Société

Algérie : où vont les millions de la fondation Zidane ?

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Mis à jour le 17 mai 2021 à 08:56

Zinedine Zidane, le 26 mai 2018, après la victoire du Real Madrid en Champions League.

Aussi discrète que la famille dont elle porte l’illustre nom, la fondation finance et soutient des dizaines de projets caritatifs, sociaux, éducatifs et humanitaires aux quatre coins de l’Algérie. De Madrid, Zinedine Zidane, qui la dirige avec son père Smaïl, en supervise toutes les actions.

Respirateurs de réanimation, moniteurs de surveillance, pousse-seringues, ambulances et autres matériels médicaux… La pandémie de Covid-19 qui touche l’Algérie a fait sortir la fondation Zinedine Zidane de la discrétion à laquelle s’attachent l’entraîneur du Real Madrid et ancienne gloire du foot français, ainsi que les membres de sa famille installés dans le sud de la France. La fondation n’en est pas moins active depuis plus d’une dizaine d’années.

La fondation Zinedine Zidane finance des dizaines de projets caritatifs, sociaux et humanitaires en faveur d’hôpitaux, de maisons de retraite, d’orphelinats, d’écoles ou encore d’assemblées populaires nationales (APC). Contrairement à une idée reçue, son activisme ne se limite pas à la Kabylie, la région d’où est originaire la famille Zidane. « Nous sommes présents aux quatre coins du pays », précise Saadi Toutou qui dirige cette fondation en étroite relation avec l’entraîneur du Real Madrid qui la préside ainsi que le père de ce dernier, Smaïl, qui fait office de trésorier.

Contrairement à une idée reçue, l’activisme de la fondation ne se limite pas à la Kabylie

Au début de la pandémie, au printemps 2020, la fondation de Zidane a acquis dix respirateurs qu’elle a distribués discrètement à des hôpitaux de Bejaïa, Tizi Ouzou, Tipaza, Sétif, Alger et Aïn Defla. « Le choix de ces établissements hospitaliers a été fait selon les statistiques de l’époque liées à la contamination au virus et au nombre des admissions, affirme Saadi. Le choix ne se fait jamais sur des considérations ou préférences géographiques. »

Matériel médical contre le Covid-19

Outre ces équipements médicaux qui soulagent les patients et le personnel soignant, la fondation a également offert des bus scolaires et des ambulances à plusieurs communes, mais aussi des machines à coudre à des associations qui viennent en aide aux femmes démunies. Des écoles ont reçu des ordinateurs et des livres alors que des cantines scolaires ont été entièrement rénovées et équipées avec du matériel financé par la fondation. « Nous avons totalement pris en charge les frais d’acquisition de 100 chambres à coucher d’un pensionnat pour personnes âgées dans la région de Sidi Moussa (banlieue ouest d’Alger), indique Saadi. Le rôle et la vocation de la fondation est d’être présente aux côtés des personnes qui sont dans le besoin. »

La fondation a sorti le chéquier à hauteur de 18 700 euros pour la rénovation de deux musées liés à la guerre d’indépendance

Dans le cadre de ses activités, la fondation a sorti le chéquier à hauteur de 3 millions de dinars (environ 18 700 euros) pour la rénovation de deux musées liés à la guerre d’indépendance. Le premier porte le nom de Abane Ramdane, du nom de cette figure de la révolution algérienne assassinée par ses compatriotes au Maroc le 27 décembre 1957. Le second musée est situé au village d’Ifri Ouzellaguen, entré dans la postérité pour avoir abrité en août 1956 le congrès de la Soummam qui a donné à cette révolution son organisation et sa doctrine politico-militaire.

L’argent du Qatar

C’est au retour, en février 2009, d’un voyage de quatre jours dans le sud algérien que l’ancien capitaine de l’équipe de France décide de créer, avec son père Smaïl, cette fondation qui porte le nom de sa famille. L’idée se veut un prolongement naturel de l’investissement de Smaïl Zidane en faveur des personnes démunies. Emigré en France au milieu des années 1950, comme des centaines de milliers de ses compatriotes qui ont fui la misère de leur Kabylie natale, Smaïl avait l’habitude d’envoyer un peu d’argent au bled pour venir en aide aux habitants d’Aguemoune, son petit village natal accroché à l’une des montagnes qui surplombent le golfe de Bejaïa.

La générosité et l’altruisme du paternel se sont accrues au fil des années, à mesure que grandissaient la notoriété et la fortune de ce fils prodigue devenu star planétaire. Un jour, celui-ci s’adresse à ce père qu’il vénère : « Papa, arrête d’envoyer de l’argent en Algérie. Nous allons créer une fondation pour ça. » Celle-ci voit donc le jour en 2010, avec Zinédine comme président et son père comme trésorier. Avant la pandémie, celui-ci venait régulièrement en Kabylie pour se ressourcer dans ce village qu’il a dû quitter en septembre 1953 pour Marseille, où son illustre fils naîtra en 1972.

