Politique

Mohammed Ben Salman (MBS) : « Nous voulons une bonne relation avec l’Iran »

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Mis à jour le 29 avril 2021 à 11:49

Le prince héritier saoudien Mohammed Ben Salman interviewé par Al Arabiya le 26 avril 2020. © Al Arabiya

Le prince héritier saoudien s’est exprimé le 27 avril dans la soirée sur les réformes dans le royaume, les tensions avec les États-Unis et la relation avec l’Iran. Sans oublier ses sorties iconoclastes sur le wahhabisme. Morceaux choisis.

En plein mois de ramadan, c’est un Mohammed Ben Salman (MBS) d’abord soucieux de parler des problèmes de l’Arabie saoudite qui est apparu le 27 avril, dans la soirée, sur la chaîne d’information saoudienne Al Arabiya, devant les portraits de Ibn Saoud, le fondateur de l’État saoudien, et du roi Salman. L’entretien a été mené par Abdullah al-Mudaifer et a duré près d’une heure trente.

Le prince héritier saoudien s’est livré à un exercice de pédagogie, défendant son programme de réformes intitulé Vision 2030, avec force chiffres et explications techniques. « L’Arabie saoudite existait avant (la découverte) du pétrole » a-t-il d’abord rappelé, une façon de rompre avec le récit traditionnel selon lequel l’État saoudien ne doit son existence et sa survie qu’à la découverte de l’or noir dans son sous-sol.

« Notre production a légèrement augmenté avec le temps, mais la population a augmenté de façon très importante, de 3 millions à 20 millions de Saoudiens (…) Donc le pétrole peut de moins en moins financer le mode de vie auquel nous nous sommes habitués dans les années 1960, 1970 et 1980 », a-t-il plaidé en faveur de la diversification de l’économie du royaume, en s’appuyant notamment sur le contre-exemple algérien : « L’Algérie est un pays pétrolier, mais est-ce un pays riche ? »

« L’Algérie est un pays pétrolier, mais est-ce un pays riche ? »

Ne dédaignant pas l’utilisation de nombreux mots anglais — « passion », « V shape », « growth », « we generate money », « demand », « supply », « pillar », « authentic », « skills », etc. — MBS a notamment expliqué que l’offre mondiale de pétrole allait décliner plus rapidement que la demande, avec la baisse drastique de la production américaine et russe dans les dix prochaines années.

Une situation favorable à l’Arabie saoudite — qui abrite les plus importantes réserves mondiales recensées — , mais qui ne doit pas, selon le prince héritier saoudien, empêcher le royaume de sortir de sa dépendance au pétrole.

« L’ijtihad reste ouvert à jamais »

Sur la question des réformes religieuses et des libertés individuelles, MBS a fait quelques sorties surprenantes. Répétant qu’il agissait en conformité avec « la Constitution saoudienne qu’est le Coran », il s’est livré, sans en avoir l’air, à une critique des fondements de la religiosité à la saoudienne, développant ses idées sur les hadiths — les paroles et actions du prophète Mohammed, sources du droit islamique.

« Je ne peux pas faire appliquer une punition chariatique sans un passage clair (des textes sacrés) » a-t-il affirmé. MBS a ainsi pris l’exemple de l’adultère, citant le cas d’une femme confessant avoir commis l’adultère au Prophète et celui-ci repoussant chaque fois son jugement et l’application du châtiment. « Donc prendre une disposition coranique (la répréhension de l’adultère) et l’appliquer d’une autre manière que l’a fait le Prophète (…), ceci n’est pas la loi de Dieu ».

