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Cet article est issu du dossier «Les 500 premières entreprises africaines en 2021»

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Or : Naguib Sawiris propulse Endeavour dans la cour des grands

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Site de la mine d’or de Hounde, au Burkina Faso, le 13 février 2020.

Site de la mine d'or de Hounde, au Burkina Faso, le 13 février 2020. © Anne Mimault/REUTERS

Fort des rachats de Semafo et Teranga Gold, le groupe canadien vise une cotation à Londres en 2021. Il s’approche désormais du top 10 des producteurs d’or mondiaux.

Les douze derniers mois ont été fructueux pour Sébastien de Montessus et ses équipes d’Endeavour Mining. Coup sur coup, le PDG français du groupe canadien aurifère a réussi les fusions-acquisitions successives de Semafo en avril 2020, puis de Teranga Gold fin janvier 2021, deux sociétés cotées à Toronto comme le groupe.


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Ces mariages successifs sont sans précédent en Afrique de l’Ouest, région sur laquelle Endeavour a jeté son dévolu : 640 millions d’euros pour l’absorption de Semafo, bien implanté au Burkina Faso et 1,57 milliard d’euros pour celle de Teranga Gold, premier minier au Sénégal.

Mastodontes

Confirmé dans son rôle de PDG, qu’il assume depuis 2016, le patron d’Endeavour, venu au secteur grâce à son passage chez Areva auprès d’Anne Lauvergeon – qui lui avait confié la filière d’extraction d’uranium – affichait sa satisfaction après la conclusion de la transaction avec Teranga : « Cette acquisition clôture notre développement par croissance externe. Endeavour est désormais établi parmi les dix plus gros producteurs d’or mondiaux », nous expliquait-il.

Nous avons fait d’Endeavour le premier producteur d’Afrique de l’Ouest

Avec une production annuelle estimée à 1,5 million d’onces pour 2021, le nouvel attelage se place effectivement au coude à coude avec le Sud-Africain Harmony Gold pour occuper le 10e rang mondial des sociétés aurifères. Il est toutefois encore loin des deux mastodontes Newmont – 6,2 millions d’onces – et Barrick – 4,6 millions d’onces –, ce dernier restant un poids lourd à l’échelle du continent, d’où il a tiré pas moins de 2 millions d’onces en 2020.

Mais surtout, Endeavour peut se targuer de disposer du troisième coût de production complets (AISC) le moins cher parmi les majors, autour de 850 dollars l’once, soit bien en dessous des 1000 dollars de Barrick et des 980 dollars de Newmont.

Relation de confiance

Signe que le tycoon égyptien Naguib Sawiris, qui a adoubé le Français à la tête d’Endeavour, croit aux destinées du nouveau géant minier : le 31 mars dernier, il a consolidé sa place de premier actionnaire en injectant au capital quelque 200 millions de dollars, à travers son véhicule d’investissement minier La Mancha, dans la foulée des acquisitions de Semafo et Teranga Gold. Détenteur de 19,1 % des parts, il devance la société d’investissement Van Eck Associates (9,8 %), habituée du secteur minier.

« J’ai monté La Mancha avec Naguib en 2012, nous avons construit tous les deux une relation de confiance solide. Nous avons fait d’Endeavour le premier producteur d’Afrique de l’Ouest, et d’Evolution Mining le second d’Australie. C’est une belle réussite qui a profité à la famille Sawiris, estime Sébastien de Montessus.

Naguib est naturellement impliqué dans toutes les décisions importantes, nous nous appelons très régulièrement, et il continue de nous faire confiance », précise encore le PDG d’Endeavour, satisfait de cette complicité avec le milliardaire égyptien, qui avant le secteur extractif a fait fortune dans les télécoms.

Continuer à investir

Pour le dirigeant français, qui constate qu’il n’y a plus d’actifs aurifères attractifs à vendre actuellement en Afrique de l’Ouest, vient le temps de l’optimisation et de la croissance interne.

« Nous devons pérenniser cet ensemble et pousser nos projets de développement. Notre projet ivoirien de Fetekro devrait être lancé avant la fin de l’année 2021. Nous avons désormais un portefeuille de sites tous situés à moins de deux heures d’avion d’Abidjan, notre siège opérationnel », fait-il valoir.

Un ancrage ouest-africain

Un ancrage ouest-africain © Source : Endeavour Mining

Sébastien de Montessus entend toutefois continuer à investir dans l’exploration pour dénicher les prochains gisements dans la région, à proximité de ses sites burkinabè, sénégalais, ivoiriens et maliens, mais aussi en Guinée, nouveau pays pour le groupe, où il vient d’acquérir quelques permis.

Pour l’heure, il n’est donc pas question de sortir d’Afrique de l’Ouest. « Il y a suffisamment de potentiel dans cette région, qui est devenue la quatrième zone de production d’or au monde derrière la Russie, le Canada et l’Australie. Et d’un point de vue opérationnel, un portefeuille minier disséminé est coûteux », explique Sébastien de Montessus.

Pour grandir, investir et dénicher de nouveaux gisements, il faut attirer des fonds généralistes

Le patron d’Endeavour n’est pas inquiet du yoyo fait par le cours de l’or, en légère baisse depuis janvier 2021, autour de 1 800 dollars (1 480 euros) l’once fin avril 2021.

« On le voit bien ces dernières semaines, les incertitudes demeurent pour l’économie mondiale, en dépit de l’arrivée des vaccins. Les États ont injecté des milliards dans les économies pour les maintenir à flot, ce qui a détruit de la valeur monétaire et crée de l’inflation. Par conséquent, l’or va rester attractif, au moins à moyen terme, je pense que nous allons continuer à observer des cours élevés », analyse le PDG français.

Géographiquement concentré

Pour avoir les moyens de ses ambitions ouest-africaines, Sébastien de Montessus compte désormais sur sa taille, constatant que ses concurrents présents en Afrique de l’Ouest sont peu nombreux, plus petits et moins concentrés géographiquement qu’Endeavour.

« Clive Johnson, le patron de B2Gold (actif au Mali et en Namibie) a d’ores et déjà indiqué qu’il souhaitait que ses prochains grands projets soient hors d’Afrique. Nordgold, bien établi au Burkina Faso et actif en Guinée, fait peu d’exploration et sa production décroit. Iamgold est en train de vendre des actifs. En Afrique du Sud, Gold Fields veut concentrer ses efforts sur le Ghana, et AngloGold est en restructuration », égrène-t-il.


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« Pour grandir, investir et dénicher de nouveaux gisements, il faut réussir à attirer des fonds généralistes – tels que Black Rock (7,8 % du capital) ou Fidelity (3,2 %) –, qui cherchent des entreprises ayant une capitalisation boursière de plusieurs milliards de dollars, telle que celle d’Endeavour (autour de 7 milliards de dollars post-fusion) et une bonne performance aussi bien opérationnelle, que financière », fait-il valoir.

Pour les séduire, Endeavour prépare activement son introduction à la bourse de Londres, où il espère intégrer l’indice FTSE dès le troisième trimestre de 2021.

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