Société

RDC – Léonnie Kandolo : « Tout n’est pas parfait, mais nous sommes en marche vers un État de droit »

Réservé aux abonnés | | Par
Mis à jour le 12 mai 2021 à 16h56
Léonnie Kandolo, à Kinshasa, le 3 mai 2021

Léonnie Kandolo, à Kinshasa, le 3 mai 2021 © Léonnie Kandolo, Secrétaire exécutive de la Coalition « Publiez ce que vous payez » à Kinshasa, RDC, le 03/05/2021 © Arsène Mpiana pour JA

Transparence en politique et dans les affaires, justice, rôle de la société civile… Entretien avec Léonnie Kandolo, coordinatrice de la coalition Publiez ce que vous payez en RDC et véritable sentinelle de la République.

Née à Kin, élevée et formée à Bruxelles, Léonnie Kandolo a repris la direction de la grande imprimerie familiale, à Lubumbashi, au milieu des années 1980. Désormais analyste, consultante et activiste, cette sentinelle de la République a plusieurs casquettes et autant de combats. Depuis des années, elle lutte contre les inégalités, pour la parité, l’éducation, l’État de droit, la bonne gouvernance et la transparence, en particulier dans le cadre de l’Initiative pour la transparence des industries extractives (Itie). Elle mène ces actions au sein de diverses associations de la société civiledont le Cadre permanent de concertation de la femme congolaise. Rien n’étant possible sans démocratie, elle s’est investie dans le Comité laïc de coordination (CLC), le collectif catholique à l’origine des marches pour une alternance démocratique en 2017 et 2018, dont elle était la porte-paroleActuellement secrétaire exécutive de la coalition Publiez ce que vous payez (PCQVP) RDC, cette personnalité d’influence, bien connue sur le continent, a été nommée en 2020 membre du groupe des « Femmes d’exception » consultées par le président congolais en matière de parité.  

Jeune Afrique : Quel rôle la société civile joue-t-elle dans la lutte pour la transparence dans les industries extractives ? 

Léonnie Kandolo Tout d’abord, il faut souligner que la société civile ne se contente pas de contester. C’est aussi une force de proposition et son action débouche sur des changements importants. Mais très souvent on ne sait pas que c’est à elle qu’on les doit.  

Le combat de la société civile a permis la mise en place de l’Itie. Cette structure tripartite (État, entreprises et société civile) joue un rôle essentiel dans la transparence et la crédibilité sur un plan international du secteur minier, qui est le poumon économique de notre pays. Grâce à la coalition PCQVP RDC, certains tabous ont été levés (par exemple sur les contrats et les propriétaires réels des pas-de-porte)La société civile a par ailleurs dénoncé les violations commises récemment par des exploitants miniers, notamment lors de la première vague du Covid-19, les conditions de travail inhumaines dans les mines artisanales et les nombreuses violences que subissent les femmes y travaillant. 

Sur quels points du code minier adopté en 2018 la société civile est-elle intervenue ? 

Elle a joué un grand rôle pour faire avancer le cadre légal. Les obligations sociétales et environnementales des opérateurs miniers, le reversement direct de certaines taxes aux entités territoriales décentralisées [ETD] dans le code révisé de 2018, ou encore la réservation de l’activité de sous-traitance aux opérateurs nationaux sont à mettre à son actif. Ces combats ne sont pas toujours faciles à mener, car les enjeux et les résistances sont réels. Le secteur minier, qui brasse énormément d’argent, est très politisé et à la base de l’insécurité qui règne dans l’est du pays. 

Quels sont les défis qui restent à relever ? 

Nous devons mettre l’accent sur la formation à la planification et à la gestion financière des administrateurs des ETD, dont certaines se trouvent aujourd’hui à la tête de revenus très importants. L’application des textes est un autre défi. La divulgation des contrats miniers est une bonne chose, mais il faut les rendre compréhensibles à la population.  

La création de l’Entreprise générale du cobalt [EGC], de l’Autorité de régulation et de contrôle des marchés de substances minérales stratégiques [Arecomsou du Fonds minier pour les générations futures sont des points positifs. Mais la société civile ne doit pas relâcher sa vigilance sur le fonctionnement de toutes ces structures. Elle doit réfléchir à l’usage de la manne minière et à l’administration de ce secteur. Vu son importance dans l’économie du pays, le ministère des Mines devrait être à un rang supérieur.   