L’idée se veut un prolongement naturel de l’investissement de Smaïl Zidane en faveur des personnes démunies

Dans son autobiographie intitulée Smaïl Zidane, sur les chemins de pierres (parue en 2017 chez Michel Lafon), le père du coach du Real Madrid explique ainsi son engagement en faveur des personnes dans le besoin. « Moi-même, lorsque j’ai pris ma retraite, j’ai eu besoin de me sentir utile. Régulièrement, je me rends en Algérie, dans des établissements qui accueillent les petits oubliés, ceux qu’on jette alors qu’ils n’ont pas demandé d’être là. J’essaie de les soutenir autant que je peux. Je ne pourrais pas vivre sereinement si je ne le faisais pas. L’aide aux personnes en difficulté me permet de prolonger la transmission des valeurs qui sont les miennes. Et je suis heureux quand je vois qu’elle porte leurs fruits. »

Pèlerinage en Algérie

Un siège à Alger, une antenne à Béjaïa, en Kabylie, la fondation Zidane s’active sans tapage et avec une communication a minima. « Quand on veut faire des dons, on ne le crie pas sur tous les toits », a coutume de dire Zinedine à son ami Saadi Toutou. Le champion du monde 1998, qui a fait un pèlerinage mémorable en Algérie en décembre 2006 peu de temps après avoir raccroché les crampons, est informé de toutes les initiatives engagées par son institution. « Ce n’est pas un président d’apparat, mais un homme vraiment engagé dans l’humanitaire en Algérie, confie Saadi. Le moindre financement est supervisé par lui et son père. Tous détiennent détiennent la cosignature du chèque. »

D’où viennent les fonds de la fondation qui emploie neuf personnes en Algérie et dont le budget annuel s’élève à plusieurs millions de dinars ? Les Zidane n’aiment guère communiquer sur des questions liées à l’argent. Selon nos informations, l’essentiel provient des revenus générés en Algérie par le contrat de publicité, d’image et de sponsoring qui lie, depuis 2006, Zinedine Zidane à l’opérateur téléphonique qatari Ooredoo, par ailleurs sponsor officiel du Real Madrid et du PSG. « Zidane n’a jamais touché un centime de ce partenariat, dont il verse l’intégralité des revenus à la fondation », confie l’un de ses proches qui souhaite garder l’anonymat.

« Je n’ai pas touché un centime de ces 3 millions »

La fondation a également reçu un chèque que l’entraîneur du Real a touché du Qatar pour avoir soutenu la candidature de l’émirat à l’organisation de la Coupe du Monde 2022. Des chiffres conséquents – certains ont évoqué le montant de 11 millions d’euros – ont circulé autour de ce montant, tant et si bien que Zinédine a dû sortir de son silence pour mettre les points sur les i.

Ce n’est pas un président d’apparat, mais un homme vraiment engagé dans l’humanitaire en Algérie

Dans la biographie parue en 2019 et intitulée Zidane du journaliste du quotidien sportif L’Équipe et de la radio RMC, Frédéric Hermel, le sportif révèle le montant perçu pour son soutien à la candidature du Qatar : 3 millions d’euros. « Je n’ai pas touché un centime de ces 3 millions, affirme-t-il. L’intégralité est allée à la fondation Zidane à but humanitaire que mon père et moi avons montée en Algérie, il y a plusieurs années. » À l’exception de ces deux sources de revenus, l’organisation ne recevrait aucune subvention publique, étatique ou privée d’Algérie ou de l’étranger.

L’année dernière, elle a décidé de soutenir le concours du meilleur village, une initiative écologique et citoyenne qui connaît un large succès en Kabylie. À Béjaïa, la fondation a distribué une enveloppe de 500 000 dinars (environ 3 110 euros) pour chacun des dix villages lauréats du concours. « Le chèque est remis au comité de village afin de financer des projets que la population juge nécessaires pour le bien vivre ensemble », affirme Saadi Toutou qui précise que les comptes de la fondation sont visés chaque année par un commissaire aux comptes assermenté.

Cette année, elle a déboursé 6,5 millions de dinars (environ 40 500 euros) en faveur de 13 villages récompensés dans le cadre du concours du meilleur village de la wilaya de Tizi-Ouzou. « Là encore, notre participation vise à soutenir et encourager des initiatives dont le but est d’améliorer le cadre de vie des populations », ajoute Saadi qui tient à mettre l’accent sur sa vieille amitié avec l’entraîneur du Real Madrid dont le père aime à souligner qu’il a l’Algérie dans le cœur.