Politique

Maroc : Mohammed VI lance la généralisation de la protection sociale

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Mis à jour le 15 avril 2021 à 16h56
Le roi Mohammed VI préside un Conseil des ministres au Palais de Rabat.

Le roi Mohammed VI préside un Conseil des ministres au Palais de Rabat. © AZZOUZ BOUKALLOUCH/MAP

Quelques mois après un discours du roi Mohammed VI, qui prônait la couverture sociale pour tous les Marocains, les contours de la réforme se dessinent peu à peu. Les détails.

« Une révolution sociale ». C’est en ces termes que le ministre de l’Économie et des Finances, Mohamed Benchaâboun, a présenté les contours de la future généralisation de la protection sociale devant le roi Mohammed VI, le 14 avril, au Palais royal de Fès. À cette occasion, trois conventions-cadres relatives à la généralisation de l’assurance maladie obligatoire de base ont été signées au profit de plusieurs catégories : les travailleurs indépendants, les personnes non-salariées exerçant une activité privée, les artisans et professionnels de l’artisanat, et les agriculteurs.

Ainsi, « 11 millions de citoyens indépendants et leurs familles bénéficieront de l’assurance maladie obligatoire de base en 2021 », selon Benchaâboun. Auxquels s’ajoutent les 11 autres millions de Marocains déjà couverts par le système d’assistance médicale du RAMED (régime d’assistance médicale). Au total donc, au cours des années 2021 et 2022, 22 millions de citoyens devraient être assurés contre la maladie (frais de médicaments et d’hospitalisation), avec le même panier de traitements couverts par la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) pour les travailleurs du secteur privé et public.

Et l’État ne compte pas s’arrêter là. En 2023 et 2024, il prévoit de généraliser les allocations familiales, puis d’élargir l’assiette des adhérents aux régimes de retraite (principalement aux travailleurs indépendants et/ou libéraux) et de généraliser les indemnités pour perte d’emploi pour « toute personne exerçant un emploi stable », et ce dès 2025.

Modèle hybride public-privé ?

Si le ministre de l’Économie n’a pas donné plus de détails sur la mise en œuvre de ces différents programmes, il a déjà indiqué que la réforme nécessitera, au total, un montant annuel de 51 milliards de dirhams (environ 4,7 milliards d’euros), dont 23 milliards (environ 2,1 milliard d’euros) seront financés par le budget général de l’État. « La mise en œuvre de ce projet avant-gardiste nécessite (…) le lancement d’un ensemble de réformes structurelles, qui concernent la mise à niveau du système de santé, la réforme du système de compensation, la gouvernance des organismes de sécurité sociale, la consolidation des  compétences médicales, la gestion des ressources humaines et leur répartition géographique… », a t-il ajouté.

Le ministre n’a pas évoqué une éventuelle réforme du système fiscal. Pourtant, selon de nombreux économistes, le royaume pourra difficilement faire l’impasse sur ce sujet s’il espère réussir ce projet d’envergure. Comme à son habitude, le gouvernement compte s’appuyer sur le secteur privé, puisqu’il prévoit notamment l’ouverture du secteur aux compétences et aux investissements étrangers pour « renforcer les capacités médicales nationales (…) et encourager les établissements internationaux de santé à travailler et investir au Maroc ».

Fragilité socio-économique

La réforme est l’émanation directe d’une volonté royale. En juillet dernier, lors d’une allocution donnée à l’occasion de la Fête du Trône, Mohammed VI avait annoncé la généralisation de la couverture sociale au profit de l’ensemble des Marocains.

Il faut dire que la crise du Covid-19 a révélé la grande fragilité socio-économique des citoyens : sur 36 millions d’habitants, 60 % d’entre eux souffrent de précarité, et entre 4 et 5 millions de ménages vivent du secteur informel (soit 24 millions de personnes environ).

Dans la foulée, le Conseil des ministres a quant à lui validé un projet de loi-cadre sur la généralisation de la protection sociale, le 11 février dernier. Un projet désormais sur les rails.

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