« Si le cheikh Abdelwahhab voyait que nous fermions nos esprits à l’interprétation et que nous le sacralisions, il serait le premier à s’y opposer »

À la question de savoir s’il suivait l’école de pensée de Mohammed Ben Abdelwahhab (1703-1792), le théologien de la région du Najd qui a défini l’islam à la saoudienne, le prince héritier a eu une réponse surprenante : « Quand nous nous consacrons uniquement à un savant ou à une seule école, cela signifie que nous déifions un être humain (…) L’interprétation (ijtihad) reste ouverte à jamais. Et si le cheikh Abdelwahhab sortait de sa tombe et voyait que nous fermions nos esprits à l’interprétation et que nous le sacralisions, il serait le premier à s’y opposer. »

Une affirmation iconoclaste, qui sert des desseins peut-être moins libéraux : « Toute personne qui adopte une voie extrémiste, même s’il n’est pas un terroriste, est considéré comme un criminel et devra en répondre devant la loi », a-t-il ainsi martelé, sans offrir d’explication claire sur ce qu’il entendait par « extrémiste ».

Apaisement avec l’Iran

La dernière partie de l’interview a été consacrée aux affaires étrangères. Depuis le changement d’administration à Washington, les relations saoudo-américaines connaissent une période de froid, le président américain Joe Biden ayant décidé de cesser de soutenir la campagne du Yémen, ou encore de rendre public le rapport sur l’assassinat de Jamal Khashoggi mettant en cause le prince héritier saoudien.

« Avec l’administration Biden, nous sommes d’accord à 90 % sur les intérêts de la relation saoudo-américaine »

La Maison-Blanche a-t-elle tourné le dos à l’Arabie saoudite ? « Il n’y a jamais d’accord à 100 % entre deux pays, a relativisé MBS. Même avec les pays du Golfe, les pays qui nous sont les plus proches, il y a des désaccords naturels (…) Avec les différentes administrations américaines, les désaccords peuvent augmenter ou diminuer, mais avec l’administration Biden, nous sommes d’accord à 90 % sur les intérêts de la relation saoudo-américaine. (…) Sur les 10 % de désaccords, nous essayons de leur trouver des solutions. »

Avant de rappeler — avertissement à Joe Biden ? — que l’Amérique ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui sans son partenariat avec l’Arabie saoudite pour son pétrole. Sur la question des pressions américaines sur le royaume, le prince a répondu, sans évoquer directement les États-Unis, que l’Arabie saoudite n’acceptait aucune pression sur ses affaires internes, et a fait valoir — selon une curieuse lecture de l’histoire — que les deux guerres mondiales ont été causées par l’ingérence de pays dans les affaires internes d’autres États.

Avec l’Iran, le prince héritier a également cherché à calmer le jeu : « L’Iran est un voisin. Et tout ce que nous demandons c’est d’avoir une bonne relation avec l’Iran. Nous ne souhaitons pas que la situation de l’Iran soit difficile, au contraire nous voulons un Iran prospère, avec des intérêts saoudiens en Iran, et des intérêts iraniens en Arabie saoudite. »

« Nous espérons pouvoir entretenir des relations positives avec l’Iran dans l’intérêt de tous »

Les relations entre les deux pays sont rompues depuis plusieurs années, Riyad reprochant à l’Iran de déstabiliser le monde arabe au moyen de milices qui lui sont affiliées — pêle-mêle le Hezbollah, le Hachd al-Chaabi ou encore les Houthis. Le royaume est également la cible d’attaques régulières contre ses infrastructures, notamment pétrolières.

« Le problème que nous avons avec l’Iran est lié à des comportements négatifs, que ce soit sur le programme nucléaire, ou son soutien à des milices illégales dans plusieurs pays de la région, et son programme de missiles balistiques, a lancé Mohammed Ben Salman. Nous travaillons aujourd’hui avec nos partenaires mondiaux et régionaux au règlement de ces questions. Nous espérons pouvoir les dépasser et entretenir des relations positives avec l’Iran dans l’intérêt de tous. » MBS a également défendu la campagne au Yémen arguant qu’aucun Etat au monde n’accepterait une milice illégale — les Houthis — à ses frontières, avant d’appeler les Houthis à s’asseoir à la table des négociations.