Pétrole & Gaz

Mozambique : des Casques bleus pour sauver Total ?

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Mis à jour le 29 avril 2021 à 14h20
En 2020, Total avait signé un accord de financement par emprunt de 14,9 milliards de dollars pour le premier développement de GNL à terre du Mozambique.

En 2020, Total avait signé un accord de financement par emprunt de 14,9 milliards de dollars pour le premier développement de GNL à terre du Mozambique. © Saipem

La force majeure invoquée par le géant français révèle l’urgente nécessité de contrer l’insurrection islamiste. Sans coalition internationale, le projet gazier de Cabo Delgado, axe de développement stratégique pour Maputo, pourrait ne jamais voir le jour.

Le recours à la force majeure fait suite au retrait de tout le personnel du projet du site d’Afungi, dans le nord du Mozambique, a déclaré Total dans un communiqué le 26 avril. Le géant pétrolier français avait déjà suspendu les plans de reprise de la construction à la fin de mars après que les insurgés avaient attaqué la ville voisine de Palma.

Une situation qui place, selon plusieurs analystes, la communaté internationale faire à un choix : abandonner Cabo Delgado, région qui héberge le méga-projet de Total, à son sort ou reconnaître que le gouvernement mozambicain est trop faible pour s’attaquer seul à l’insurrection.

Le projet de Total ne pourra reprendre sans une amélioration significative de l’environnement sécuritaire

L’année dernière, Total avait signé un accord de financement par emprunt de 14,9 milliards de dollars pour le premier développement de gaz naturel liquéfié (GNL) à terre du pays. Plus de 30 millions de tonnes par an de capacité de production de GNL sont en cours de développement au Mozambique, ce qui suffirait à faire du pays un exportateur majeur. Les plans ont été mis à mal par l’insurrection islamiste jihadiste qui a débuté en 2017 et que le gouvernement s’est révélé incapable de contrôler.

Le projet de Total ne pourra reprendre sans une amélioration significative de l’environnement sécuritaire, ce qui n’est pas probable avant au moins un ou deux ans, estime Nathan Hayes, analyste à l’Economist Intelligence Unit (EIU).

Arrêt prolongé mais non définitif des activités

« Les faiblesses opérationnelles des forces armées mozambicaines et les profondes failles de la stratégie anti-insurrectionnelle du gouvernement nécessiteront une implication extérieure plus directe », sous la forme de déploiements de troupes étrangères, explique-t-il. Cela est nécessaire pour éviter « la perte totale du contrôle de vastes étendues de Cabo Delgado et pour garantir le développement éventuel du secteur du GNL ».

Le recours à la force majeure implique un arrêt « prolongé » des activités de construction et permet à Total de suspendre certaines obligations contractuelles, précise encore l’analyste. La société pourrait encore suspendre ou annuler d’autres contrats, en fonction de la durée de l’interruption.

Les activités ne devraient pas reprendre avant 2023

Néanmoins, Total est loin de se retirer du Mozambique, selon Nathan Hayes Hayes. Ce dernier s’attend à ce que les forces de sécurité nationales, qui se sont révélées incapables de contrôler l’insurrection, reçoivent le soutien de partenaires internationaux, avec une formation militaire dispensée par des pays comme les États-Unis et le Portugal ainsi qu’un recours accru à des sous-traitants militaires privés. Cette aide mettra du temps à être coordonnée, et plus de temps encore à obtenir des résultats contre les insurgés.

L’analyste de l’EIU table sur une reprise des travaux de construction sur le site Area 1 de Total à partir de 2023, alors que l’objectif précédent était de 2021. La production de gaz de la zone 1 commencera alors probablement à partir de 2026 ou 2027.

La communauté internationale doit également s’investir financièrement

Total dit espérer que le gouvernement mozambicain et ses partenaires régionaux et internationaux rétabliront la sécurité dans le nord de la province de Cabo Delgado. Mais il est peu probable que les dépenses du gouvernement mozambicain pour lutter contre l’insurrection augmentent de façon substantielle, estime pour sa part Sam Maybee, analyste chez Africa Matters à Londres.

Le gouvernement s’est montré « assez transparent sur le fait que sa réponse à la guerre est, d’un point de vue financier, très limitée », dit-il. « Les coûts supplémentaires pour la formation et l’équipement sont de plus en plus susceptibles d’être supportés par des partenaires extérieurs. »

Le développement socio-économique et les réformes gouvernementales doivent entrer en ligne de compte

Il est peu probable que Total reprenne son projet de GNL au cours de l’année prochaine, déclare quant à elle Zaynab Mohamed, analyste chez NKC African Economics au Cap. Le début des exportations de gaz pourrait maintenant être reporté au premier semestre de 2026, pense-t-elle savoir.

Lutte contre la corruption

Pour faire face au terrorisme islamiste dans la région, il faudra dépasser l’approche purement militaire, estime Mme Mohamed selon laquelle l’intervention « devra être complétée par un développement socio-économique et des réformes gouvernementales, notamment des efforts pour lutter contre la corruption. »

 

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