Politique

Côte d’Ivoire : en l’absence de Soumahoro, Bictogo devient le vrai patron de l’Assemblée

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Par - à Abidjan
Mis à jour le 18 avril 2021 à 09:17

Adama Bictogo dans son bureau, à Abidjan, le 12 septembre. © Issam Zejly pour JA

Quinze jours après sa réélection et deux jours seulement après l’installation d’un nouveau bureau, le président de l’Assemblée nationale, Amadou Soumahoro, est absent de son poste. Adama Bictogo, le patron du parti présidentiel, a pris les rênes.

À peine réélu, déjà manquant. Amadou Soumahoro, président de l’Assemblée nationale ivoirienne, reconduit à son poste le 30 mars, est actuellement « en voyage », quelques jours seulement après l’installation d’un nouveau bureau. Une nouvelle absence pour le député de Séguéla sous-préfecture, proche d’Alassane Ouattara, dont l’état de santé a déjà nécessité des déplacements à l’extérieur du pays ces derniers mois et qui était apparu très fatigué lors de sa réélection.

En attendant son retour, c’est sans surprise Adama Bictogo, le directeur exécutif du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP, au pouvoir), très actif pendant la campagne présidentielle, qui a pris les rênes de l’institution. « En cas d’empêchement ou d’absence du président, j’en assure l’intérim et le fonctionnement. C’est le cas en ce moment », explique à Jeune Afrique le député d’Agboville et nouveau vice-président de l’institution.

Plus d’influence et de pouvoirs

Un temps favori pour reprendre le perchoir avec le soutien de nombreux députés, il s’était finalement rangé derrière la décision d’Alassane Ouattara de reconduire Amadou Soumahoro, originaire, comme l’ancien Premier ministre Hamed Bakayoko, de la région du Worodougou, à son poste. Une décision prise non sans l’assurance de compensations.

Selon les informations de Jeune Afrique, Adama Bictogo a accepté d’occuper un poste de vice-président mais avec des prérogatives plus « musclées », beaucoup d’influence et d’importantes délégations de pouvoir accordées par le chef de l’Assemblée.

Depuis 2016 et la suppression du poste de premier vice-président, il n’existe cependant théoriquement plus aucun ordre hiérarchique entre les vice-présidents, et Amadou Soumahoro peut ainsi choisir de déléguer ses pouvoirs à n’importe lequel d’entre eux.

De telles mesures ne sont par ailleurs pas prévues dans le règlement intérieur de l’Assemblée. L’institution prévoit simplement qu’« en cas de vacance de la présidence de l’Assemblée nationale par décès, par démission ou par empêchement absolu, l’intérim du président de l’Assemblée nationale est assuré par le plus âgé des vice-présidents ou à défaut le suivant ». Un « voyage » est-il considéré comme un « empêchement absolu » ? Rien ne le dit.

Composition du bureau

Parmi les vice-présidents, onze au total – dont huit issus du RHDP – on retrouve Mamadou Diawara (RHDP), le doyen d’âge du Parlement, ainsi que l’ancien ministre du Tourisme et de l’Artisanat, Sidiki Konaté, ou la député RHDP de Treichville, Aminata Toungara. L’opposition compte Maurice Kakou Guikahué, le secrétaire exécutif du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) et Georges Armand Ouégnin, le président d’Ensemble pour la démocratie et la souveraineté (EDS).

Ce nouveau bureau, approuvé par 179 députés (12 contre et 55 abstentions) lors d’une séance plénière mercredi, compte également trois questeurs et douze secrétaires.

Albert Mabri Toikeusse de l’Union pour la démocratie et la paix en Côte d’Ivoire (UDPCI), formation politique absente de ces nouvelles instances, a dénoncé « un bureau qui ressemble fort malheureusement au produit d’un règlement de compte, où la haine a toute sa place ». Le Front populaire ivoirien (FPI) de Pascal Affi N’Guessan a aussi été écarté.

Cette session a également été marquée par la présentation des quatre groupes parlementaires. Le RHDP, qui compte 153 membres, sera présidé par Mamadou Diawara, le Parti démocratique de Côte d’Ivoire-Rassemblement démocratique africain (PDCI-RDA), 65 membres, par Simon Doho, EDS, 17 membres, par Hubert Oulaye et l’UDPCI, 9 membres, par Pascal Sery.