Politique

[Chronique] Jacob Zuma condamné à se juger lui-même

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Mis à jour le 16 avril 2021 à 13h15
Damien Glez

© Damien Glez

Le bras de fer judiciaire de l’ancien président sud-africain prend des allures incongrues : la Cour constitutionnelle lui a demandé de déterminer lui-même l’une de ses peines. Un piège ou l’occasion pour Zuma de s’en tirer à bon compte ?

Les institutions sud-africaines convoqueraient-elles la satire pour sauvegarder leur honneur ? Le second degré pour laver un affront ? Le surréalisme à la rescousse de leur dignité ? Dans une directive datée de vendredi dernier, publiée sur son site, la Cour constitutionnelle demandait à Jacob Zuma de déterminer « ce qui constitue la sanction appropriée » contre… lui-même, au cas où il serait jugé coupable.

Si le parcours récent de l’ancien président sud-africain a emprunté un labyrinthe de procédures judiciaires pour faits présumés de corruption, cette requête inattendue concerne un « outrage à la justice » pour lequel la commission d’enquête sur la corruption – qui scanne les neufs ans des mandats présidentiels de Zuma – exigeait une peine de deux ans de prison.

Convocations snobées

Une sanction judiciaire autodéterminée pour n’avoir pas collaboré à l’élaboration d’autres sanctions judiciaire ? Dans cette sorte de mise en abîme, le buzz suscité par la directive de la Cour constitutionnelle relèverait moins d’une position de Ponce Pilate qui s’en lave les mains que d’une démonstration plutôt spirituelle. Dans le cas précis dont il est question, il n’est pas reproché à Jacob Zuma ses actes présumés de corruption, mais son dédain à l’égard des procédures qui les concernent.

Depuis la création, en 2018, de la commission présidée par le juge Raymond Zondo, l’ancien chef de l’État mis à l’index s’est échiné à snober les appels à collaboration, n’acceptant de témoigner qu’en juillet 2019 et balayant d’un revers de la main toute autre convocation, alors même qu’il s’épanchait dans la presse.

S’il continuait de se muer dans le mutisme, la Cour aurait beau jeu de lui infliger une peine exemplaire…

Bien que son droit au silence se soit fissuré, en janvier, après une décision de la Cour constitutionnelle l’obligeant à comparaître, le prédécesseur de Cyril Ramaphosa avait continué de snober les convocations, s’exposant cette fois à cette accusation d’outrage.

Guerre des nerfs

La perche tendue, ce vendredi, pouvait-t-elle sortir le corrompu présumé de sa torpeur ? Devrait-il y lire un piège ou l’occasion de s’en tirer à bon compte ? Jacob Zuma avait jusqu’au mercredi 14 avril pour déposer une déclaration sous serment expliquant « la nature et l’ampleur de la peine qui devrait lui être imposée ». S’il continuait de se muer dans le mutisme, la Cour constitutionnelle aurait beau jeu de dire qu’elle aura exploré toutes les possibilités pour entendre l’inculpé ; et beau jeu de lui infliger une peine exemplaire…

Rebelle et fantasque, Zuma a toujours déclaré n’avoir aucune crainte d’être arrêté, ni condamné ni incarcéré. Ce 14 avril, la presse sud-africaine révèle qu’en guise de déclaration sous serment, l’ancien président a adressé au juge en chef Mogoeng Mogoeng une lettre de 21 pages dans laquelle il se refuse à choisir sa sentence. La guerre des nerfs continue…

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