Économie

David Rubenstein (Carlyle) : « Je suis prêt à investir en Afrique si… »

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Mis à jour le 22 avril 2021 à 16:05

David Rubenstein au Forum de Davos, en 2018. © David Rubenstein, co-chief executive officer of the Carlyle Group LP, poses for a photograph following a Bloomberg Television interview on day two of the World Economic Forum (WEF) in Davos, Switzerland, on Wednesday, Jan. 24, 2018. World leaders, influential executives, bankers and policy makers attend the 48th annual meeting of the World Economic Forum in Davos from Jan. 23 – 26. Photographer: Simon Dawson/Bloomberg via Getty Images © Simon Dawson/Bloomberg/Getty

Le cofondateur du gigantesque fonds américain de capital-investissement a évoqué son possible retour en Afrique, à l’occasion de l’édition 2021 de la conférence Avca.

À l’invitation de l’Association des capital-investisseurs et capital-risqueurs africains (AVCA) qui réunit, du 20 au 23 avril, plus de 350 participants du secteur pour sa conférence annuelle, David Rubenstein, cofondateur du géant mondial du capital-investissement The Carlyle Group (près de 250 milliards de dollars d’actifs sous gestion), a partagé lors d’une keynote son retour de près d’un demi-siècle d’expérience sur l’économie mondiale – dont près de trente-cinq ans dans le private equity.

Prêt à signer son grand retour en Afrique, le milliardaire américain de 71 ans brosse un panorama macroéconomique global, se penchant notamment sur l’état du capital-investissement et les opportunités d’investissement dans les différentes régions du monde. Un tableau teinté des effets de la pandémie de Covid-19 sur les économies et les affaires.

Voici les points saillants que Jeune Afrique en a retenus.

Le dynamisme du marché africain en question

Sans le nommer expressément, David Rubenstein a justifié le repli de Carlyle des investissements directs en Afrique, un an plus tôt. Transférant la gestion des 700 millions de dollars d’actifs de son véhicule Carlyle Sub-saharan Africa Fund, à d’anciens managers du fonds réunis au sein du nouvellement créé, Alterra Capital Partners.

le potentiel de l’Afrique, que je considère toujours comme formidable, n’a pas encore répondu aux attentes

« En Afrique, évidemment, il y a de vrais défis. Car beaucoup de capitaux occidentaux se sont redéployés vers les marchés développés lorsque le Covid est arrivé, et avant cela lorsqu’il y a eu des problèmes économiques », explique-t-il. « En outre, le potentiel de l’Afrique, que je considère toujours comme formidable, n’a pas encore répondu aux attentes, les rendements n’ont pas été aussi attrayants que certains le pensaient », précise-t-il, confirmant ainsi les spéculations autour du retrait du géant américain d’Afrique subsaharienne.

Et à ce constat, s’ajoute le frein auquel de nombreux investisseurs sur le continent sont exposés, et avec lequel ils doivent composer : « L’Afrique compte plus de 50 pays. Des monnaies différentes, des réglementations différentes aussi, … Il a donc été plus difficile de mettre sur pied des équipes possédant l’expertise nécessaire et les résultats n’ont pas été aussi solides qu’on l’aurait espéré. »

Retour annoncé ?

Malgré ce constat, David Rubenstein estime que le contexte pourrait changer prochainement. Et il ne cache pas son intention de réinvestir sur le continent, à titre personnel cette fois. « Je suis prêt à investir en Afrique à l’avenir, à placer de l’argent personnel dans le capital-investissement africain », déclare le financier américain.

Il espère que d’ici un an, la crise du Covid-19 sera passée et qu’il lui sera possible de « se rendre en Afrique et rencontrer, en personne, les capital-investisseurs du continent ».

Je crois que le continent sera à la hauteur du potentiel que j’ai vu il y a plus de dix ans

Rubenstein appuie sa décision sur sa conviction que les prix vont augmenter et que le capital-investissement en Afrique va s’améliorer considérablement par rapport à la situation actuelle, d’ici à la fin de la crise sanitaire. « Je crois que le continent sera à la hauteur du potentiel que j’ai vu il y a plus de dix ans, et que je vois toujours : une population très jeune, des taux de croissance du PIB assez élevés, et l’interférence des gouvernements et de la réglementation relativement modeste, et la concurrence moindre », poursuit-t-il.

