Energies renouvelables

Maroc : du solaire et des ombres… Le vrai bilan de Masen

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Mis à jour le 06 mai 2021 à 12h40
Mustapha Bakkoury, en octobre 2014 à Ouarzazate.

Mustapha Bakkoury, en octobre 2014 à Ouarzazate. © FADEL SENNA/AFP

Au delà de la disgrâce de son patron, Mustapha Bakkoury, l’Agence marocaine pour l’énergie durable doit défendre son bilan pour continuer à s’ériger en modèle de développement des énergies renouvelables.

Frustrant. C’est l’adjectif qui, pour beaucoup, qualifie le bilan de l’Agence marocaine pour l’énergie durable (Masen). Créée en 2010 après le lancement en grande pompe l’année précédente du plan solaire marocain, l’agence installée à Rabat et dirigée depuis ses débuts par Mustapha Bakkoury est devenue en une décennie le fer de lance de la politique énergétique « verte » du royaume.

Malgré son aura sur le continent, elle se trouve fragilisée par les difficultés de son patron, qui fait l’objet d’une enquête pour mauvaise gestion. Un coup dur alors que le Maroc, sous l’impulsion du roi Mohammed VI, s’est fixé l’ambitieux objectif de 50% de sa production d’électricité d’origine renouvelable à l’horizon 2030.

Si l’efficacité de Masen est questionnée, l’ex-Agence marocaine pour l’énergie solaire, qui a vu ses compétences s’élargir en 2016 et pris son nom actuel en 2019, peut revendiquer une réussite : avoir su s’imposer dans le paysage énergétique africain. À l’échelle continentale et même internationale, l’agence a parfaitement joué son rôle de promotrice de la politique marocaine, posant le royaume comme un pionnier du renouvelable et donnant de la visibilité à ses projets.

Une grande réalisation, Noor Ouarzazate

Sur le plan intérieur, Masen, agence gouvernementale aux nom et slogan anglais (Moroccan Agency for Sustainable Energy, endless power for progress), a modernisé un secteur dominé par des acteurs publics anciens, dont l’Office national de l’électricité et de l’eau (Onee).

Alliant dynamisme et compétence, Masen a démontré sa capacité à faire aboutir des projets d’envergure impliquant un grand nombre d’acteurs – Onee, développeurs privés, bailleurs et banques – dont le plus emblématique est le méga-complexe solaire de Ouarzazate.

Les progrès sont trop lents au regard des objectifs fixés

Chiffré à plusieurs milliards de dollars et lancé en 2012, il a été mis en exploitation par tranche entre 2015 et 2018, produisant 580 MW via la technologie CSP qui permet de stocker l’énergie. Masen a ainsi contribué à développer le solaire mais aussi l’éolien, rééquilibrant le mix énergétique du pays : la part du renouvelable a bondi de 8 % en 2008 à 34 % en 2019.

Évolution de la puissance installée (en mégawatt MW)

Évolution de la puissance installée (en mégawatt MW) © Jeune Afrique

Sous-performance et défaillances

Reste que ces progrès sont trop lents au regard des objectifs fixés. À la fin de 2019, le Maroc disposait de 3 701 MW de puissance installée renouvelable : 1 770 MW d’hydraulique (un chiffre constant depuis 2010), 1 220 MW d’éolien (soit 5,5 fois plus qu’en 2010) et 711 MW de solaire (0 en 2014). Des résultats très loin des 6 000 MW ciblés à l’horizon 2020, à savoir 2 000 MW pour chacune des trois composantes (hydraulique, éolienne, solaire). Cette sous-performance s’explique en grande partie par des défaillances de Masen : lenteur des appels d’offres, retards récurrents des chantiers, difficile mise en œuvre de la loi 13-09 qui ouvre le secteur aux acteurs privés…

Masen accuse 75 millions d’euros par an de déficit rien que sur le complexe de Ouarzazate

À cela s’ajoutent deux problèmes structurels, pointés par le Conseil économique, social et environnemental (CESE) en juillet 2020 et qui mettent en péril l’essor « vert ». D’une part, l’effondrement du coût du photovoltaïque (embryonnaire au Maroc) rend caduc le choix de Masen de parier sur la technologie CSP, bien plus chère. D’autre part, l’agence, qui vend son énergie à l’Onee à un tarif inférieur à son coût de production, n’a pas trouvé son business model, affichant 75 millions d’euros par an de déficit rien que sur le complexe de Ouarzazate.

Si le constat est sévère et la déception grande, Masen est-elle l’unique responsable ? Plusieurs voix rappellent que la bonne marche du secteur incombe à un trio, formé par l’agence, l’Onee et le ministère de l’Énergie. D’autres temporisent face à des objectifs jugés hors de portée même sans les difficultés actuelles. Les derniers s’interrogent sur la pertinence du modèle d’agence centralisée qui, s’il a fait ses preuves dans le cas de Tanger Med, semble moins adapté au secteur de l’énergie.

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