Politique

RDC : ce que la justice reproche à Willy Bakonga, l’ancien ministre arrêté à Brazzaville

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Ces dernières semaines, l’étau s’est resserré autour de Willy Bakonga.

Ces dernières semaines, l’étau s’est resserré autour de Willy Bakonga. © Arnold Mwanza/ Creative Commons

L’ancien ministre, transfuge du parti de Kabila rallié à l’Union sacrée, a été arrêté à Brazzaville. Convoqué par la justice à Kinshasa, il avait refusé de répondre aux questions du Parquet et pris la fuite, non sans avoir tenté des négociations de la dernière chance avec des membres de la majorité.

Comment Willy Bakonga est-il arrivé à Brazzaville ? L’ancien ministre de l’Éducation primaire, secondaire et technique de RDC a été arrêté, le 20 avril, alors qu’il venait d’embarquer à bord d’un vol régulier d’Air France à destination de Paris. Une source sécuritaire kinoise affirme que son nom n’apparaît pas sur les registres officiels du Beach Ngobila, par lequel transitent les passagers désireux de traverser le fleuve Congo, et se dit convaincue qu’il a gagné Brazzaville clandestinement.

Le 16 avril, Willy Bakonga avait été sommé de venir s’expliquer devant la justice à Kinshasa. Le parquet général près la Cour de cassation voulait l’entendre « sur des faits à lui imputés » (dont la nature n’était pas précisée), et l’informait qu’en cas de refus, il n’hésiterait pas à l’y contraindre.

Ces dernières semaines, l’étau s’est resserré autour de Willy Bakonga.

1,5 million de dollars

Selon un rapport confidentiel de l’Inspection générale des finances (IGF) que Jeune Afrique a pu consulter, il est soupçonné d’avoir détourné 1,5 million de dollars, somme initialement destinée « à l’acquisition des matériels de lutte contre le Covid-19 dans les écoles ».

L’IGF lui reproche également d’avoir « détourné des frais de fonctionnement [de son ministère] pour 62 milliards de francs congolais [25,5 millions d’euros] depuis qu’il est entré en fonctions ». Le même document, décidément accablant, affirme que Willy Bakonga a également « signé des arrêtés pour [créer] des écoles fictives et [nommer] des enseignants sans école, sans bureau […] : 34 000 personnes à Kinshasa, 21 000 personnes pour la province de la Tshuapa ».

« C’est très regrettable, soupire l’inspecteur général des finances, Jules Alingate. Face aux détournements de deniers publics, notre justice est d’une lenteur inexplicable et cela m’inquiète beaucoup. »

Il a répété qu’il était désormais membre de l’Union sacrée et qu’il voulait défendre les intérêts de Félix Tshisekedi

Avant de prendre la fuite, Willy Bakonga a, selon nos informations, tenté un rapprochement avec la nouvelle majorité du chef de l’État. « Il est passé dans plusieurs salons, déclarant qu’il était victime d’un complot, raconte l’un des responsables de l’Union pour la démocratie et le progrès social [UDPS, le parti présidentiel], qui affirme que Bakonga l’a personnellement approché. Il a répété qu’il était désormais membre de l’Union sacrée et qu’il voulait défendre les intérêts de Félix Tshisekedi. »

Ancien secrétaire général adjoint du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD, de Joseph Kabila), Willy Bakonga a en effet rejoint l’Union sacrée, mais « très tard », affirme un proche du chef de l’État.

Demande d’extradition

Une demande d’extradition a été formulée par le ministère de la Justice. « Mais il n’est pas sûr qu’il sera extradé, veut croire une source proche de Bakonga. Souvenez-vous qu’il y a une jurisprudence : Brazzaville avait refusé d’extrader le général Faustin Munene [en 2011]. » « Ceux qui disent que l’extradition ne sera pas possible doivent savoir qu’entre Kinshasa et Brazzaville, le ciel n’est plus nuageux », objecte un proche du président Tshisekedi.

Avant de quitter la RDC, Willy Bakonga, qui avait été élu député et sénateur sous les couleurs du PPRD, avait par ailleurs tenté de réintégrer le Parlement (il avait écrit en ce sens aux présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat), espérant pouvoir bénéficier d’une immunité parlementaire en dépit de son changement d’étiquette politique.

En mars dernier, la Cour d’appel de Kinshasa-Gombe avait condamné à vingt ans de travaux forcés et à une amende de 100 millions de francs congolais Djamba Kaombe Michel, inspecteur général du ministère de l’Enseignement primaire, secondaire et technique, et Delon Kampay, directeur national du Service de contrôle et de paie des personnels enseignants (Secope). Ils ont été reconnus coupables de détournement des fonds alloués au secteur de l’éducation, mais avaient affirmé avoir agi « sur instruction de [leur] hiérarchie ».

À la suite de plusieurs allégations de corruption dans le secteur de l’éducation, la Banque mondiale avait suspendu, en février dernier, un financement de 100 millions de dollars en appui à la mesure de gratuité de l’éducation de base. Une mesure annoncée par Félix Tshisekedi à son arrivée au pouvoir mais qui peine à être mise en œuvre.

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