À la tête d’une fortune personnelle de 3,8 milliards de dollars, selon Forbes, le capital-investisseur américain a quitté la gestion au quotidien de Carlyle, confiée depuis 2018 à Glenn Youngkin et Kewsong Lee. Sa société d’investissement familiale (family office), Declaration Partners LP, gère ses actifs et diligentes ses investissements.

Grande forme du capital-investissement aux États-Unis

Durant son intervention devant un auditoire majoritairement composé de capital-investisseurs africains, David Rubenstein a également longuement évoqué le climat aux États-Unis, où l’économie « se porte raisonnablement bien », selon l’ancien avocat passé notamment par le Capitole en tant que conseiller principal à la commission judiciaire du Sénat américain.

le secteur du capital-investissement est aujourd’hui plus fort que je ne l’ai jamais vu

« Grâce aux énormes mesures de relance [un plan de relance de 1 900 milliards de dollars a été voté en mars par l’administration Biden, ndlr] que le Congrès américain et le président des États-Unis ont mises en place, l’économie américaine devrait connaître cette année une croissance de 5 à 6 %, ce qui est une croissance très élevée », estime-t-il. Il évoque également un chômage limité, en-deçà des 6 %, et une inflation maîtrisée (en dessous de 1,5 %).

Dans tout cela, « l’industrie du capital-investissement, l’industrie des services financiers et technologiques gagnent autant d’argent qu’elles en ont toujours gagné et s’en sortent » cette année, précise le président non exécutif de Carlyle.

Le financier croit beaucoup au potentiel « transformateur » sur l’économie du pays du nouveau président américain « qui, à 78 ans, ne craint pas de ne pas être réélu ». Du capital-investissement, à proprement parler, il dit que : « le secteur est aujourd’hui plus fort qu’[il] ne l’ai jamais vu. »

Lever de nouveaux fonds en période de Covid-19 « n’a pas été difficile pour ceux qui ont des antécédents, mais seulement pour ceux qui n’ont pas de track-records à plus de 20 milliards de dollars. À distance ou non, les investisseurs vous connaissent déjà et savent que vous avez de bons antécédents. »

Et de conclure, au vu de la flexibilité des sorties potentielles, de leur diversité, avec par exemple « le phénomène des SPAC » : « le secteur du capital-investissement se porte également assez bien dans le monde développé, comme dans une grande partie du marché émergent. »

Hétérogénéité en Europe et dans les BRICS

Sorti des États-Unis, le secteur du private equity dans les autres zones matures du globe a également réussi à tirer son épingle du jeu. Autant de fonds et de sociétés de capital-risque qui pourront s’intéresser entre autres au continent africain à terme – ou qui le regardent déjà.

Selon David Rubenstein, l’Europe en particulier s’en est plutôt bien sortie. « Le capital-investissement européen n’est probablement pas aussi robuste que le capital-investissement américain, mais il s’en sort plutôt bien. Je dirais même que les rendements sont bien meilleurs que je ne l’aurais pensé à ce stade, étant donné la situation du Covid en Europe. »

En revanche, l’enthousiasme du cofondateur de Carlyle ralentit quand il évoque les quatre plus grands marchés émergents qui forment les BRICS (hors Afrique du Sud). Si la Chine et l’Inde sont « des endroits gigantesques où investir », le Brésil n’a pas été « aussi robuste qu’on le pensait », constate-t-il. Quant à la Russie, elle « ne s’est pas avérée être un pays pour le capital-investissement occidental, mais est maintenant très robuste et cherche vraiment à investir. »

Les family offices s’intéressent aux marchés émergents de manière plus agressive qu’auparavant

Dans le même sac, l’Amérique latine et le Moyen-Orient n’ont pas été à la hauteur des attentes du secteur de l’industrie du capital-investissement, et les opportunités ne sont pas légion, tranche Rubenstein.

Qui prévient : « Les family offices s’intéressent aux marchés émergents de manière plus agressive qu’auparavant. Car les prix sont très élevés à présent aux États-Unis et sur les marchés matures ». À bon entendeur…