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Makhtar Diop : “l’enseignement scientifique a été trop longtemps délaissé en Afrique”

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Makhtar Diop, vice-président pour la zone Afrique de l'institution internationale revient pour "Jeune Afrique" sur les défis de l'enseignement scientifique et technologique en Afrique et présente les "centres d'excellence régionaux" que promeut l'institution internationale en réponse à ces challenges.

De passage à Kigali dans le cadre du forum de haut niveau organisé par la Banque mondiale et le Rwanda sur le thème “l’enseignement supérieur des sciences, de la technologie et de l’innovation : accélérer les ambitions de l’Afrique”, Makhtar Diop, vice-président pour la zone Afrique de l’institution internationale répond aux questions de Jeune Afrique.

Propos recueillis par Joël Té-Léssia

Les systèmes universitaires africains forment-ils trop de littéraires ?

Dans de nombreux pays africains, les systèmes universitaires continuent de refléter l’héritage de l’histoire coloniale : les programmes ont été conçus pour produire des fonctionnaires à même d’administrer le pays, ils mettent l’accent sur des disciplines non-scientifiques – qui n’étaient de toute façon accessibles qu’à une petite minorité de chaque classe d’âge.

Résultat ? Les diplômés africains sont majoritairement formés dans les sciences humaines et sociales, tandis que la proportion d’étudiants en science, technologie, ingénierie et mathématiques est très faible, autour de 25% en moyenne dans la région. L’enseignement supérieur technologique et scientifique en Afrique a été trop longtemps délaissé. Nous devons aujourd’hui inverser la tendance pour permettre à l’Afrique de prendre sa place dans l’économie mondiale entièrement intégrée.

La proportion d’étudiants en science, technologie, ingénierie et mathématiques est très faible, autour de 25% en moyenne dans la région

Pourtant le secteur agricole devrait rester, en toute probabilité, le principal pourvoyeur d’emploi en Afrique subsaharienne notamment.

D’abord il faut noter que l’emploi se trouve partout. Les besoins en termes d’innovation aussi. Même dans le secteur agricole, la technologie est importante. Et puis il s’agit aussi d’anticiper et d’accélérer la transformation des économies africaines. Si aujourd’hui la croissance du continent est concentrée dans les secteurs à forte intensité capitalistique, il faut savoir que les services, les industries légères – notamment celles de transformation agricole -, les NTIC et même les mines demandent des techniciens formés. Pour cela il faut que l’enseignement scientifique, technique et technologique soit renforcé à travers le continent.

D’ailleurs, le lien entre la capacité technologique et la croissance économique d’un pays est clairement documenté. Exploiter les nouvelles technologies augmente la productivité, les perspectives d’emploi et la possibilité de progresser dans la chaîne de valeur industrielle. Des travaux montrent que plus de 60% de la différence entre les pays – en termes de taux de croissance et de revenus des travailleurs – est le résultat de différences dans la productivité totale, qui sont à leur tour dérivés de différences dans l’accès et l’appropriation de la technologie.

Quelles solutions la Banque mondiale préconise-t-elle ?

Nous avons besoin de liens plus solides entre les universités et le secteur privé. C’est la meilleure façon de s’assurer que les étudiants obtiennent leur diplôme avec des compétences qui reflètent ce dont les employeurs ont réellement besoin.

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Et pour répondre à la demande de compétences en Afrique, les centres d’excellence régionaux que propose la Banque mondiale, en collaboration avec les pays africains et plusieurs institutions éducatives régionales, représentent un moyen optimal et efficace sur le plan des coûts pour construire et maintenir l’excellence dans l’enseignement supérieur en Afrique.

En quoi consistent-ils ?

Ces centres offrent une spécialisation régionale, rassemblent des professeurs de haut niveau et en nombre limité et génèrent un effet de diffusion de connaissances. Dix-neuf centres d’excellence en Afrique occidentale et centrale ont été sélectionnés – de façon concurrentielle – pour la phase I du projet. Le « Centre d’excellence africain (ACE) pour la formation et la recherche en sciences et technologies de l’eau, l’énergie et l’environnement » aura pour chef de file l’Institut international d’ingénierie de l’eau et de l’environnement (2iE) au Burkina Faso ; l’université de Lomé, par exemple, a été sélectionnée comme chef de file pour l’ACE en sciences aviaires, etc.

Ce projet, d’un enveloppe globale de 150 millions de dollars sera présenté au conseil d’administration de la Banque mondiale en avril. Les pays participants comprennent le Bénin, le Burkina Faso, le Cameroun, le Ghana, le Nigéria, le Sénégal, le Togo et la Gambie.

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