Économie

Donald Kaberuka : « Je souhaite que l’Africa CEO Forum ait lieu en Afrique »

Mis à jour le 17 mars 2014 à 18:35

Interrogé en marge de la deuxième édition du Africa CEO Forum, qui se tient du lundi 17 au mercredi 19 mars à Genève, le président de la Banque africaine de développement est revenu sur les grands enjeux de cette rencontre qu’elle coorganise.

La deuxième edition du Africa CEO Forum s’est ouverte le lundi 17 mars à Genève. Donald Kaberuka, président de la Banque africaine de développement, co-organisatrice avec le Groupe Jeune Afrique et Rainbow Unlimited du forum, a répondu à nos questions.

Propos recueillis à Genève par Frédéric Maury

Jeune Afrique : La Banque africaine de développement co-organise le Africa CEO Forum. Avec quels objectifs ?

Donald Kaberuka : Je suis parmi ceux qui pensent qu’il y a trop de conférences où l’on parle de tout et toujours entre les mêmes personnes. Il fallait évoluer avec une autre forme de conversation et je crois que ce forum va dans ce sens. Chefs d’entreprises, financiers et institutions dans la même salle, c’est important. Car articuler des grands principes, c’est bien, mais il faut parler aussi à ceux qui les mettent en œuvre. Le succès de ce forum montre qu’il y a un appétit pour ce genre d’évènements.

Que peut-on attendre d’un forum comme celui-ci ?

Un forum tout seul ne fera pas de miracle en soit. Tout cela est cumulatif : chaque forum s’ajoute au précédent. Et il faut savoir continuer à se parler entre les forums. On m’a demandé tout à l’heure s’il y aura une feuille de route à l’issue de ce forum. J’ai répondu : surtout pas. Nous ne sommes pas ici pour faire des déclarations générales mais pour articuler des problèmes notamment par secteur. Nous ciblons d’ailleurs dans d’autres forums, comme le Africa Health Forum qui se tiendra au mois de mai, des secteurs spécifiques.

Certains participants ont demandé ce matin que ce forum africain ait lieu en Afrique. Qu’en pensez-vous ?

Je souhaite que ce forum ait lieu en Afrique.

Où ?

C’est plus compliqué de répondre.

Pourquoi le premier et le deuxième ont-ils eu lieu à Genève ?

Il y a des entreprises qui évoluent sur l’Afrique qui sont européennes, américaines ou japonaises. Cette année, nous avons ainsi une dizaine d’entreprises venues du Japon. il fallait trouver un point central. C’est fait. Maintenant, nous avons une marque, une réputation, on peut donc rentrer en Afrique.

Tenir ce forum en Afrique suppose de trouver un pays qui soit un hub aéroportuaire, anglophone et francophone…

Je vois où vous voulez en venir. Mais nous irons en Afrique telle qu’elle est, avec ses spécificités, ses forces et faiblesses.

La nature du commerce international à changé. J’ai montré que l’Airbus est fabriqué partout dans le monde, y compris en Afrique du Sud. Ce n’est qu’à la fin qu’il est assemblé à Toulouse.

Lors de votre discours d’ouverture, cet après-midi, vous avez pris l’exemple des avions Airbus et des minibus africains pour montrer combien les Européens ont réussi leur intégration. Pourquoi en Afrique préfère-t-on continuer à importer ?

Primo, la nature du commerce international à changé. J’ai montré que l’Airbus est fabriqué partout dans le monde, y compris en Afrique du Sud. Ce n’est qu’à la fin qu’il est assemblé à Toulouse. Nous devons trouver nous, pays africains, comment nous insérer dans cette chaîne de valeur. L’autre point sur lequel je voulais insister, en effet, touche à la manière dont les Européens ont pensé leur intégration. Avant, chaque pays fabriquait son avion sans pouvoir concurrencer Boeing. Aujourd’hui, tous les pays européens sont gagnants. N’est-il pas possible qu’un jour on se mette ensemble pour produire des minibus. Si nous nous disons que tout le monde peut gagner en même temps, nous pourrons avancer plus vite.

Parmi les thèmes importants débattus durant ces deux jours, il y a la question de la compétitivité. Une Afrique plus compétitive, c’est quoi ?

Nous sommes ici pour articuler ces questions de compétitivité qui varient d’un pays à l’autre. J’ai rencontré récemment en Éthiopie une entreprise chinoise qui fabrique des chaussures. Il m’a dit que l’Ethiopie était compétitive sur le prix de l’electricité, à 5 cents par kilowattheure, donc moins cher qu’en Chiné. Il a cité aussi l’existence de la matière première et sur la question de la formation, il a dit qu’ils l’assuraient eux-mêmes. Son principal souci, c’est la logistique. Car quand un produit est fabriqué dans 40 pays, et que le 39e n’est pas compétitif en termes de logistique…

J’ai rencontré en Éthiopie une entreprise chinoise qui fabrique des chaussures. Son principal souci, c’est la logistique.

La question de la compétitivité, c’est donc celle des infrastructures ?

Non, je parle de la logistique. Cela inclut les infrastructures physiques, en effet, mais aussi la bureaucratie, le fonctionnement des différentes institutions qui évoluent autour de cela. Au port, il faut que les papiers à la douane soient disponibles rapidement. La logistique doit être fluide.

Ce forum est celui des chefs d’entreprises africains. L’Afrique ne manque-t-elle pas d’entrepreneurs ?

J’ai lu ce livre lorsque j’étais jeune sur l’ethique protestante et le capitalisme. Je n’y crois pas. Lorsque les conditions sont en place, la classe entrepreneuriale se développe. Dans les années 70, un livre décrivait les Sud-Coréens comme paresseux, corrompus. Nous devons sortir des stéréotypes et se poser la bonne question : que doit-on faire pour permettre aux entreprises de se développer.

Et quelle est la réponse ?

Cela dépend des pays et des secteurs.