Politique

Maroc : les professionnels du tourisme peaufinent leur stratégie pour attirer les voyageurs

Réservé aux abonnés | | Par - à Rabat
Embarquement à bord d’un Boeing 747 de la Royal Air Maroc, à Marrakech.

Embarquement à bord d’un Boeing 747 de la Royal Air Maroc, à Marrakech. © STEPHANE FRANCES/ONLYWORLD.NET

Pour éviter de revivre le scénario catastrophe de 2020, l’Office du tourisme affûte ses atouts marketing pour être prêt dès la réouverture des frontières.

Entretenir le désir de visiter le Maroc. Voilà tout ce que peut faire le Royaume en attendant la réouverture de ses frontières et l’assouplissement de la restriction des déplacements instaurées aux quatre coins de la planète. « Nous sommes prêts à redémarrer dès que les conditions le permettront », explique Adel El Fakir.

Le directeur général de l’Office national marocain de tourisme (ONMT) a présenté, le 22 avril à Casablanca, un nouveau dispositif marketing qui doit permettre la relance du secteur touristique dès que les conditions sanitaires le permettront. « Nous avons effectué un travail de fond sur de nombreux fronts, tels que les études de marché, la stratégie des marques, ou la stratégie produit, afin de mettre en place les outils idoines pour la reprise », explique-t-il.

En concertation avec les partenaires nationaux et internationaux, ces études ont permis d’identifier le positionnement et les motivations des visiteurs potentiels de la destination Maroc. Il en ressort, entre autres, que la destination Maroc est prisée comme alternative à la Tunisie ou à l’Égypte. « Notre défi est de convertir l’excellente notoriété du pays en intention de voyager, qui chute à 39 %, puis de convertir cette intention en visite effective, limitée actuellement à 18 % », détaille l’Office.

Marques et campagnes

Les différentes études de marché ont aussi permis de déployer une nouvelle architecture de marque spécifique à chaque catégorie de clientèle. En plus de la marque historique « Visitmorocco », dédiée à la promotion de la destination Maroc auprès des touristes du monde entier, qui a été remise au goût du jour, une marque baptisée « Ntla9awfbladna » (on se retrouve dans notre pays) est destinée aux touristes marocains, qu’ils soient des locaux ou des Marocains résidents à l’étranger (MRE).

De son côté, l’institution de l’ONMT a fait peau neuve avec une nouvelle identité visuelle et se consacre aux interactions avec l’écosystème professionnel et institutionnel à travers une plateforme spécifique.

La campagne sera lancée dans un premier temps en France, Espagne, Allemagne, Royaume-Uni, États-Unis et Israël

Afin de promouvoir ces nouvelles marques, « une grande campagne de communication au niveau national sera lancée dès la semaine prochaine, dont l’objectif est de renforcer le sentiment d’appartenance de chaque Marocain et de lui donner envie de découvrir notre pays autrement », annonce l’ONMT. Sur le plan international, l’Office promet une campagne avec « un concept novateur, en rupture totale tant en matière de positionnement, de prise de vue, de ton que d’image du Maroc véhiculée et de mode de communication et de diffusion », promet El Fakir.

Celle-ci sera lancée dans un premier temps dans les principaux marchés émetteurs (France, Espagne, Royaume-Uni, Allemagne, États-Unis et Israël) et sera élargie aux autres pays au fur et à mesure que les conditions sanitaires le permettront.

En attendant le 21 mai

« Cette étude est louable, sachant que la dernière en date remonte à plus de 15 ans. Le dispositif fixé pourrait constituer une force de frappe pour la destination Maroc, réagit Fouzi Zemmouri, vice-président de la Confédération nationale du tourisme (CNT). Il y a des marchés qui vont s’ouvrir plus vite que d’autres et on se doit de sécuriser notre positionnement. » Pour lui, les opérateurs se doivent d’être prêts pour accueillir les premiers visiteurs du royaume « en les priorisant éventuellement dans la campagne de vaccination ».

L’importance du dispositif est néanmoins à relativiser, selon d’autres opérateurs. « L’ONMT ne pouvait rester à se tourner les pouces et le travail de fond qu’il a mené est très instructif, sauf qu’il faut plus de visibilité sur une date de reprise sachant que la saison est déjà compromise », souligne Mohamed Baâyou, secrétaire-général du groupe Kenzi, la plus importante chaîne hôtelière à capitaux marocains.

53 destinations internationales sont verrouillées et pas moins de 85 % des lignes opérées par la Royal Air Maroc ne sont pas disponibles

Le nouveau souffle voulu pour la destination Maroc reste donc tributaire de la réouverture des frontières. Selon une source à l’Office national des aéroports, 53 destinations internationales sont actuellement verrouillées et pas moins de 85 % des lignes ordinairement opérées par la Royal Air Maroc ne sont pas disponibles.

Les opérateurs du tourisme ont d’ailleurs les yeux rivés sur les autorités, qui devraient éventuellement décider d’un allégement des mesures de restriction sur les voyages le 21 mai prochain. Devant le parlement, Nadia Fettah, ministre du Tourisme, a répété récemment que tout dépendra de la situation épidémiologique au niveau mondial.

Visibilité réduite

Les hôteliers restent dans l’expectative, d’autant que les restrictions de déplacement concernent aussi les déplacements à l’intérieur du pays. « À quoi bon lancer une campagne pour le tourisme domestique alors que les Marocains ne peuvent pas encore se déplacer librement entre Marrakech, Casablanca ou Tanger ? s’insurge un hôtelier de Casablanca. Il faut déjà commencer par lever ces barrages à l’entrée des villes, rouvrir les gares routières et supprimer ces formulaires que l’on demande aux Marocains dans les gares ferroviaires ».

Comme bon nombre de ses collègues, un peu partout au Maroc, celui-ci a bien du mal à maintenir à flot son établissement face à la chute drastique des arrivées et des nuitées (environ -80 % en 2020). « Nous sommes en train de mourir à petit feu et, sans l’aide publique, nous aurions déjà mis la clé sous la porte. Mais celle-ci est loin de résoudre tous nos problèmes », soutient-il.

Les dégâts seront considérables dans ce secteur vital pour l’économie du Royaume si la saison 2021 est à l’image de l’année précédente

Le 6 août 2020, les pouvoirs publics ont signé un contrat-programme avec la CNT dont la mesure phare est le versement d’une indemnité forfaitaire de 2 000 dirhams (185 euros) aux salariés des entreprises touristiques. Le hic : la mesure n’a concerné qu’environ 67 000 employés déclarés à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), alors que les statistiques officielles de l’ONMT font état de 500 000 emplois directs et 2,5 millions indirects dans le secteur.

Les dégâts seront considérables dans ce secteur vital pour l’économie du Royaume si la saison 2021 est à l’image de l’année précédente, au cours de laquelle les recettes touristiques ont fondu de moitié, avec 42 milliards de dirhams (quasiment 4 milliards d’euros) de perte sèche en devises.

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