Il y a des avancées, nous le voyons notamment avec l’Inspection générale des finances, qui met beaucoup de dossiers au grand jour

Que fait la société civile concernant la corruption et le détournement de fonds publics, qui sont de grands fléaux en RDC ? 

La lutte contre la corruption, dont le président Félix Tshisekedi a fait l’une de ses priorités, est essentielle pour le développement du pays. Sur ce plan, la société civile n’est pas en reste. Sa participation aux conférences budgétaires lui permet d’avoir un regard sur le suivi et la réalisation des dépenses publiques. C’est ainsi qu’elle a pu tirer la sonnette d’alarme sur plusieurs dossiers. Il y a des avancées, nous le voyons notamment avec l’Inspection générale des finances, qui met beaucoup de dossiers au grand jour, ce qui était impensable il y a peu. Toutefois, un parquet spécialisé, des magistrats et des policiers formés en cette matière seraient également nécessaires. 

La justice, par des sanctions, peut faire bouger les choses. Évolue-t-elle ?

Seule la justice peut en effet changer la donne. Les faits dénoncés doivent être sanctionnés avec rigueur et les personnes citées doivent purger réellement leur peine, pour servir d’exemple et empêcher que ces faits se reproduisent. Mais il faut donner à la justice les moyens techniques, financiers et humains pour qu’elle accomplisse ses missions. Il faut également penser à moderniser les prisons existantes, voire en construire de nouvelles. 

Le nouveau gouvernement compte 27 % de femmes. Une première en RDC

Où en est le combat pour la parité femmes-hommes ? 

Le nouveau gouvernement compte 27 % de femmes. C’est une avancée significative et une première en RDC. Néanmoins, depuis plus de quarante ans, les Congolaises sortent des mêmes universités nationales et internationales que les hommes, elles ont donc des compétences identiques. Et par conséquent, la parité à 50/50, inscrite dans la Constitution, est possible. Il faut continuer à trouver des mécanismes permettant la promotion des femmes compétentes, comme le groupe consultatif de Femmes d’exception mis en place par le chef de l’État. 

Comment expliquer les résistances ? 

Les résistances viennent du mode de fonctionnement de la classe politique qui recrute peu de femmes cadres, ce qui entraîne ce déséquilibre. Il y a aussi le rôle que joue la tradition. 

Quelles sont les questions mobilisant le plus d’ONG et ces dernières coordonnent-elles leurs actions quand elles se battent sur les mêmes problématiques  

C’est principalement et avant tout la sécurité et le rétablissement de la paix dans l’est du pays qui mobilisent le plus d’ONG actuellement. Viennent ensuite les questions de développement durable, qui incluent l’accès généralisé à l’eau et à l’électricité, l’éducation et la santé, l’environnement, ainsi que la lutte contre toutes les violences.  

Plusieurs grandes plateformes existent. Elles regroupent les réseaux et les ONG par thématique de travail et sont représentées dans les provinces. Certaines collaborent avec les femmes, les jeunes ou dans des domaines plus spécifiques. Tel est le cas de PCQVP RDC pour le secteur extractif. 

Le contexte politique actuel permet-il d’espérer une meilleure gouvernance ? 

Il y a des avancées, le Conseil de sécurité des Nations unies en a parlé dans son dernier rapport. La mise en place du gouvernement d’union nationale donne à espérer que les choses vont progresser et que toute l’attention sera focalisée sur la résolution de la crise sécuritaire dans l’est du pays, sur le développement et l’amélioration des conditions de vie de la population.  

Tout n’est pas parfait. Mais la RD Congo a retrouvé sa visibilité sur le plan africain et international. La parole est plus libre et le droit à manifester de moins en moins restreint. Il n’y a plus de coupure du signal internet. La lutte contre la corruption fait un pas dans la bonne direction. Plusieurs grands projets d’infrastructures sont en chantierNous sommes en marche pour l’établissement d’un État de droit.  

Jeune Afrique Digital

L'abonnement 100% numérique

consultable sur smartphone, PC et tablette

JA3101_600 devices

Profitez de tous nos contenus
exclusifs en illimité !

Inclus, le dernier numéro spécial de Jeune Afrique

Abonnez-vous à partir de 1€
Fermer