Politique

Guinée-Football : Alpha Condé met Souaré hors jeu, KPC de retour dans la course ?

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Mis à jour le 30 avril 2021 à 12h39
Mamadou Antonio Souaré et Kerfalla Person Camara

Mamadou Antonio Souaré et Kerfalla Person Camara © Souaré / KPC © Montage JA : Vincent Fournier/JA; Facebook Kerfalla Camara KPC - Officiel

Sous le coup d’une condamnation de la FIFA, le président sortant de la Feguifoot a retiré sa candidature à sa propre succession. L’homme d’affaires Kerfalla Person Camara pourrait retenter sa chance.

Il y a un peu plus d’un mois, la bataille pour la course à la présidence de la Fédération guinéenne de football (Féguifoot) faisait encore rage entre le président sortant Mamadou Antonio Souaré et l’homme d’affaires Kerfalla Person Camara alias « KPC ». Mais ce dernier s’est finalement – pour le moment – retiré de la course début avril, au terme d’une médiation menée par Mathurin Bangoura, président de la Ligue guinéenne de football professionnel.

Lundi 26 avril, c’est Souaré qui a, à son tour, jeté l’éponge, après un weekend d’intenses tractations au palais présidentiel Sékhoutouréya ou Alpha Condé avait convoqué une réunion de crise. Au centre des débats, la question de l’éligibilité du président sortant, condamné en mars par la chambre de jugement de la Commission d’éthique de la FIFA. Il est notamment reproché à Souaré, PDG de Business Marketing Group (BMG), d’être aussi le patron de la société de paris sportifs Guinée Games.

Recours auprès de la FIFA

C’est un candidat de dernière minute, Aboubacar Touré, qui a donné un coup de pied dans la fourmilière en relevant cette incompatibilité avec les textes réglementaires de la Feguifoot. Le secrétaire général de l’Association sportive de Kaloum a déposé un recours auprès de la FIFA contre la validation de la candidature de son adversaire par la commission électorale.

« Monsieur Antonio Souaré est sous le coup d’un jugement prononcé le 9 mars 2021 par la chambre de jugement de la Commission d’éthique de la FIFA, dans lequel ce dernier a été considéré coupable de violation du code d’éthique de la FIFA », a répondu l’institution.

L’éligibilité de Souaré pose problème dès l’instant qu’il est condamné

La confusion est d’autant plus grande que la commission électorale de la Féguifoot a déjà validé la candidature de Souaré. Pour son président, Dorah Aboubacar Koïta, « les gens interprètent mal le courrier [de la FIFA] : il n’a jamais déclaré un candidat inéligible. Il a rappelé ce que nous savions déjà : le respect des textes et la prise en compte des éléments soulevés par ceux qui contestent la candidature. Ce qui n’est ni une leçon ni une injonction pour nous. Notre validation de la candidature a été suffisamment motivée et ne souffre d’aucune illégalité. Je défie quiconque, de Conakry à la FIFA, de prouver le contraire ».

« La FIFA n’a pas à déclarer l’inéligibilité d’un candidat, elle constate la violation des textes et décide en conséquence, précise le consultant sportif Séga Diallo. Mais l’accord de plaider coupable signé par le président Souaré et les statuts de la fédération guinéenne l’ont pénalisé. Ses conseils n’ont pas étudié tous les aspects de l’accord et ses adversaires se sont engouffrés dans la brèche pour le disqualifier. »

« L’éligibilité de Souaré pose problème dès l’instant qu’il est condamné, estime pour sa part un membre de la commission d’éthique de la Féguifoot qui a requis l’anonymat. Le fait que la chambre de jugement de la Commission d’éthique de la FIFA dise qu’il peut exercer ses fonctions ne veut pas forcément dire qu’il est éligible à un prochain congrès. Cela signifie qu’il peut achever son mandat. »

« Ingérences »

Pour tirer les choses au clair, les acteurs du football guinéen ont été convoqués dimanche au palais présidentiel. Sur les ondes de la radio FIM FM, Mathurin Bangoura a assuré que la secrétaire générale de la FIFA, Fatma Samoura, présente par visio-conférence, avait été « claire » : pour la Fédération, même si un accord de plaider coupable a été trouvé, la condamnation reste effective.

« Si nous avions été officiellement saisis par les organes habilités, on en aurait tenu compte, réagit  Dorah Aboubacar Koïta. Ce que Fatma Samoura et les autorités guinéennes ont fait est une ingérence qui mérite sanction. J’espère que la FIFA va en tirer toutes les conséquences. ».

« C’était une consultation et la secrétaire générale de la FIFA l’a précisé avant l’entame de la réunion, nuance Séga Diallo. Elle donne son avis parce que la présidence l’a consultée pour apporter des éclairages. La présidence et la FIFA n’imposent rien. »

Beaucoup de membres statutaires veulent que KPC revienne, même si lui n’y pensait plus

C’est au lendemain de cette réunion à la présidence qu’Antonio Souaré a annoncé son retrait de la course. « En cette période décisive de l’histoire de notre football, j’ai décidé, à partir de ce lundi 26 avril 2021, de retirer ma candidature au poste de président de la Fédération guinéenne de football à l’élection du 14 mai 2021 », affirme-t-il dans un communiqué. S’il ajoute que sa décision « n’est pas forcément partagée par tous », il met en avant « un souci de rapprochement et de rassemblement à l’heure où le devoir d’unité et d’exemplarité nous incombe ».

« J’ai consacré tout mon temps, mon énergie et mes ressources personnelles au développement du football de mon pays et du continent. Je ne souhaite pas être associé d’une quelconque manière au blocage de notre sport-roi », renchérit-il.

Signe supplémentaire que le palais suivait à la loupe cet épineux dossier, Alpha Condé s’est même fendu d’une lettre, mercredi 28 avril, dans laquelle il félicite Antonio Souaré d’avoir accepté de se mettre en retrait. Un « acte empreint de responsabilité et de patriotisme » juge le chef de l’État guinéen, qui doit permettre « au football qu’il aime tant continue de se développer dans notre pays dans un climat apaisé et convivial ».

Réouverture des candidatures ?

Alors qu’Aboubacar Touré – qui tiendra un point de presse « le moment venu » – est désormais seul en lice, certains espèrent une réouverture des candidatures. Si tel était le cas, Kerfalla Person Camara reviendrait-il dans la compétition ? « C’est probable, répond un de ses proches. Beaucoup de membres statutaires veulent qu’il revienne, même si lui n’y pensait plus. Ils ont écrit au comité exécutif de la Feguifoot. Nous avons bon espoir qu’ils valident un léger report et cette réouverture ».

Le président de la commission électorale, qui n’entend pas transiger sur la date du 14 mai, et encore moins accepter à nouveau des candidatures, juge ce scénario improbable. Il serait même légalement impossible, assure d’ailleurs Séga Diallo.

Mais le consultant reconnaît que la fédération se retrouve dans une impasse alors qu’Aboubacar Touré est loin d’être plébiscité : « Avec la configuration actuelle, il ne peut pas obtenir la majorité des voix des membres statutaires. Il suffit que le quorum ne soit pas atteint pour que l’assemblée générale soit annulée. Ce processus ne pourra pas aller à son terme ».

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