Économie

Maroc : à la rencontre des champions du Private Equity

Réservé aux abonnés
Par - à Casablanca
Mis à jour le 28 avril 2021 à 09:51

La tour de Casablanca Finance City (CFC), le 8 décembre 2019. © Nabila El Hadad / Hans Lucas pour JA

Le secteur du capital-investissement chérifien connaît un développement important grâce à l’intérêt accru que lui portent les acteurs internationaux.

2020, un bon cru ! Qui l’eût cru ? Malgré la crise économique et sanitaire que traverse le royaume, l’année écoulée s’est révélée très profitable pour les capital-investisseurs. JA présente ici les acteurs qui se sont illustrés au cours de cet exercice si particulier. Nombre des fonds d’investissement présents au Maroc interviennent bien au-delà des frontières du royaume et ont choisi de s’y installer pour investir sur le continent dans sa globalité. « Il y a dans le paysage du royaume très peu d’acteurs 100 % marocains », nous explique un acteur sous le couvert de l’anonymat.

Parmi les sociétés de gestion les plus actives et les plus influentes au Maroc, il y a évidemment Mediterrania Capital Partners, qui possède également des bureaux Europe. Le groupe et son PDG Albert Alsina se sont appuyés sur Saad Bendidi et Hatim Benhmed pour diriger l’antenne casablancaise. Le premier, un ancien lieutenant de Othman Benjelloun à BMCE Bank Of Africa, a dirigé le groupe avant de prendre la direction du groupe Saham quand Moulay Hafid Elalamy a été propulsé ministre de l’Industrie en 2014.

Mediterrania Capital gère environ 3,2 milliards de dirhams (290 millions d’euros) et a réalisé 14 investissements depuis ses débuts en 2008. Les tickets d’entrée oscillent entre 110 et 300 millions de dirhams. Le fonds, présent depuis 2018 dans le tour de table de TGCC, l’un des leaders de la construction dans le royaume, grâce à une prise de participation de 15 %, a aussi investi dans le secteur de la santé à travers Akdital Holding, le plus grand réseau de cliniques privées du Maroc, dont il détient 20%. Très diversifié, le portefeuille de Mediterrania Capital compte aussi des entreprises spécialistes des nouvelles technologies comme le très ambitieux Medtech. Le closing du troisième fonds de Mediterrania Capital est connu pour 2020 : 286 millions d’euros ont été levés pour MC III.

Mediterrania Capital, AfricInvest, CDG, Amethis…

AfricInvest, créé en 2000, est aussi l’une des sociétés de gestion les plus dynamiques au Maroc, grâce en particulier à son patron Brahim El Jai. Avant de diriger la filiale marocaine d’AfricInvest, il avait passé cinq ans chez Ernst & Young à Casablanca, après avoir roulé sa bosse dans plusieurs entreprises, notamment en France, comme chez Altran Technologies. Ce diplômé de l’École nationale d’organisation économique et sociale (ENOES) à Paris, était aux manettes pour les sept investissements réalisés par Africinvest au Maroc. Il s’agit entre autres de la prise de participation dans CFG Bank en 2018 ou de l’entrée, en 2014, dans le capital d’Agro Juice Processing, leader du marché du jus de fruit. AfricInvest a par ailleurs cédé ses parts dans Polymedic, un labo pharmaceutique, au profit de NBK Capital Partners, un fonds jordanien. AfricInvest gère plus de 1,8 milliard de dirhams de fonds grâce à onze prises de participation avec une moyenne des investissements autour de 150 millions de dirhams.

