Diplomatie

Belgique-Afrique – Sophie Wilmès : « Notre intérêt est que le continent se développe en paix »

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Mis à jour le 26 mai 2021 à 09h36
Sophie Wilmès est la ministre fédérale des Affaires étrangères et du Commerce extérieur belge.

Sophie Wilmès est la ministre fédérale des Affaires étrangères et du Commerce extérieur belge. © MAE Belgique

Diplomatie, défense, développement… La ministre fédérale des Affaires étrangères et européennes, du Commerce extérieur et des institutions culturelles fédérales de Belgique a répondu aux questions de Jeune Afrique, sept mois après sa nomination.

Première ministre d’un éphémère gouvernement d’affaires courantes, entre octobre 2019 et 2020, Sophie Wilmès est aujourd’hui à la tête de la diplomatie fédérale belge. À 46 ans, la numéro deux de l’actuel gouvernement de plein exercice découvre ses fonctions et revient pour Jeune Afrique sur les priorités et l’agenda de la Belgique sur le continent africain.

Jeune Afrique : Vous avez été nommée ministre il y a quelques mois, avec quelle feuille de route concernant l’Afrique ?

Sophie Wilmès : Notre intérêt est que notre voisin se développe en paix. Notre accord de gouvernement identifie en particulier deux zones prioritaires d’engagement sur le continent : la région des Grands Lacs et le Sahel. Nos liens sont historiques avec la première, plus récents avec la seconde car liés à son instabilité grandissante qui inquiète l’Europe. La Belgique continue donc de participer aux efforts internationaux entrepris dans la région comme elle le fait depuis l’opération Serval de 2013.

Nous comptons par ailleurs approfondir nos relations avec les États d’Afrique du Nord. Nous restons enfin très attachés au renforcement des relations de continent à continent et souhaitons la mise en place d’un partenariat stratégique et global entre l’Union européenne (UE) et l’Union africaine (UA).

La diplomatie belge s’inscrit-elle toujours dans l’approche 3 D (diplomatie, défense, développement), suivie par votre ministère depuis plusieurs années ?

Cette approche a été renforcée en 2017, quand la Belgique a décidé de suivre une approche globale en matière d’action étrangère, face à des situations souvent très complexes qui requièrent un renforcement de la coordination et de la synchronisation de nos instruments. Cette stratégie dépasse donc les simples Affaires étrangères, même si nous restons le centre de gravité de leur mise en œuvre au quotidien. C’est l’approche que nous appliquons au Sahel, peut-être plus encore que partout ailleurs, pour faire face aux multiples causes d’instabilité de la région.

Comment évolue la présence belge sur le continent ?

La Belgique est sensiblement plus présente en Afrique de l’Ouest ces dernières années, avec l’ouverture de nouvelles ambassades, comme en Guinée. L’armée belge a considérablement étendu son action au Sahel, qui est désormais son premier théâtre d’opération à l’étranger.

Au niveau économique aussi, bien que l’Afrique du Sud reste notre premier partenaire commercial sur le continent, les échanges avec les pays de la Cedeao montent en puissance, notamment avec la Côte d’Ivoire, où une importante mission princière s’était rendue en 2017, et le Sénégal, où une autre mission est prévue, si possible en 2022.

J’ai personnellement eu le plaisir de rouvrir le consulat-général de Belgique à Lubumbashi en 2020

En matière de coopération au développement, tous les pays partenaires de la Belgique, à l’exception de la Palestine, se trouvent sur le continent. Et nous sommes bien sûr très présents en RDC, où j’ai personnellement eu le plaisir de rouvrir, en tant que Première ministre, le consulat-général de Belgique à Lubumbashi en 2020. Cela faisait dix ans qu’un chef de gouvernement belge ne s’était pas rendu dans le pays.

Comment qualifiez-vous l’état de vos relations avec Kinshasa ?

La Belgique salue et soutient la volonté du président Tshisekedi de mener des réformes en faveur de sa population. Nous partageons son analyse de la situation sécuritaire dans l’Est de la RDC, de l’état de l’économie et des finances publiques du pays, ainsi que de la lutte à mener contre la corruption et l’impunité. Nous sommes en contact très étroit pour voir comment soutenir au mieux les autorités congolaises.

Le chef de l’État congolais a montré depuis son arrivée au pouvoir une volonté de dialogue et de réengagement avec la communauté internationale. Sa visite de travail en 2019 a débouché sur une série d’accords qui ont permis de relancer la coopération dans les domaines de la finance et de la défense. Nous espérons la ratification prochaine de la convention bilatérale sur la protection des investissements qui serait un très bon signe pour les investisseurs belges en RDC.

Quelle est la position du royaume devant les conclusions du rapport Duclert sur la position de la France au Rwanda ?

Ce rapport représente un travail historique considérable mais qui reste spécifique à la France. Je rappelle que la Belgique a effectué son devoir d’introspection sur cette période tragique. Après dix-huit mois de travaux en commission parlementaire, le Sénat a rendu un rapport d’enquête détaillé dès 1997, qui a mis en évidence certains dysfonctionnements. Et en 2000, mon prédécesseur, Guy Verhofstadt, a exprimé à Kigali les excuses de la Belgique envers le Rwanda.

Comme la France, la Belgique travaille sur la question de la restitution d’œuvres arts à l’Afrique. Comment évolue ce dossier ?

Les discussions entre experts sont en cours, il s’agit de trouver la bonne formule et nous sommes ouverts au dialogue avec nos partenaires africains. Diverses pistes sont étudiées, notamment dans le cadre de la célébration du 61e anniversaire de l’indépendance de la RDC. Et j’espère que certaines auront pu aboutir d’ici au 30 juin.

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