Politique

Algérie : législatives, le spectre d’une abstention massive

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Mis à jour le 3 mai 2021 à 11:26

Les élections législatives dessineront-elles les contours d’une nouvelle Algérie ? © Billal Bensalem/AFP

Dans un contexte politique fragile, quelques mois après avoir dissous l’Assemblée populaire nationale, Abdelmadjid Tebboune convoque les Algériens aux urnes pour des législatives anticipées. Un scrutin aux enjeux multiples.

« L’aube du changement ». Le slogan choisi par l’Autorité nationale indépendante des élections pour les législatives du 12 juin prochain semble avoir été écrit sur mesure.  Alors que le pays se trouve dans une impasse politique, que les manifestations du Hirak se succèdent tous les vendredis, le renouveau politique est au cœur de toutes les revendications.

Ces élections législatives constituent une échéance symbolique pour dessiner les contours de l’Algérie post-Bouteflika. Ce sont les premières depuis que celui qui a gouverné le pays pendant près de vingt ans a quitté le pouvoir. Les Algériens ont déjà voté en décembre 2019 pour élire leur président, mais l’élection d’Abdelmadjid Tebboune, ancien Premier ministre d’Abdelaziz Bouteflika a très vite été contestée.

L’enjeu principal pour la majorité : se doter d’une certaine légitimité après une élection controversée

Pour le Front de libération nationale (FLN) et le Rassemblement national démocratique (RND), les deux partis majoritaires à l’Assemblée populaire nationale, l’enjeu principal du scrutin consiste donc à se doter d’une légitimité renouvelée après une élection controversée. Pour cela, Abdelmadjid Tebboune voudrait tourner la page Bouteflika. Celui qui a été ministre pour la première fois en 1999 promeut un renouveau de la vie politique : une nouvelle Algérie « dont le socle est les choix du peuple » et où tous les citoyens « sont égaux ».

Abdelmadjid Tebboune en quête de légitimité

À une nouvelle Algérie, un nouveau système électoral. La majorité est à l’initiative d’une loi électorale promulguée le 10 mars dont le but affiché est de mettre fin à la corruption endémique. Les électeurs peuvent désormais choisir leur tête de liste parmi chaque liste présentée. Selon Walid Laggoune, le rapporteur de la commission chargée d’élaborer la loi, cela empêche « d’acheter des […] voix », notamment pour la désignation des têtes de liste.

Alors que le Hirak demande une rénovation globale de la vie politique algérienne, la majorité veut faire peau neuve : le chargé de l’information du FLN, Mohamed Amari affirme ainsi que les listes seront formées « conformément à de nouveaux critères et loin des anciennes pratiques ». Mais le parti de l’indépendance ne semble pas avoir abandonné ses vieilles habitudes.

Face au pouvoir, le Front des forces socialistes (FFS), doyen de l’opposition algérienne, a décidé de ne pas présenter de listes en juin prochain. Le parti a déclaré dans un communiqué que « les conditions pour la tenue des élections législatives ne sont pas réunies ». Le FFS a ainsi rejoint les rangs de ceux qui ont décidé de ne pas participer, aux côtés du Parti des travailleurs (trotskyste) et du Rassemblement pour la culture et la démocratie (laïc). Tous trois contestent la « feuille de route » du régime qui a organisé ces élections anticipées sans tenir compte des revendications du Hirak.

Face au régime, le boycott

Le FFS juge que les élections sont une réponse insuffisante à la « crise multidimensionnelle que connaît l’Algérie » et précise que ce choix a été fait « à l’unanimité par le Conseil national du parti ». La question du boycott, même si la décision a été prise à l’unanimité, a cependant fait l’objet de dissensions internes.

Le FFS a jugé que les élections n’étaient pas une réponse suffisante à la crise multidimensionnelle que connaît l’Algérie

Le boycott de ces partis, peu implantés au niveau local (ils occupent ensemble 34 sièges sur les 462 de l’assemblée), ne devrait pas chambouler le jeu politique, mais peut valoriser leur statut d’opposants démocratiques.

De son côté, le Mouvement de la société pour la paix (MSP), premier parti d’opposition à l’assemblée, a confirmé sa participation aux élections de juin prochain. Alors qu’il avait refusé de faire partie du gouvernement du Premier ministre Abdelmadjid Tebboune, Abderrazak Makri est bien décidé à prendre part à ce qu’il considère comme un « rendez-vous crucial pour l’avenir de l’Algérie ».

La motivation du parti islamiste serait, selon son président, de « préserver l’intérêt du pays et [de] concrétiser les aspirations du peuple ». Mais ces élections pourraient constituer une revanche pour Abderrazak Makri, qui a vu ses espoirs présidentiels anéantis en 2019, lors de l’annulation du scrutin à la suite des revendications de la rue.

L’abstention demeure la première « force » politique actuelle en Algérie. Lors du dernier scrutin présidentiel en 2019, 60 % des Algériens inscrits sur les listes électorales avaient décidé de ne pas se rendre aux urnes.

Une abstention indéboulonnable

Seuls 23,7 % des Algériens inscrits se sont prononcés en novembre dernier lors du référendum sur la réforme constitutionnelle, un score historiquement bas pour un scrutin présenté comme un tournant majeur. Le spectre d’une abstention massive pèse donc sur ces législatives, qui se présentent comme un test pour le pouvoir. Pour le scrutin de juin prochain, le président algérien espère une taux de participation de l’ordre de « 40 % à 50 %, à l’image des taux réalisés à l’échelle mondiale ».