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Politique

RDC – Adolphe Muzito : « Félix Tshisekedi fait partie du problème, il ne peut pas être la solution »

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Mis à jour le 17 mai 2021 à 12h45
L’ancien Premier ministre congolais Adolphe Muzito, coordonateur en exercice de la coalition Lamuka.

L'ancien Premier ministre congolais Adolphe Muzito, coordonateur en exercice de la coalition Lamuka. © Vincent Fournier/JA

Coordonnateur en exercice de la coalition Lamuka, l’ancien Premier ministre revient sur les défis auxquels l’opposition est confrontée en interne, sur son alliance avec Martin Fayulu, sur les élections de 2023 et la revanche qui se prépare face à Félix Tshisekedi.

Dernier leader de Lamuka à être sur la même ligne que Martin Fayulu, Adolphe Muzito occupe, depuis le 12 avril, le poste de coordonnateur de la plateforme. Une fonction qu’il partage bien malgré lui avec Moïse Katumbi. Malgré son ralliement à l’Union sacrée, la nouvelle majorité constituée autour de Félix Tshisekedi, l’ancien gouverneur du Katanga n’a en effet jamais officiellement quitté cette coalition de l’opposition.

Dans cette nouvelle configuration de l’échiquier politique congolais, Adolphe Muzito est déterminé à occuper le terrain. Proposition de réforme de la Commission électorale nationale indépendante, appels à manifester contre la perpétuation des violences contre les civils dans l’Est… Aux côtés de l’ancien candidat à la présidentielle de 2018, il multiplie les initiatives.

Des luttes de pouvoir au sein de Lamuka à la formation du nouveau gouvernement de Félix Tshisekedi, en passant par la préparation des élections de 2023, Adolphe Muzito a répondu aux questions de Jeune Afrique.

C’est manquer de respect à notre peuple de penser qu’ils peuvent jouer sur les deux tableaux

Jeune Afrique : Depuis le 12 avril, Lamuka a deux coordonnateurs, Moïse Katumbi et vous-même. Comment sortir de cet imbroglio ? 

Adolphe Muzito : Nous n’avons pas à chercher une solution à un problème qui n’existe pas. Moïse Katumbi et Jean-Pierre Bemba ont abandonné nos objectifs pour aller soutenir un régime qui a confisqué la démocratie. Ils ne peuvent pas être à la fois au pouvoir avec leur parti et dans la résistance avec nous. Ils ont fait un choix.

Selon les statuts de Lamuka, le départ de la plateforme ne peut se faire que par renoncement volontaire… 

Les attitudes sont parfois plus parlantes qu’une simple déclaration. Ils sont allés d’eux-mêmes à l’Union sacrée, mais ne veulent pas assumer le futur bilan du pouvoir et ça les arrange de garder un pied dans l’opposition. C’est manquer de respect à notre peuple de penser qu’ils peuvent jouer sur les deux tableaux.

Pourquoi avoir refusé de participer aux consultations alors que vous y étiez conviés ? 

L’échange aurait dû avoir lieu sous la médiation d’une personnalité neutre. Nous avons toujours demandé la tenue d’un dialogue, afin que ce qui s’est passé en 2018 ne nous arrive plus. Mais Félix Tshisekedi fait partie du problème, il ne peut pas être dans la solution.

Il a malgré tout réussi à isoler Joseph Kabila, ce que vous souhaitiez aussi… 

Du point de vue de son pouvoir peut-être, mais cela n’enlève rien à son manque de légitimité. Tshisekedi doit sa position actuelle à la fraude orchestrée par Joseph Kabila. Ils sont au service de la même cause antidémocratique.

Nous sommes dans la contestation du système, alors que Kabila le sert

Partager l’étiquette d’opposant avec Joseph Kabila vous dérange-t-il ? 

Nous reconnaître comme étant de l’opposition reviendrait à nous inscrire dans la minorité républicaine. Nous sommes dans la contestation du système, alors que Kabila le sert.

Avec 80 % de nouvelles têtes dans le gouvernement de Sama Lukonde Kyenge n’y a-t-il pas eu de renouvellement ? 

De quel projet, de quelle famille politique les membres de ce gouvernement sont-ils l’émanation ?… Ils sont dans la continuité de ce qui se faisait avant.

Le budget présenté par le gouvernement prévoit 36 milliards de dollars sur trois ans. Vous semble-t-il réalisable ? 

Quand j’ai quitté le gouvernement, en 2012, le niveau de réalisation du budget en ressources propres était de 3,5 milliards de dollars. Dix ans plus tard, ça n’a pas évolué. Aujourd’hui, on promet des chiffres ambitieux, mais on ne dit pas quelle sera la part en ressources extérieures qui permettra d’atteindre cet objectif. Une majorité cohérente doit avoir un programme chiffré. Nous venons de faire le tiers de l’année avec un budget de 7 milliards de dollars. Personne n’explique avec quelles réformes le collectif budgétaire permettra de réajuster le budget.

Félix Tshisekedi vient de proclamer l’état de siège dans le Nord-Kivu et l’Ituri. S’agit-il d’un pas dans la bonne direction ? 

Ça pourrait être une mesure utile si elle était la conséquence d’autres choix politiques. Il y a plusieurs problèmes qui se posent aujourd’hui avec l’armée. L’un d’entre eux est l’incapacité des autorités à la financer correctement. L’autre est d’avoir des généraux qui sont la cible de soupçons de la part d’ONG et de la communauté internationale, et qui vont remplacer une administration déjà fragile.

Avec Martin Fayulu, vous avez proposé une réforme de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) En quoi se différencie-t-elle de celle déposée par Christophe Lutundula, actuellement devant le Parlement ? 

Nous voulons dépolitiser la Ceni en mettant à sa tête les représentants des confessions religieuses. Ainsi, ces derniers ne se limiteraient plus à la désignation d’acteurs venus soi-disant de la société civile, alors qu’ils ont en fait une couleur politique. Ils assumeraient eux-mêmes l’organisation des élections. Il y a toujours la possibilité de trouver un terrain d’entente avec la majorité, à condition qu’on ait un cadre de discussion paritaire. Nous n’avons pas la prétention de dire que nos idées sont les meilleures.

La majorité de l’Union sacrée étant officiellement à 391 députés, n’est-il pas naïf de penser qu’elle va dialoguer avec vous ? 

Toutes les lois se font d’abord à la cité… La majorité de Tshisekedi ne reflète pas la véritable majorité populaire. Nous leur proposons de trouver un vrai consensus, ensemble, afin que les prochaines élections ne fassent plus l’objet de contestation.

Martin Fayulu est-il le candidat naturel de Lamuka pour 2023 ? 

Nous sommes dans une alliance et choisirons notre candidat le moment venu. Nous avons la conviction que le candidat de Lamuka gagnera. Mais il ne s’agira pas que de gagner la présidence, il faudra aussi remporter la majorité parlementaire et donc de nouer des alliances. Nous travaillons sur ces deux volets en même temps.

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