Banque

Cameroun : Ecobank enfin débarrassée de l’encombrante UBC ?

Réservé aux abonnés | | Par
Mis à jour le 20 avril 2021 à 10h27
Agence Ecobank à Yaoundé, Cameroun.

Agence Ecobank à Yaoundé, Cameroun. © [17:48] Pigiste ICONOGRAPHIE © Adrienne Surprenant/Bloomberg/Getty

En refusant de recapitaliser sa filiale dont il tente de se défaire depuis une décennie, le groupe panafricain a contraint le Cameroun à s’engager dans son sauvetage. Ecobank devra toutefois s’acquitter d’un ticket de sortie…

Union Bank of Cameroon (UBC) et National Financial Credit Bank (NFC Bank) ont frôlé la catastrophe. Mis sous pression à l’approche de l’échéance du 28 février, au-delà de laquelle la Commission bancaire de l’Afrique centrale (Cobac) menaçait de mettre les deux banques en liquidation, l’État camerounais a fini par réagir.

Le 18 février, le président Paul Biya acceptait de prendre en charge leur restructuration, à hauteur de 17,681 milliards de F CFA (26,9 millions d’euros) pour la première, et de 29,126 milliards de F Cfa (44,4 millions d’euros) pour la seconde.

Yaoundé va ainsi reproduire un schéma déjà éprouvé lors de la restructuration de la Commercial Bank of Cameroon (CBC), après avoir écarté Yves Michel Fotso.

« Canard boiteux »

À la faveur d’un coup d’accordéon (recapitalisation suivie d’une baisse du capital social) mettant les actionnaires hors-jeu, l’État prend leur contrôle, nettoie leur bilan entre autres en cédant, moyennant une décote conséquente, une part des créances compromises, mais recouvrables, à la Société de recouvrement des créances (SRC). Le temps de rendre la mariée présentable, il devrait sortir du tour de table au bout de cinq ans, en cédant tout ou partie du capital.

Ce scénario permet à Ecobank, qui détient 54 % des parts d’UBC héritées au moment de l’acquisition du nigérian Oceanic, en 2012, de se débarrasser enfin de ce « canard boiteux ». Ne pouvant disposer de deux filiales dans un même pays et ne voulant pas recapitaliser l’établissement, le groupe panafricain a en quelque sorte poussé l’État à le reprendre.

En fait, Ecobank a tenté, dès 2013, de le céder au franc symbolique à la Cameroon Cooperative Credit Union League (Camccul), le principal réseau de microfinance du pays et fondateur de la banque. Mais le projet s’est heurté à la Cobac. « Dans l’esprit du régulateur bancaire, en rachetant Oceanic, Ecobank avait réalisé une plus-value à cause de la situation négative d’UBC. Il devait par conséquent payer un ticket de sortie », précise une source au fait du dossier.

Un redressement en quatre ans

Coincé par cette condition, l’actionnaire de référence avait décidé de gérer la banque en désignant les cadres à sa tête et en réduisant la voilure. Les crédits avaient été ramenés à leur portion congrue tandis que les investissements avaient été gelés, creusant les pertes.

L’arrivée du Béninois Oladedji Brejnev Charmel Ognin, en 2016, a changé la donne. « La banque a commencé, comme les autres, à s’intéresser aux titres publics et à faire des prêts aux fonctionnaires. Cette politique lui a permis de rééquilibrer son exploitation et d’afficher des résultats bénéficiaires ces quatre dernières années », pointe un petit porteur.

Le total bilan de la quinzième banque locale a progressé de 7,8 % entre 2015 et 2019, pour s’établir à 90,4 milliards de F CFA. Sur la période, ses dépôts ont augmenté de 8,5 %, tandis que ses crédits plongeaient de 63 %. D’une perte de 2,7 milliards en 2015, UBC est passé à un bénéfice de 2,8 milliards de F CFA quatre années plus tard.

Les porteurs locaux incités à rester

Ecobank n’abandonne pas pour autant ses velléités de départ. Mais le régulateur veille en posant deux conditions : un ticket de sortie de 5 milliards de F CFA et une garantie du même montant sur certaines créances. Les négociations avec Oragroup, il y a trois ans, tournent court, ce dernier ne voulant couvrir les pertes décelées lors d’une due diligence.

En sortant d’UBC, le groupe panafricain, que Jeune Afrique a contacté en vain, est tout de même contraint de satisfaire les deux conditions énumérées plus haut.

Yaoundé pour sa part milite pour que les actionnaires locaux, dont Camccul, conservent leurs parts dans le capital après la restructuration, en dépit de l’arrivée d’un prochain investisseur. Ces porteurs locaux, comme ceux de NFC Bank, ont d’ores et déjà transmis leurs dossiers au régulateur pour examen de leur situation.

Jeune Afrique Digital

L'abonnement 100% numérique

consultable sur smartphone, PC et tablette

JA3102p001_600 devices

Profitez de tous nos contenus
exclusifs en illimité !

Inclus, le dernier numéro spécial de Jeune Afrique

Abonnez-vous à partir de 1€
Fermer