Energies renouvelables

[Série] Solaire et éolien : en Afrique, le parcours du combattant des promoteurs du « vert » (2/3)

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Centrale solaire SunPower de Total à Prieska, en Afrique du Sud.

Centrale solaire SunPower de Total à Prieska, en Afrique du Sud. © LAURENT ZYLBERMAN/GRAPHIX IMAGES/TOTAL

« Le casse-tête de la transition énergétique » (2/3). Retards d’investissement, risques naturels, absence de cadre législatif clair… Les obstacles aux ambitions des majors dans les énergies renouvelables sont légion.

Après leurs projets gaziers, les majors mettent en avant leurs ambitions dans les énergies renouvelables, principalement le solaire et l’éolien. Total prévoit d’investir 60 milliards de dollars dans le secteur d’ici à dix ans et vise 100 GW de capacité à l’échelle globale.

C’est l’équivalent de 322 parcs éoliens du lac Turkana au Kenya, pourtant le plus grand d’Afrique, qui doit être à pleine capacité en 2030. BP cible 30 GW à même échéance. Shell a, quant à lui, promis d’engager 2 à 3 milliards de dollars par an au plan mondial.

Mais, pour l’instant, contrairement au gaz, l’investissement des majors dans les renouvelables sur le continent reste cosmétique. Si Eni promet des projets solaires en Égypte ou en Angola (Solenova avec Sonangol), elle n’affiche à ce stade que des petites centrales photovoltaïques en Tunisie, Algérie et Angola pour moins de 40 MWc.

Un peu plus allant, Total opère dans le solaire par différentes filiales dont Total Eren et la société américaine Sunpower qui a notamment porté la centrale sud-africaine Prieska (86 MWc).

Après l’Ouganda en 2016 (10 MWc à Soroti), Total Eren a mis en service mi-2019 en Égypte un parc photovoltaïque de 126 MWc près d’Assouan. Le groupe vient aussi de s’engager avec Greentech pour construire une centrale solaire de 35 MWc en Angola. Il a développé aussi des projets à visée industrielle comme pour la mine d’or d’Iamgold Essakane au Burkina Faso (15 MWc).

Shell est quant à lui quasiment absent de l’Afrique en tant que meneur de projet dans les renouvelables, tout comme BP en dépit, notamment, de son association en 2018 en Égypte avec Hassan Allam Utilities.

« Les grandes compagnies ont une approche mondiale du carbone et concentrent leurs efforts liés à la transition sur les pays développés et grand émergents. En raison de la structure de ces économies et leur mix énergétique, l’impact y est plus rapide et massif qu’en Afrique », constate Francis Perrin, chercheur associé au Policy Center for the New South à Rabat et directeur de recherche à l’Institut des relations internationales et stratégiques.

Rattraper les retards

Mauvaise volonté ou pas ? Ce retard connaît plusieurs raisons connues dont la lenteur dans le montage des projets ou encore le déficit d’interconnexions électriques. À cela s’ajoutent d’autres problèmes comme le risque cyclonique pour l’éolien en zone tropicale, l’absence, dans bien des pays, de cadre législatif ou encore l’ambiguïté des droits fonciers et coutumiers : le Kenya bute sur ce type de difficultés.

Les pétroliers habitués au gigantisme sont mal outillés pour multiplier les petits projets, les micro-réseaux ou l’énergie solaire à la carte façon M-Kopa, un segment pourtant très dynamique. «Le futur de l’électrification en Afrique passe en partie par la production décentralisée renouvelable. Mais les majors restent encore peu présentes sur ce créneau », note Stéphane His.

Pour accélérer, les compagnies cherchent des partenariats. Shell vient d’apporter, via sa fondation, 45 millions de dollars de dons à une initiative sur la micro-électrification en Afrique soutenue par l’agence américaine DFC.

En 2019, le groupe avait avec Sumitomo pris 15 % dans Powergen, un développeur kenyan de micro-réseau. Total a, quant à lui, créé la société TATES sur la problématique « d’accès à l’énergie » développant des projets pilotes, notamment en Ouganda, et soutenant des start-ups en Afrique de l’Est.

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