Économie

Investissements : quand la Belgique la joue « régional » en Afrique

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Mis à jour le 21 mai 2021 à 13:14

Durant la visite de Macky Sall en Belgique, signature d’accords avec la Fédération de Wallonie. l’IRESSEF et l’institut Pasteur pour la production de vaccins anti-Covid au Sénégal, le 13 avril 2021. © Lionel Mandeix / Présidence du Sénégal

Depuis la loi de régionalisation de 1993, les provinces belges ont repris le flambeau du commerce extérieur, avec la création de trois organismes – francophone, néerlandophone et bruxellois – (Awex, FIT, hub.brussels), résolument tournés vers le continent.

Pour assurer la promotion de ses entreprises à l’international et attirer les investissements étrangers, la Belgique joue depuis le début des années 1990 la carte linguistique et régionale. Trois organismes ont vu le jour : l’Agence wallonne à l’exportation et aux investissements étrangers (Awex) pour les régions francophones, le Flanders Investment & Trade (FIT) pour les  néerlandophones et hub.brussels pour la capitale fédérale.

Ce qui n’empêche pas les trois organismes de travailler ensemble. « L’essentiel est d’être présent en Afrique en tant qu’État belge, pour pouvoir présenter une offre complète et représentative des savoir-faire propre à chacune des trois régions », explique Carole Moné, manager export pour l’Afrique subsaharienne.

FIT, les Flamands osent

FIT a vu le jour en 2005, après la décision du gouvernement flamand de fusionner Export Flanders et le Service of Investment in Flanders, les deux entités qui géraient les différents aspects du commerce extérieur de la région depuis le début des années 1990.

Pour promouvoir la destination flamande ou aider ses entreprises à exporter leur savoir-faire, FIT dispose de cinq représentations sur le territoire belge (une à Bruxelles et quatre en Flandre), ainsi que d’un réseau de 75 bureaux à travers le monde, dont trois en Afrique (au Maroc, en Égypte et en Afrique du Sud), le continent accueillant également deux antennes établies au Nigeria et au Ghana.

Ses actions visent à soutenir les PME flamandes qui souhaitent s’implanter sur le continent

La province néerlandophone s’adresse donc en priorité aux pays de l’Afrique anglophone. Son agence gouvernementale mutualise avec l’Awex et hub.brussels la couverture du continent dans son ensemble. En Afrique, ses actions visent essentiellement à soutenir les PME flamandes qui souhaitent s’implanter sur le continent en fournissant conseils et renseignements ainsi que certaines aides financières dans le cadre de missions exploratoires.

FIT, comme ses deux autres « collègues » régionaux, sait bien qu’en Afrique rien ne remplace le contact direct. Faute de pouvoir participer, en cette période de mobilité restreinte, aux visites organisées à l’échelon fédéral, l’organisme flamand garde néanmoins le contact avec le continent. Un évènement est organisé en mai, à distance, avec le Sénégal, comme une alternative à la mission princière prévue pour 2020 dans ce pays. En juin, c’est en compagnie de hub.brussels que FIT s’intéressera au marché tunisien.

AWEX, l’atout wallon

Depuis le début des années 1990, le tissu économique wallon, composé à 99,5 % de PME, bénéficie du soutien de l’Awex dans leurs recherches de nouveaux marchés. L’organisme public dispose de trois structures de représentation, les centres régionaux disséminés dans les provinces wallonnes, les réseaux de conseillers commerciaux déployés dans les ambassades belges et au siège de l’organisation à Bruxelles, « véritable quartier général stratégique et opérationnel », selon Dominique Delattre, inspecteur général de l’Awex chargé notamment de l’Afrique.

La province s’appuie sur ses diasporas marocaine et congolaise  pour tisser ses liens avec l’Afrique

Le continent tient d’ailleurs une bonne place dans le dispositif international de l’agence wallonne qui dispose de 9 bureaux, un dans chaque pays du Maghreb, ainsi qu’au Sénégal, en Côte d’Ivoire, en RDC, au Rwanda, au Kenya et en Afrique du Sud. Plus de 6 500 sociétés wallonnes s’appuient aujourd’hui sur l’Awex qui, de son côté, note un intérêt certain pour les marchés africains, « même si cela ne se confirme pas encore dans les chiffres d’affaires », constate Dominique Delattre.

La province peut également s’appuyer sur ses diasporas marocaine et congolaise, vecteurs d’échanges historiques autant que culturels, pour tisser ses liens avec l’Afrique et renforcer ainsi la confiance des entrepreneurs. « Ils ont besoin de savoir où ils mettent les pieds », reprend le responsable de l’Awex, qui multiplie les missions sur le continent, seul, avec ses consœurs de FIT et de brussels.hub, ou sous drapeau fédéral. L’Awex possède également avec la Sofinex l’outil financier susceptible de les aider dans leurs projets.

Hub.brussels, en lettres capitales

Le réseau bruxellois d’accompagnement des entreprises a connu une petite révolution en 2018 lorsque les trois organismes alors existants ont fusionné leurs missions respectives en un seul. Hub.brussels s’écrit en lettres minuscules mais remplit une fonction ô combien capitale auprès du secteur privé régional, essentiellement constitué de PME, notamment en direction de l’international.

L’office bruxellois reçoit des entreprises africaines et multiplie les missions économiques sur le continent

L’organisme public dispose d’un réseau de conseillers économiques et commerciaux à travers le monde, dont plusieurs sur le continent africain. Son bureau de Nairobi suit le Kenya, ainsi que l’Ouganda, la Tanzanie ou la Zambie, celui de Kinshasa s’occupe aussi de Brazzaville et, le dernier en date, installé à Dakar, couvre aussi la Guinée, la Gambie et le Cap Vert. Hub.brussels partage avec l’Awex une représentation à Abidjan, qui couvre le Ghana, le Togo et le Bénin, et s’intéresse également à l’Afrique du Nord, où l’agence bruxelloise possède un bureau à Tunis, en attendant l’ouverture prochaine de celui de Rabat.

Hub.brussels en profite pour multiplier les échanges avec le continent, entre les missions économiques en Afrique et la réception d’entreprises africaines en Belgique. « C’est le meilleur moyen pour instaurer la confiance des deux côtés », estime Carole Moné, qui veut également travailler avec les diasporas congolaises, camerounaises et sénégalaises pour renforcer la dynamique des entrepreneurs bruxellois vers l’Afrique qui, malgré la pandémie, ne faiblit pas.