Politique

Bénin : pourquoi le ton monte entre Cotonou et Washington

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Mis à jour le 27 avril 2021 à 12:05

Le ministre béninois des Affaires étrangères, Aurélien Agbénonci, le 12 mai à Cotonou. © Aurélien A AGBENONCI, Ministre des Affaires Etrangères et de la Coopération le 12 Mai a Cotonou © EC_AHOUNOU/AID

Après que l’ambassade des États-Unis a interpellé son pays sur les « nombreuses arrestations de dirigeants politiques de l’opposition », le ministre des Affaires étrangères béninois a fait savoir son mécontentement à Patricia Mahoney, l’ambassadrice américaine.

Le 23 avril dernier, dans un texte relayé sur les réseaux sociaux par l’ambassade des États-Unis au Bénin, le Département d’État a dit son « inquiétude » face aux « nombreuses arrestations de dirigeants politiques de l’opposition liées à l’élection présidentielle du 11 avril », qui a vu Patrice Talon réélu dès le premier tour.

« Nous suivons de près les actions du gouvernement du Bénin, précise encore l’administration Biden. Si nous prenons au sérieux les allégations de terrorisme et d’incitation à la violence, le peuple béninois mérite d’être régulièrement informé de l’état d’avancement de ces affaires. » Ce communiqué a fortement déplu au plus haut niveau de l’État béninois.

Ton « paternaliste »

Le texte, qui insiste en particulier sur le respect de la présomption d’innocence, ne mentionne aucun nom, mais il a été rendu public une semaine après l’arrestation, le 15 avril, de Joël Aïvo, dont la Commission électorale nationale indépendante avait rejeté la candidature. Mario Mètonou, le procureur spécial près la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (Criet) qui a initié les poursuites à l’encontre de l’opposant, ne s’est pour l’instant pas exprimé sur ce dossier. Les avocats de Joël Aïvo ont un temps évoqué le motif de  « financement du terrorisme » – comme c’est le cas pour Reckya Madougou, arrêtée le 2 mars dernier, puis placée en détention provisoire.

Officiellement, le Bénin a « pris acte » de l’interpellation américaine et ne l’a pas publiquement commentée. Mais, selon nos informations, le ministre béninois des Affaires étrangères, Aurélien Agbénonci, a pris directement contact avec Patricia Mahoney, ambassadrice des États-Unis au Bénin depuis janvier 2019, pour lui faire savoir son mécontentement.

Le Bénin n’a pas de leçon à recevoir

Plusieurs conseillers du ministre ont assisté à cette conversation. Ce dernier a reproché à la diplomate le ton « paternaliste » du communiqué. « Le Bénin n’a pas de leçon à recevoir », a-t-il ajouté, lui enjoignant de « changer de logiciel ».

Persona non grata

Par le passé, les autorités béninoises ont déjà fait montre de fermeté à l’égard de diplomates étrangers. En novembre 2019, Olivier Nette, ambassadeur de l’Union européenne au Bénin, avait été déclaré persona non grata par le ministère des Affaires étrangères après qu’il avait rencontré plusieurs personnalités de l’opposition.

Le gouvernement béninois lui reprochait alors d’avoir, « à plusieurs reprises et lors de diverses rencontres en présence d’officiels », écorné « la légitimité » de l’Assemblée nationale élue quelques mois auparavant au terme d’un scrutin auquel aucune liste de l’opposition n’avait pu se présenter.