Société

Médias

Malgré un secteur audiovisuel encore bridé par le monopole d’État, le monde de la presse évolue rapidement en Algérie. Il connaît aussi un dynamisme inégalé dans la région. Quelque 160 titres de presse, francophones ou arabophones, sont ainsi recensés dans le pays et diffusent quotidiennement plus de 2 millions d’exemplaires. Si elle reste majoritairement féminine (60 %), la corporation journalistique n’en demeure pas moins une affaire d’hommes dès que l’on franchit le seuil des bureaux de direction.

Ali Dilem
41 ans, caricaturiste

Pour de nombreux lecteurs, son dessin en dernière page du quotidien algérois Liberté est aussi indispensable que le café du matin. Qu’il se moque de généraux ventripotents, qu’il ridiculise les terroristes ou qu’il affuble le crâne dégarni du président d’un catogan, ce caricaturiste parvient à traiter avec humour l’actualité la plus dramatique, l’information la plus sérieuse. Son talent a été consacré par de nombreuses distinctions internationales.
Cible de plusieurs plaintes pour « atteintes à corps constitués », Dilem cumule les condamnations à de la prison ferme. S’il les met bout à bout, elles s’élèvent à un total de neuf ans de réclusion. Pour l’instant, ce harcèlement judiciaire n’empêche pourtant pas le caricaturiste de reprendre, chaque matin, son crayon.

Salima Tlemçani
44 ans, journaliste

Grand reporter au quotidien El Watan, elle couvre l’actualité liée au terrorisme depuis le début de la violence islamiste, en 1992. Elle a notamment réalisé, au péril de sa vie, plusieurs enquêtes sur les maquis terroristes. Ses reportages lui ont valu de figurer sur la liste noire des Groupes islamiques armés (GIA). Elle s’est ensuite spécialisée sur le phénomène des violences faites aux femmes, puis s’est intéressée à la grande criminalité. Telle est la raison pour laquelle elle refuse d’être prise en photo ou de dévoiler sa véritable identité (elle signe sous un pseudonyme). En 2004, elle a reçu le prix du Courage dans le journalisme, décerné par la fondation américaine International Women’s Medias Foundation.

Naïla Benrahal
34 ans, journaliste

Elle jouit de la réputation d’être la journaliste la mieux informée sur le terrorisme. Naïla Benrahal doit ce statut au fait d’avoir été la seule à obtenir une interview téléphonique de Hassan Hattab, le fondateur du GSPC. Elle a aussi multiplié les scoops durant sa carrière : révélation d’informations exclusives sur une opération antiterroriste, divulgations sur la reddition d’un groupe armé, publication des premières confessions d’un terroriste repenti : tels sont ses principaux faits d’armes.
En 2006, elle a même créé l’actualité en publiant une enquête sur la rébellion touarègue malienne financée par le colonel Kadhafi. Ulcéré, le « Guide » libyen a obtenu sa condamnation à six mois de prison ferme, mais elle a été relaxée en appel. Une procédure qui n’a fait qu’élargir sa notoriété.

H’mida Layachi
52 ans, directeur du quotidien Djazaïr News

Il a un parcours atypique dans le paysage médiatique algérien. Homme de théâtre, comédien, romancier, essayiste, journaliste, il est aussi, aujourd’hui, éditeur de presse avec Djazaïr News, l’un des quotidiens arabophones les plus diffusés du pays (100 000 exemplaires en moyenne). Sa passe d’armes, en 1999, lors d’un débat télévisé, avec le candidat Abdelaziz Bouteflika est par ailleurs passée à la postérité. Comptant parmi les meilleurs spécialistes de la mouvance islamiste, ses éditoriaux sont particulièrement appréciés des lecteurs. Ce talentueux polémiste a, enfin, une autre particularité : il est l’un des rares Noirs de la corporation des journalistes algériens.

Anis Rahmani
45 ans, directeur du quotidien Ennahar

Lancer un journal alors que le marché de la presse est déjà saturé (ses rivaux El Khabar et Echourouq vendent respectivement 400 000 et 200 000 exemplaires) relève du coup de poker. Anis Rahmani l’a pourtant tenté en créant, en novembre dernier, Ennahar, un quotidien arabophone qui ambitionne de s’imposer en multipliant les scoops. Ancien correspondant du journal londonien Al Hayat, ex-journaliste vedette d’El Khabar, spécialiste des questions sécuritaires, il est en passe de réussir son pari : huit mois après sa naissance, Ennahar tire déjà quotidiennement à 60 000 exemplaires.

Omar Belhouchet
56 ans, directeur du quotidien El Watan

Ancien journaliste à El Moudjahid où il s’était spécialisé dans les questions pétrolières, il a quitté le service public en 1990, lors de la libéralisation de la presse, pour s’associer à une vingtaine de ses confrères et lancer le premier quotidien francophone indépendant d’Algérie : El Watan. Aujourd’hui, son bilan est impressionnant : son journal publie de nombreux suppléments (économie, immobilier, art et spectacles), tire tous les jours à 100 000 exemplaires et possède deux imprimeries (et projette d’en acquérir une troisième) ainsi qu’une société de distribution. En dix-huit ans, Omar Belhouchet a réussi la gageure de transformer un simple quotidien en véritable groupe de presse.

Hamraoui Habib Chawki
50 ans, Directeur général de la télévision publique

Animateur de télévision et présentateur d’un talk-show politique à la fin des années 1980, « HHC », comme on le surnomme, avait fait une entrée fracassante au gouvernement en 1992, lorsqu’il avait été nommé ministre de la Culture et de la Communication de Sid Ahmed Ghozali. Depuis, il a abandonné le journalisme. Après une courte traversée du désert, il a pris les rênes de l’unique chaîne de télévision algérienne, en 1998, et cumule, depuis, les casquettes : président de l’Union de radiodiffusion des États arabes (Asbu), il est aussi membre de plusieurs conseils d’administration et, depuis 2007, président du Festival du cinéma arabe d’Oran, une prestigieuse manifestation dotée d’un gros budget. Parmi ses faits d’armes : un bras de fer avec les islamistes à propos de la diffusion d’émissions de télé-réalité d’une part, une controverse avec les députés – née de son refus de diffuser l’intégralité des débats du Parlement – de l’autre.

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