Politique

RDC – Olive Lembe Kabila : famille, ambitions, réseaux… Ce qu’il faut savoir sur l’épouse de l’ancien chef de l’État

Réservé aux abonnés
Mis à jour le 26 avril 2021 à 18:37

Olive Lembe Di Sita Kabila, épouse de Joseph Kabila, le 27 septembre 2007. © FRANCOIS WALSCHAERTS/BELGA/MAXPPP

Longtemps, l’épouse de Joseph Kabila s’est appliquée à rester dans l’ombre. Aujourd’hui très présente sur les réseaux sociaux, elle jure ne pas vouloir se lancer en politique ni faire d’ombre à la nouvelle première dame, Denise Nyakeru Tshisekedi. Voici ce qu’il faut savoir sur cette femme autodidacte et ambitieuse.

Famille recomposée

Olive Lembe Di Sita Kabila naît le 29 juillet 1975 à Kailo, petite bourgade du Maniema (Est). Elle est la fille de Barnabé Sita Kinsumbu et de Léonie Kasembe Okomba. Ce n’est toutefois pas son père biologique qui l’élève (celui-ci est reparti à Kinshasa), mais un Belge, Adam Camille, employé à la Société minière du Kivu (Sominki). Cette famille recomposée est, pour la jeune Olive, synonyme d’une fratrie nombreuse : deux frères (Coco et Niwel) et deux sœurs (Nono et Dina) du côté de son père, deux frères (Thierry et Jean-Paul) et une sœur (Stéphanie) du côté de sa mère.

Mausolée

Olive Lembe n’a donc pas véritablement connu son père, décédé à Kinshasa quelques années seulement après son départ du Maniema. Mais elle renoue dans les années 2000 avec sa famille paternelle, avec laquelle elle entretient de bons rapports. Respectueuse des coutumes du Mayombe, elle a fait transférer les restes de son père, qui avait été inhumé au cimetière de Kinsuka (Kinshasa), à Boma, dans le Kongo central. Elle lui a fait ériger un véritable mausolée.

Le couple a une vie « plutôt calme » : « Il peut même vous arriver de rencontrer Joseph à la cuisine, en train de préparer un repas »

Autodidacte

Elle est encore une enfant lorsque son beau-père est muté dans le Nord-Kivu. Olive Lembe, ses frères et sa sœur, y sont inscrits à l’école. À Goma, quelques années plus tard, elle décroche un diplôme d’État, option Pédagogie générale, mais les ressources de la famille sont trop modestes pour qu’elle puisse s’inscrire à l’université. Au tournant des années 1990, elle se lance donc dans le commerce de produits agricoles – maïs et haricots principalement.

La rencontre avec Joseph

Son business est florissant et elle parvient à exporter jusqu’à Kinshasa. Elle sait qu’approvisionner l’armée lui garantirait de très confortables revenus et entre donc en contact avec différents officiers. C’est ainsi qu’elle rencontre, un jour de 1997, Joseph Kabila, dont le père vient de renverser le maréchal Mobutu et d’arriver au pouvoir. À l’époque, Joseph est le commandant des forces terrestres. De leur union naîtront deux enfants : Sifa (en 2001) et Laurent-Désiré (en 2008).

Mariage

Elle est aussi catholique qu’il est protestant. Leur mariage, célébré en 2006 à Kinshasa, alors que Joseph Kabila dirige le pays depuis cinq ans, est l’occasion d’une grande cérémonie œcuménique, célébrée dans l’enceinte de la résidence présidentielle, dans le quartier de La Gombe. Ce jour-là officient de concert un prêtre, le cardinal Frédéric Etsou Nzabi Bamungwabi, et un pasteur, Marini Bodo. Les mariés recevront en outre la bénédiction du cardinal Laurent Monsengwo.

Aujourd’hui encore, leurs proches l’affirment, le couple a une vie « plutôt calme » : « Il peut même vous arriver de rencontrer Joseph à la cuisine, en train de préparer un repas ». Olive Lembe entretient de bonnes relations avec la famille de son mari, dont Jaynet, sa sœur jumelle, et Zoé, son frère devenu gouverneur de la province du Tanganyika.

Ni PPRD ni FCC

Pour son mari, elle joue les conseillères de l’ombre, mais elle n’est membre ni du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD) ni du Front Commun pour le Congo, la plateforme politique que dirige Joseph Kabila. En 2018, elle avait toutefois apporté publiquement son soutien à la candidature d’Emmanuel Ramazani Shadary, le dauphin de son mari qui est, comme elle, originaire du Maniéma.

Modérée

Elle a coutume de jouer la carte de la modération. Même quand le président et ses alliés font tout pour marginaliser politiquement son époux, elle insiste sur le fait que ce dernier n’est plus aux commandes, et assure que Félix Tshisekedi est désormais le seul maître à bord.

Est-ce pour prouver qu’elle parle avec tout le monde ? Le 8 juillet dernier, elle a soin de rendre visite à la famille de Vital Kamerhe, l’ancien directeur de cabinet du chef de l’État qui a été condamné quelques semaines plus tôt à vingt ans de prison pour corruption. En septembre suivant, c’est avec Jean-Pierre Bemba, le patron du Mouvement de libération du Congo (MLC) et son épouse qu’elle prend le temps d’échanger quelques mots alors qu’ils sont venus rendre hommage à une jeune sœur d’Antoinette Sassou, à la cathédrale Notre-Dame du Congo.

Ambitieuse ?

À ceux qui lui prêtent l’intention de se lancer en politique, elle rétorque : « Je fais de la politique sociale et non de la politique politicienne. » Elle ne laisse pas non plus les mauvaises langues l’opposer à Denise Nyakeru Tshisekedi, la nouvelle première dame qui est, elle aussi, très active sur les réseaux sociaux et à laquelle elle est souvent comparée. « Loin de moi l’idée d’usurper un statut qui n’est plus mien », lance-t-elle publiquement en septembre dernier, soucieuse de ne pas laisser dire qu’elle fait intentionnellement de l’ombre à l’épouse du chef de l’État. « Arrêtez de m’appeler première dame, ajoutera-t-elle ensuite à ses collaborateurs. Appelez-moi ‘première dame rurale’.  »

Initiative Plus

C’est le nom de son ONG, lancée juste après son mariage. Olive Lembe la consacre à des programmes caritatifs, actifs dans les domaines de l’éducation, de la santé et de l’agriculture : elle s’est investie notamment dans la construction d’écoles et d’hôpitaux, dans la distribution de kits scolaires et dans l’aide aux femmes agricultrices. Ces activités lui valent le surnom de « maman wa roho » (femme de cœur, en swahili).

Notre dame de la paix

Pour témoigner de sa foi, elle a lancé en 2014 les travaux pour la construction de la nouvelle cathédrale du diocèse de Goma, en remplacement de l’ancienne bâtisse, partiellement détruite par une coulée de lave lors de l’éruption du volcan Nyiragongo, en 2002. Le nouvel édifice devrait pouvoir offrir plus de 3 000 places assises et Olive Lembe Kabila rêve d’en faire l’une des plus grandes cathédrales d’Afrique.