC à la présidentielle de 2018.

Climat de suspicion

Selon le rapport établi en février 2021 par Christian Penda Ekoka, 745 665 euros de dons ont été collectés. Sur le terrain, plus de 500 000 masques, 300 000 flacons de gel hydroalcoolique, des dizaines d’équipements médicaux ainsi que des produits de première nécessité ont été distribués. Les caisses contiendraient encore un reliquat de 35 000 euros.

Ces chiffres auraient pu traduire le succès de l’opération. Mais le gain politique espéré par Maurice Kamto et ses alliés a finalement été sabordé par un bug informatique ayant fait l’objet d’un intense feuilleton politico-médiatique. À l’origine de la polémique : un différentiel de plus de 300 000 euros observé entre le montant affiché sur la plateforme de collecte des dons et celui réellement enregistré dans le compte bancaire du projet.

L’affaire naît à la mi-aout 2020. Christian Penda Ekoka annonce alors dans un communiqué que l’objectif de collecter un million d’euros a été franchi, signe que les Camerounais ont « massivement répondu » à l’appel de Maurice Kamto. Mais en réalité, le compte bancaire du projet affiche un solde bien inférieur : 745 665 euros.

Les rumeurs, puis la confirmation en février 2021 des finances réelles par Ekoka, installent un climat de suspicion entre les équipes de l’économiste et celles de Maurice Kamto. Une question lancinante échauffe les esprits : où sont donc passés les 300 000 euros manquants ? Des détracteurs de Maurice Kamto accusent l’opposant de détournement de fonds. L’attaque est grave et relègue au second plan l’aspect humanitaire de l’opération. Rajoutant à la polémique, l’audit commandé par les équipes d’Ekoka auprès du cabinet ACDB Consulting conclut n’avoir pas pu « établir de manière formelle l’origine de l’écart » observé.

Fin de l’alliance entre Kamto et Ekoka ?

Pour se défendre, Maurice Kamto décide de mener un nouvel audit et sollicite trois cabinets. Dans le rapport rendu public par le leader du MRC le 22 avril, le consortium aboutit à la conclusion qu’un « bug informatique » provenant d’un convertisseur de devises ayant affecté la plateforme entre juin et juillet 2020 est à l’origine de l’écart.

La crise de confiance née de cet incident a laissé des traces

« Elle était conçue pour ne recevoir des dons qu’en euros. C’est en ouvrant la plateforme aux autres monnaies que le bug est apparu et cela a affecté 21 dons pour un total de 314 273 euros, explique un cadre du MRC.  Lorsqu’un donateur apportait par exemple 386 dollars, le convertisseur supprimait la virgule et multipliait artificiellement le montant par 100, donnant 34 083,00 euros, au lieu de 340,83 euros . »

Malgré ces explications, la crise de confiance née de cet incident a laissé des traces. Christian Penda Ekoka l’affirme : lui ne « croit pas » à la version du consortium de cabinet. En face, les soutiens de Maurice Kamto accusent de trahison cet ancien conseiller de Paul Biya. Un grand déballage se profile-t-il à l’horizon ? La fin de l’alliance entre Kamto et Ekoka, elle, paraît désormais inévitable.

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