Santé

Tunisie : le nombre de cas de Covid-19 explose depuis le début du ramadan

| Par - à Tunis
Mis à jour le 23 avril 2021 à 12h37
Des infirmières prodiguent des soins à un patient intubé, atteint du Covid-19, dans une unité de soins intensifs d’un hôpital de la ville de Gabès, dans le sud-ouest de la Tunisie, le 26 août 2020.

Des infirmières prodiguent des soins à un patient intubé, atteint du Covid-19, dans une unité de soins intensifs d'un hôpital de la ville de Gabès, dans le sud-ouest de la Tunisie, le 26 août 2020. © FETHI BELAID / AFP

La Tunisie a dépassé la barre des 10 000 décès, avec un taux de mortalité extrêmement élevé, le deuxième en Afrique. Quant à la campagne de vaccination, elle peine à décoller. Explications.

Le début du mois de ramadan – le 13 avril – a vu une augmentation rapide et inquiétante des cas de Covid-19 en Tunisie. Alors que le pays comptait 1 079 nouveaux cas le 12 avril, la barre des 2 000 nouveaux cas quotidiens a été dépassée huit jours plus tard, avec 2 169 nouvelles personnes contaminées et 93 décès, selon le ministère de la Santé. Le 22 avril, ce ne sont pas moins de 2 305 nouveaux cas qui ont été comptabilisés, soit l’un des bilans les plus lourds depuis le début de la pandémie en Tunisie en mars 2020.

Selon les spécialistes, ces chiffres alarmants sont dus essentiellement à la propagation du variant britannique dans le pays. Le gouvernement tunisien a ainsi pris la décision de renforcer les restrictions le 17 avril pour freiner la propagation du virus, avec la fermeture des écoles primaires, secondaires, ainsi que les universités, alors que les régions dont le taux d’incidence est jugé dangereusement élevé sont isolées.

Lenteur des campagnes de vaccination

Alors que le couvre-feu entre 22 heures et 5 heures est maintenu, les autorités ont également décidé d’interdire la circulation des véhicules motorisés entre 19 heures et 5 heures, « sauf en cas d’urgence », afin de restreindre les déplacements nocturnes, fréquents durant le mois de ramadan. Ces mesures sont incomprises par une grande partie de la population. Le 10 avril, les pressions de la rue et du président Kaïs Saïed avaient obligé le chef du gouvernement Hichem Mechichi à abandonner l’idée d’un couvre-feu à 19 heures sur l’ensemble du territoire national.

La rapide augmentation du nombre de nouveaux cas fait aujourd’hui craindre une pression accrue sur les structures hospitalières. Le chef du gouvernement Hichem Mechichi, le ministre de la Santé Faouzi Mehdi et plusieurs responsables hospitaliers ont récemment alerté sur la saturation des hôpitaux et des services de réanimation, occupés à plus de 80 % dans tout le pays.

Sans compter que la campagne de vaccination piétine, avec seulement un peu plus d’un million de Tunisiens enregistrés sur la plateforme de vaccination Evax et seulement 20 % d’entre eux vaccinés, soit 250 000 personnes – un peu plus de 2 % de la population.

Les Tunisiens commencent à adhérer en nombre à la compagne nationale de vaccinatio

Le professeur Riadh Daghfous, directeur du centre de vigilance et membre de la Commission scientifique de lutte contre le coronavirus et directeur général du Centre national de pharmacovigilance se veut pourtant positif, notant que le rythme des inscriptions sur la plateforme de vaccination Evax progresse. « Les Tunisiens commencent à adhérer en nombre à la compagne nationale de vaccination mais cela reste à ce jour en dessous des attentes », confie-t-il.

Le professeur Daghfous déplore surtout la lenteur du rythme d’approvisionnement en doses de vaccins, un frein à une campagne rapide et à grande échelle : « Nous espérons que le rythme d’approvisionnement va s’accélérer prochainement, par le biais des achats directs auprès des différents laboratoires, des dons de l’Union africaine ou encore du fonds Covax, piloté par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). »

Quant au sort des quelque 100 000 doses du vaccin britannique AstraZeneca parvenus en Tunisie, le président de la Commission technique du suivi des vaccins, Hechmi Louzir, a admis le 21 avril que la Tunisie a décidé de décaler son utilisation de « quelques jours », dans l’attente des recommandations des instances sanitaire internationales. Le 7 avril, l’Agence européenne du médicament a lié de « très rares cas de caillots sanguins renseignés à une réponse immunitaire au vaccin [d’AstraZeneca] ».

Fermeture des frontières ?

Lors de la découverte du premier cas atteint du variant britannique en Tunisie, le 2 mars, la piste de l’introduction de cette souche par les frontières terrestres a été largement relayée. Selon Amen Allah Messadi, membre du comité scientifique de lutte contre le coronavirus, le variant britannique est celui qui se propage le plus dans le pays.

L’apparition du variant sud-africain serait quant à lui lié à sa propagation en Libye, avec laquelle les frontières sont toujours ouvertes et dont le flux d’échange quotidien est très élevé, selon le ministre de la Santé. Les autorités tunisiennes n’excluent pas une éventuelle fermeture des frontières pour freiner la propagation des nouveaux variants dans le pays.

Les autorités tunisiennes n’excluent pas une éventuelle fermeture des frontières avec la Libye et la France

« Nous devons être vigilants car le variant sud-africain est apparu en Libye, le brésilien en France (…) Nous pourrions recourir à la fermeture des frontières avec ces deux pays », a prévenu le 21 avril Hechmi Louzir sur les ondes de la radio Mosaïque FM.

Mais avec la baisse des revenus touristiques en 2020, estimée à 65 %, la pression économique se superpose à la pression sanitaire. Le 19 avril, la Tunisie a ainsi facilité les conditions d’accès au pays pour les vacanciers en réponse à un appel de détresse lancé à plusieurs reprises par un secteur touristique au bord de l’effondrement. Une équation santé/économie extrêmement délicate à résoudre pour le chef du gouvernement Hichem Mechichi…

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