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RDC-Zambie : le cuivre, pétrole du futur pour l’Afrique ?

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Mis à jour le 27 avril 2021 à 16h42
Mine de cuivre de Chambishi (NFCA), en Zambie.

Mine de cuivre de Chambishi (NFCA), en Zambie. © Sven TORFINN/PANOS-REA

Alors que les cours du minerai explosent, portés par une transition énergétique gourmande en cuivre, les équilibres mondiaux de production se redessinent.

Jusqu’à présent, les professionnels du secteur minier se disaient que le charismatique Robert Friedland, patron d’Ivanohe Mines qui développe le mégaprojet cuprifère de Kamoa-Kakula en RDC, voyait midi à sa porte en présentant le cuivre comme le « métal du futur » lors de ses conférences aux investisseurs.

Mais désormais, de nombreux analystes partagent son point de vue, et notamment ceux de Goldman Sachs, qui ont publié début avril une note de recherche intitulée « Le cuivre est le nouveau pétrole », qui fait du bruit chez les traders de matières premières.

Dans ce document d’une trentaine de pages, Goldman Sachs fait valoir qu’il ne peut y avoir de transition énergétique sans ce métal clef, dont le prix va selon lui nécessairement monter jusqu’à 11 000 dollars la tonne à Londres d’ici avril 2022, avant d’atteindre les quelque 15 000 dollars la tonne à l’horizon 2025.

Pas assez de sites pour faire face à la demande

Actuellement, le cuivre s’échange à près de 9 500 dollars la tonne à Londres, ce qui est déjà son niveau le plus haut sur une décennie : il y a un an, en avril ce même cours était à moins de 5 000 dollars, tout comme entre novembre 2015 et octobre 2016.

Cours du cuivre sur dix ans, au 27 avril 2021.

Cours du cuivre sur dix ans, au 27 avril 2021. © Boursorama

Anton Löf, spécialiste des marchés des métaux chez RMG Consulting, basé à Stockholm, souscrit largement à l’analyse de Goldman Sachs.

« La transition vers une économie décarbonée ne peut se faire sans le cuivre, qui est à la fois un conducteur électrique clef – bien plus compétitif que d’autres métaux tels que l’aluminium –, mais également un composant crucial pour les centrales solaires ou éoliennes, les véhicules et batteries électriques, ou encore dans la construction de bâtiments économes en énergie », explique-t-il.

Mais, alors qu’il faut une dizaine d’années environ pour faire sortir de terre un projet cuprifère, et de trois à cinq ans pour une extension d’une mine existante, il n’y a selon ce spécialiste pas assez de sites en exploitation ou en gestation pour répondre à l’explosion inéluctable de la demande.

Paradoxe

« Les règles environnementales pour produire du cuivre sont par ailleurs de plus en plus strictes, ce qui fait bondir son coût de production, indique-t-il. Même si le cours actuel est actuellement plus élevé que par le passé, il est encore insuffisant pour que certaines mines soient rentables, ce qui a tari les investissements dans la filière ».

L’analyste suédois constate par ailleurs le paradoxe d’avoir d’un côté des partenaires financiers réticents à soutenir l’extraction de cuivre au motif des risques environnementaux et sociaux… alors même qu’ils se font les chantres d’une transition énergétique qui nécessite son emploi massif.

Selon le spécialiste, la ceinture de cuivre africaine, à cheval sur la RDC et la Zambie, devrait être la principale région du monde – avec l’Amérique du Sud dans une moindre mesure – à profiter d’un regain d’intérêt des investisseurs, d’autant plus que les gisements africains – notamment congolais – contiennent pour nombre d’entre eux non seulement du cuivre, mais également du cobalt, un autre minerai crucial pour la transition énergétique, du fait de son utilisation pour la fabrication des batteries des véhicules électriques.

Il est actuellement plus rentable d’investir dans l’expansion minière que dans des fonderies

Autre atout non négligeable pour les compagnies installées dans la ceinture de cuivre africaine, leur accès plus facile que celui des Sud-Américains aux marchés asiatiques, et notamment chinois, grâce à une logistique déjà tournée vers les grands ports de l’Océan Indien, Dar-Es-Salam et Durban, d’où est expédié le minerai.

Pékin représente déjà plus de la moitié de la demande de cuivre, et sa part pourrait encore augmenter à l’avenir, compte-tenu de ses ambitions dans les énergies vertes.

Enfin, le coût de la fonte du minerai – qui permet la transformation du concentré de cuivre en minerai pur – est actuellement très faible, ce qui profite aux producteurs africains qui ne disposent pas de fonderies sur place. Ils peuvent donc envoyer leurs concentrés en Chine pour les y transformer à moindre coût. « Il est actuellement plus rentable d’investir dans l’expansion minière que dans des fonderies », indique Anton Löf.

Regain de concurrence

Actuellement, la RDC et la Zambie, sont avec respectivement avec environ 1,2 million et 800 000 tonnes de cuivre par an, sont respectivement le 5e et le 7e producteur mondial du minerai, ce qui représente environ 11 % du marché global.

Ils devraient prochainement reprendre des parts de marché aux pays sud-américains, notamment le Chili et le Pérou, qui pesaient conjointement 43 % du marché mondial en 2019. Juste revanche sur le passé : en 1960, l’Afrique détenait 25 % de part de marché…

En dépit d’une vague de nationalisme des ressources naturelles, qui a musclé les codes miniers africains en faveur des pays hôtes, l’heure est donc à l’accroissement de la production de cuivre sur le continent, qu’elle soit du fait de géants extractifs occidentaux ou chinois déjà bien implantés – tels que Glencore à Kamoto (RDC) ou China Moly à Tenke-Fungurume (RDC) -, mais aussi de nouveaux entrants.

« Quand les prix seront à plus de 10 000 dollars la tonne, il y aura nécessairement de nouvelles compagnies cuprifères qui émergeront, ce qui pourrait fragmenter le marché, jusqu’à un probable éclatement de la bulle, qui fera le ménage entre les producteurs compétitifs et les autres, ainsi qu’à chaque fin de cycle minier », prévoit d’ores et déjà Anton Löf.

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