Télécoms

MTN et Safaricom seuls candidats en Éthiopie : tout ça pour ça ?

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Siège d’Ethio Telecom, à Addis-Abeba.

Siège d'Ethio Telecom, à Addis-Abeba. © Eric Lafforgue/Hans Lucas

L’octroi de deux nouvelles licences devait être « la transaction du siècle » dans le secteur africain des télécoms. Finalement, seuls les deux opérateurs ont formulé une proposition.

Le 26 avril, date limite de souscription à l’appel d’offres lancé par le gouvernement éthiopien, Addis-Abeba a confirmé la réception de deux offres pour de nouvelles licences de télécommunications, se rapprochant ainsi de la fin du monopole d’Ethio Telecom sur le secteur. La première vient du sud-africain MTN, et la seconde d’un consortium comprenant la société kényane Safaricom, ses propriétaires minoritaires Vodafone et Vodacom, le groupe CDC et le géant japonais du commerce général Sumitomo Corp.

« Deux licences, deux soumissionnaires. Ce n’est pas un appel d’offres », a réagi un investisseur potentiel frustré dans le Financial Times, même si tout n’est pas joué : l’Éthiopie pourrait très bien choisir d’attribuer les deux licences aux deux candidats, mais aussi n’en choisir qu’un seul, ou même ne valider aucune des deux offres.

Exit donc Etisalat, Orange, Telkom ou encore Saudi Telecom Company, qui figuraient parmi la douzaine d’opérateurs ayant marqué officiellement leur intérêt pour le dossier en envoyant à la Autorité éthiopienne des communications (ECA) des informations sur la structure de leur organisation, des précisions sur leurs différentes implantations à l’international ou encore le nombre de leurs clients sur le segment mobile.

Options restreintes

Il faut dire qu’en avril 2020, la banque centrale éthiopienne avait publié de nouvelles règles encadrant le marché du mobile-money, évinçant les acteurs étrangers. Les nouvelles licences ne concernent donc que les services de télécommunications, même si le marché reste alléchant pour les investisseurs : le pays de plus de 115 millions d’habitants n’a qu’un taux de pénétration de 38,5 % pour le mobile et de 20,6 % pour l’internet.

Autre frein, les nouveaux entrants devront utiliser les réseaux de tours existants, sans pouvoir déployer le leur.

En outre, l’État ayant également décidé de vendre une participation minoritaire (40 %) dans l’opérateur historique Ethio Telecom, d’autres soumissionnaires potentiels  pourraient choisir de jouer la sécurité avec cette option qui limite leur  investissement.

Enfin, le contexte géopolitique, entre guerre au Tigré et élections programmées, a pu freiner les ambitions des opérateurs.

L’ombre de la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine

En annonçant son offre, MTN Group a indiqué qu’il s’était associé à Silk Road Fund, un fonds d’investissement détenu par le gouvernement chinois dans le cadre de l’initiative « One Belt, One Road ».  « D’autres partenaires seront divulgués en cas de succès de l’offre », a déclaré l’opérateur le 26 avril.

L’offre de Safaricom est, quant à elle, directement soutenue par les gouvernements britannique et américain par le biais de leurs fonds d’investissement respectifs. La société américaine de financement du développement international (DFC) a annoncé en décembre dernier qu’elle accorderait « un prêt pouvant atteindre 500 millions de dollars » au consortium.

Voilà qui devrait aiguiser la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine, notamment en ce qui concerne les équipements de télécommunications, si les deux offres étaient retenues.

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