Le bras financier de l’État, la CDG, a lui aussi une filiale consacrée au Private Equity. Dirigé depuis vingt ans par Hassan Laaziri, diplômé de l’École nationale supérieure d’ingénieurs Sud-Alsace (ENSISA) et de l’École des Ponts Business School, le fonds gère près de un milliard de dirhams et a réalisé 18 investissements, dont 15 sorties, depuis 2001. La CDG est une valeur sûre du secteur, raison pour laquelle on retrouve des grandes entreprises dans son portefeuille, parmi lesquelles la marque de vêtement pour femme Marwa, le leader de la relation client Intelcia ou encore Jet Contractors, le spécialiste de la construction métallique. Le fonds s’est aussi intéressé au secteur de santé en prenant des parts dans le capital du groupe Oncorad, spécialisé dans le traitement du cancer au Maroc.

2020 a été marquée par une hausse de 14 % des levées de fonds

Le paysage du capital-investissement marocain a également enregistré l’arrivée d’un grand acteur qui a pris beaucoup de poids : Amethis. Ce dernier a pris en 2018 le contrôle de CNAV II (Capital North Africa Venture II), un fonds d’investissement de 750 millions de dirhams, qui était dirigé par Capital Invest, une ancienne filiale de la BMCE Bank. L’antenne marocaine d’Amethis est dirigée par Wilfried Poyet qui a récemment piloté la prise de participation majoritaire dans Magriser, une entreprise marocaine spécialisée dans les techniques d’irrigation. Ce gestionnaire de fonds indépendant créé en 2012, en partenariat avec Edmond de Rothschild Private Equity a déjà cédé certaines participations, comme celle dans Dislog, le leader marocain de la distribution appartenant à Moncef Belkhayat.

2020, troisième meilleure année de la décennie

La troisième meilleure année de la décennie a été marquée par une hausse de 14 % des levées de fonds par des sociétés de gestion pour atteindre 1,35 milliard de dirhams.Cela accroît le montant global levé depuis 2017 à plus de 5 milliards de dirhams, dont 56 % ont été apportés par des organismes de développement internationaux.

En parallèle, les investissements, dont vingt entreprises ont pu profiter, ont totalisé 804 millions de dirhams, pour une hausse de 5 % par rapport à l’année précédente. Selon l’AMIC (Association marocaine des investisseurs en capital), ce montant est significatif et représente l’équivalent de vingt introductions en bourse en une année si l’on se réfère au marché des capitaux. Ce rythme d’investissement soutenu, plus élevé qu’en 2019, le secteur le doit à huit sociétés de gestion parmi la vingtaine de sociétés installées dans le royaume répertoriées par l’AMIC, présidée par Tarik Haddi, qui dirige lui-même Azur Partners.

Les fonds s’intéressaient auparavant aux entreprises déjà plus ou moins structurées. Avec la crise, la donne s’est inversée.

L’AMIC refuse néanmoins de livrer la moindre information au sujet de ces membres actifs en 2020. « Il faut dire qu’un grand nombre des deal bouclés en 2020 était en préparation depuis 2019. Aussi, le Private Equity s’intéresse aux richesses à venir et la crise s’arrêtera bien un jour », estime un acteur du secteur.

Augmentation significative des deals de moins de un million d’euros

L’année 2020 a aussi été marquée par une augmentation significative du nombre de transactions inférieures à 10 millions de dirhams en comparaison avec les années précédentes.Au total, onze actes d’investissement ont été paraphés l’an dernier, concernant principalement des entreprises en phase de démarrage d’activité.

« Auparavant, les fonds s’intéressaient aux entreprises plus ou moins structurées afin de limiter les risques, car il est plus simple de s’adresser à une entreprise qui a déjà pignon sur rue. Avec la crise, la donne s’est quelque peu inversée. Les craintes se sont faites plus grandes pour les entreprises existantes, et les besoins sont devenus très importants au sein des petites structures », nous livre un acteur sous le couvert de l’anonymat. Aussi, dix actes de désinvestissement ont pu être réalisés pour un montant global de 220 millions de dirhams. Le TRI (taux de rentabilité interne) atteint en moyenne 13 % et la durée moyenne d’investissement avoisine 6,3 ans.