Économie

Exclusif – Algérie-Libye : les coulisses de la tournée de Patrick Pouyanné (Total)

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Mis à jour le 26 avril 2021 à 09:51

Patrick Pouyanné en Libye, avec Mustafa Sanalla, président de la Ntional Oil Corporationle 21 avril 2021. © Libyan National Oil Corporation/Anadolu Agency via AFP

Les dirigeants de Total se sont rendus en Algérie puis en Libye, deux pays stratégiques pour le géant français. Et ce en dépit des aléas politico-diplomatiques à Alger comme à Tripoli.

Le patron de Total, Patrick Pouyanné, et la direction Afrique du Nord-Moyen-Orient de la branche exploration-production (E&P), pilotée depuis janvier par Laurent Vivier, ont effectué du 19 au 21 avril un voyage en deux étapes au nord du continent : d’abord à Alger, puis à Tripoli.

En Algérie, les dirigeants du géant pétrolier français ont rencontré le ministre de l’Énergie, Mohamed Arkab, mais aussi et surtout les responsables de la Sonatrach, dirigée depuis février 2020 par Toufik Hakkar. À cette occasion, les deux sociétés partenaires ont évoqué les développements possibles autour de leurs trois actifs gaziers en commun situés dans le Sahara algérien : Timimoun (Sud-Ouest) ainsi que Tin Fouyé Tabankort (TFT) II et III (Sud-Est).

Suivant leur plan de route stratégique, les dirigeants de Total, dont le mix d’hydrocarbures est déjà à 55 % gazier, cherchent à augmenter encore la part de cette ressource moins émettrice de CO2 que le pétrole.

Les discussions ont été centrées sur les questions opérationnelles, pas sur les atermoiements politico-diplomatiques entre Paris et Alger

Et considèrent l’Algérie comme un pays clef pour y parvenir, compte-tenu de ses réserves gazières, mais aussi de ses infrastructures – notamment des gazoduc et usines de liquéfaction – déjà en place, qui rendent les projets moins coûteux qu’ailleurs.

« Les discussions entre les équipes Sonatrach et Total ont été centrées sur les questions opérationnelles des projets, et pas du tout sur les atermoiements politico-diplomatiques entre Paris et Alger », affirme une source côté Total.

Nouveauté au menu des discussions entre cadres pétroliers algériens et français des deux compagnies : les énergies renouvelables. Autour de chacun des trois sites gaziers, il a été convenu de lancer des projets adjacents dans le solaire et l’éolien, et Algériens et Français ont discuté des meilleures options pour cela.

Complexe d’Arzew : une décision finale attendue pour 2021

Si Stéphane Michel, patron de la branche énergies renouvelables de Total – et ex-responsable de Total E&P dans la région – n’était pas du voyage à Alger avec Patrick Pouyanné, il a été convenu que ses équipes prendraient attache avec celles du professeur Chems Eddine Chitour, ministre de la Transition énergétique, un nouveau portefeuille qui prend de l’importance à Alger. Ce dernier a d’ailleurs manifesté sa volonté d’être associé aux discussions sur les renouvelables.

Total et Sonatrach ont également discuté de l’avancement des études concernant la réalisation du méga-complexe pétrochimique d’Arzew, près d’Oran, qui doit produire quelque 550 000 tonnes de polypropène chaque année à partir des hydrocarbures algériens.

Chez Total, qui détient 49 % des parts de ce projet, le plus important du genre pour le groupe dans le monde, on estime que la décision finale d’investissement – de plusieurs milliards de dollars – pourrait être prise d’ici la fin de l’année 2021.

Conforter les liens avec la Libye

À Tripoli, la visite de Patrick Pouyanné, Laurent Vivier et leurs équipes a été plus courte, sur la seule journée du 21 avril. Elle visait avant tout à montrer aux autorités du gouvernement d’union nationale, conforté par un vote de confiance du parlement, leur envie de continuer à investir dans ce pays qu’ils jugent très compétitif, et où contrairement à l’Algérie, le groupe extrait principalement du pétrole – et non du gaz -, aussi bien en mer qu’à terre.

Une position plus proactive de Total sur la Libye que les autres majors présentes dans le pays, notamment Eni et BP. Comme à Alger, les responsables de Total ont rencontré leurs homologues de la compagnie nationale (NOC) et discuté des développements possibles autour de leurs gisements conjoints.