Politique

Maroc : Rabat critique le « double standard » des médias français

Réservé aux abonnés | | Par Jeune Afrique
Mis à jour le 20 avril 2021 à 15h38
Le journaliste-activiste Omar Radi s’adressant aux médias à sa sortie d’audition.

Le journaliste-activiste Omar Radi s'adressant aux médias à sa sortie d'audition. © Abdeljalil Bounhar/AP/SIPA

Les autorités goûtent peu la couverture médiatique française qui est faite de plusieurs affaires judiciaires en cours. Et pointent un « deux poids deux mesures ».

La parution, ces dernières semaines, d’une série d’articles, d’interviews et de reportages sur l’état des droits de l’homme au Maroc dans plusieurs médias écrits et audiovisuels français n’a guère été appréciée à Rabat, où les autorités ont fait part de leur agacement auprès de l’ambassadeur de France, Hélène Le Gal.

En cause, le cas de quatre personnalités dissidentes poursuivies ou détenues pour des motifs relevant officiellement du droit commun : l’historien Maati Monjib, les journalistes Omar Radi, Souleymane Raïssouni et Taoufik Bouachrine.

Libéré fin mars, Maati Mounjib est sous le coup d’une accusation pour « atteinte à la sécurité de l’État » et « blanchiment de capitaux » dans le cadre de la gestion du centre Ibn Rochd qu’il a fondé. Toujours incarcérés, Radi, Raïssouni et Bouachrine le sont eux pour des affaires de mœurs (viols et agressions sexuelles).

Appel au boycott

Alors que les intéressés, relayés par les ONG de défense des droits de l’homme, nient les faits et dénoncent des persécutions politiques ainsi que l’acharnement à leur encontre d’un média trash à la réputation sulfureuse, Chouf TV, fondé par le journaliste Driss Chahtane (lui-même ancien détenu à la suite d’un article sur la santé du roi), la partie marocaine « s’étonne » du fait que « ceux qui les défendent à l’étranger ne prennent pas la peine d’enquêter sur ce qui leur est reproché, encore moins d’interroger leurs victimes présumées ». Ces dernières, tel le militant LGBT Mohamed Adam, les journalistes Hafsa Boutahar, Widad Melhaf ou Asmae Hallaoui, sont pourtant accessibles.

« Quand une personnalité médiatique française est accusée de harcèlement ou de blanchiment, elle est immédiatement clouée au pilori. Quand elle est Marocaine, elle est automatiquement innocente et victime d’un complot policier », soupire un sécurocrate.

Il serait bon que l’opinion française sache que, sans notre aide, plusieurs projets d’attentats terroristes n’auraient pas pu être déjoués

Considéré comme proche du pouvoir et fondé par l’ancien patron de l’agence officielle MAP, Mohamed Khabbachi, le site Barlamane.com, très consulté au Maroc, n’hésite pas à appeler au boycott de ceux qui, parmi les médias français, « chassent comme une meute dès qu’il s’agit du Royaume du Maroc ».

L’affaire de Béziers

Par ailleurs, les autorités marocaines ont peu goûté ce qu’un responsable des services de sécurité qualifie de « boycott médiatique » du rôle décisif joué par la Direction générale de la surveillance du territoire du Maroc (DGST) dans le démantèlement de la cellule jihadiste féminine de Béziers, le 5 avril.

Certes, le ministre français de l’Intérieur Gérald Darmanin y a fait une discrète allusion, une semaine plus tard sur sa page Facebook (et sans mentionner ce cas précis), en relatant un entretien téléphonique avec son homologue marocain Abdelouafi Laftit. Tout comme le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, à l’issue d’une visioconférence avec Nasser Bourita le 8 avril.

« Saluer la qualité de la coopération sécuritaire entre nos deux pays, c’est une formule rituelle qui passe en quelque sorte sous les radars de l’actualité. Il serait pourtant bon que l’opinion française sache que, sans notre aide, plusieurs projets d’attentats terroristes de ces dernières années sur le sol français n’auraient pas pu être déjoués », soupire notre interlocuteur.

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