Culture

« Afrosurf », la bible du surf en Afrique

Mis à jour le 24 avril 2021 à 10:53

Matthew McGillivray, surfeur professionnel d’Afrique du Sud, participe à la finale des Qualifying Series de la World Surf League en mer Méditerranée à Netanya, en Israël, samedi 20 janvier 2018. © Ariel Schalit/AP/SIPA

La marque sud-africaine Mami Wata vient de sortir un livre de toute beauté consacré au surf sur le continent. Une première, servie par un design coloré et de superbes photographies.

Outre être une divinité aquatique africaine, Mami Wata est aussi une marque de vêtements et de planches de surf basée à Cape Town, en Afrique du Sud. « Notre mission est de faire connaître le pouvoir du surf africain dans le monde », affirment ses promoteurs comme s’il s’agissait de répandre une nouvelle religion.

D’ailleurs, sur leur site internet, ils poursuivent sur le même ton : « Nous avons lancé Mami Wata par amour et par foi. Notre amour pour le surf, le design et l’Afrique. Notre foi en la force du surf africain. » Leurs différents credos ? Crééer et fabriquer leurs produits en Afrique, soutenir Waves for change, une ONG de surf-thérapie venant en aide à plus de 1 000 enfants, et renforcer le tourisme et l’économie liés au surf (qu’ils nomment « Afrosurfonomics »).

Afin de répandre la bonne parole sur le monde païen, les envoyés de Mami Wata ont opté pour une recette qui a fait merveille avec les autres monothéisme, le livre. Non pas un livre, mais « le » livre, celui auquel le lecteur reviendra sans cesse pour y trouver inspiration, conseils et références. Ainsi est né Afrosurf, grâce aux fonds recueillis par le biais de la plateforme Kickstarter. Sans intention commerciale affichée puisque tous les bénéfices des ventes iront à deux associations de surf-thérapie, Waves for change et Surfers Not Street Children.

« Seul un surfeur connaît cette sensation »

Afrosurf n’est pas un livre comme les autres. Bénéficiant d’un design exceptionnel dû à Peet Pienaar, il rassemble de superbes photographies, quelques recettes, une playlist (Manu Dibango « Electric Africa », Fela Kuti « Zombie », Hugh Masekela « Bajabula Bonke », Burna Boy « Ye », etc.), une « brève histoire de la pratique du surf en Afrique et dans la diaspora » par Kevin Dawson et, surtout, de nombreux portraits de surfeurs et de surfeuses du continent.

Ainsi, le premier surfeur que l’on rencontre est Kunyalala Ndlovu, designer originaire du Zimbabwe. Sous le titre « Personne ne surfe à Bulawayo », on découvre l’histoire d’un jeune adolescent vivant à 2000 km à l’intérieur des terres. « Je suis là, âgé de 12 ans, entouré de bidonvilles et de savane, sans le moindre océan en vue. Mon père se tient devant moi avec un cadeau qui va changer ma vie pour toujours… un T-shirt Billabong. Dans le dos, il y a la photo d’un surfeur filant à l’intérieur d’un rouleau lors du Billabong Pro Kirra de 1996, accompagnée des mots : “Seul un surfeur connaît cette sensation”. Je ne peux pas décrire précisément ce que j’ai ressenti sur le moment, mais ce que je peux dire c’est que ce jour là, cet enfant noir de la banlieue de Bulawayo décida qu’il se rebellerait contre les bidonvilles et deviendrait un surfeur. »

Plus loin et bien des années plus tard, Kunyalala Ndlovu domptera sa première « vraie » vague. « Un matin d’hiver particulièrement gris, près de l’épave de Big Bay, après 15 années à rêver, le paradis s’est ouvert et le petit garçon de Bulawayo a attrapé sa première vague verte, une course le long de la face cassante, et il est finalement devenu ce qu’il avait toujours rêvé d’être – l’un de ceux qui connaissent cette sensation. Un surfeur. »

De la Sierra Leone au Maroc…

Page après page, avec un tourbillon de couleurs acidulées, c’est dans un tour d’Afrique des adeptes du surf que nous entraîne Afrosurf. On y croise ainsi Kadiatu Kamara, l’unique surfeuse de Sierra Leone qui nous raconte ses débuts : « Quand j’ai commencé à surfer, j’avais peur de l’océan. Je ne savais pas comment nager. Un jour les garçons m’ont pris ma planche au large et j’ai avalé beaucoup d’eau. Je pensais que j’étais en train de me noyer. Je criais. Mais j’ai aimé ça. Cela m’a aidé à consolider ma confiance en moi et ma motivation. Cela m’a permis de devenir une bonne surfeuse. »

Je ne voulais pas y aller, je pensais que je n’étais pas assez forte. Mais j’y suis allée, et j’ai gagné

Bien plus au nord, au Maroc, Maryam el Gardoum surfe depuis qu’elle est toute petite les eaux de Tamraght. Elle y a gagné le surnom de Mohamed, parce qu’elle surfait « comme un garçon ». Elle raconte : « La première planche que j’ai eue m’a été donnée par un cousin. Puis un ami de mon frère m’a offert une combinaison. Puis il y a ce garçon, Dakhouch, qui m’a aidé avec du matériel, qui m’a acheté des planches, des combinaisons, qui m’a permis de participer aux championnats marocain… Il m’a vraiment poussée. Je ne voulais pas y aller, je pensais que je n’étais pas assez forte ; j’avais seulement 14 ans et il faudrait que j’affronte des filles plus âgées. Mais j’y suis allée, et j’ai gagné. »

Faites comme elle, n’hésitez pas, montez sur votre planche, surfez les vagues d’Afrosurf, embrassez une religion païenne faite d’écume immaculée et de vagues plus hautes que le ciel !


Afrosurf, the book, à commander en ligne sur le site de la marque, 45 livres.