Politique

Algérie : Saïd Bouteflika nie toute implication dans le financement de la campagne pour le 5e mandat 

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Principal « donneur d’ordre »,Saïd Bouteflika (à g.). Ici avec son frère Abdelaziz, ex-chef de l’État.

Principal « donneur d’ordre »,Saïd Bouteflika (à g.). Ici avec son frère Abdelaziz, ex-chef de l’État. © SAMIR SID

Le frère cadet de l’ex-président algérien l’assure : il ne sait rien du financement de la campagne pour le cinquième mandat.

Les convocations devant un juge d’instruction ont ceci de bon pour les prisonniers qu’elles leur permettent de briser la monotonie de la vie carcérale. C’est le cas pour Saïd Bouteflika, frère du président déchu et ancien puissant conseiller à la présidence, incarcéré depuis le 3 janvier dernier à la prison d’El Harrach, dans la banlieue Est d’Alger.

Lundi 12 avril, Saïd Bouteflika a été extrait de sa cellule pour être présenté devant un juge d’instruction du tribunal de Sidi M’hamed et a été entendu dans le cadre d’une affaire liée à la campagne électorale pour le 5e mandat de Abdelaziz Bouteflika. En présence de son avocat Khaled Bourayou, l’ex-conseiller a été auditionné pendant plus de deux heures.

« Aucune directive du président »

Acquitté par le tribunal militaire de Blida le 2 janvier de l’accusation de « complot contre l’armée et l’autorité de l’État » pour laquelle il avait été condamné en première instance à 15 ans de prison, Saïd Bouteflika n’a pas changé de ligne de défense. Il n’est en rien concerné par cette affaire et ne comprend toujours pas les raisons pour lesquelles il se retrouve derrière les barreaux.

Interrogé par le juge d’instruction sur la campagne électorale pour le 5e mandat de son frère, Saïd Bouteflika répond qu’il ignore tout du comité copiloté par l’ancien Premier ministre Abdelmalek Sellal, comme directeur de campagne, et par l’ex-homme d’affaires Ali Haddad, qui officiait comme une sorte d’intendant général et de grand argentier. Saïd Bouteflika ajoute qu’il ne s’est mêlé ni de près ni de loin à cette campagne.

Saïd Bouteflika n’a pas changé de ligne de défense : il n’est en rien concerné par cette affaire

Véritable président-bis à l’époque où son frère aîné était au pouvoir, interface entre le chef de l’État et le reste des institutions, unique personne à avoir un accès direct et illimité à Bouteflika reclus dans sa résidence de Zéralda, Saïd Bouteflika pouvait-il ignorer à ce point les activités de ce comité ainsi que les sommes colossales qui avaient été versées par des oligarques pour financer la campagne du 5e mandat ? Difficile à croire. « Il n’a reçu aucune directive en ce sens de la part du président de la République », affirme son avocat, Khaled Bourayou.

Jugés en appel en janvier 2021 dans le cadre de cette affaire de financement occulte, Abdelmalek Sellal a écopé d’une peine de 12 ans de prison alors que Ali Haddad a vu la sienne passer de 7 à 4 ans de prison. Ali Haddad qui entretenait une solide amitié avec Saïd Bouteflika avait déjà expliqué devant un juge ou en audience que le frère cadet était au courant des moindres détails de ce comité de campagne.

Au cours du procès en première instance qui s’est déroulé en décembre 2019, Haddad avait clairement impliqué l’ex-conseiller à la présidence. « Le 6 février (2019), Saïd Bouteflika m’a demandé de récupérer entre 700 et 800 millions de dinars (environ 5,7 millions d’euros) qui étaient au siège de la campagne électorale à Hydra », avait dit Haddad aux magistrats qui s’enquerraient sur la provenance de ces fonds. Extrait de sa cellule à la prison de Blida pour être auditionné et confronté aux autres prévenus lors de ce procès, Saïd Bouteflika avait catégoriquement refusé de répondre aux questions du tribunal.

S’il a accepté de répondre au juge lundi 12 avril, il n’a pas pour autant changé de stratégie, laquelle consiste à charger les autres collaborateurs ou anciens amis oligarques du président. Au magistrat qui le questionne sur l’achat du matériel pour le lancement d’une chaîne de télévision dédiée à la promotion du 5e mandat, Saïd Bouteflika botte là encore en touche. Il n’est mêlé ni de près ni de loin à cette chaîne dont il ne connaissait, selon lui, même pas le nom. La justice soupçonne que les fonds ayant servis à l’acquisition de cette chaîne proviennent de l’argent récoltée pour le compte de cette campagne. Selon diverses sources, et à en croire les aveux de certains prévenus, pas moins de 52 millions d’euros ont été versés par des hommes d’affaires pour financer la campagne pour la candidature à un cinquième mandat.

Selon diverses sources, pas moins de 52 millions d’euros ont été versés pour financer la campagne de Bouteflika

Pour Khaled Bourayou, ni la mise sous mandat de dépôt de Saïd Bouteflika ne se justifie ni son audition devant un juge dans le cadre de cette affaire. « Ce sont des faits qui ont acquis l’autorité de la chose jugée », observe-t-il. Outre ce dossier de financement de la campagne électorale, d’autres affaires attendent le frère cadet de Bouteflika. La justice l’a déjà inculpé dans le cadre d’une affaire pour laquelle l’ancien ministre de la Justice Tayeb Louh est incarcéré. Il est poursuivi pour ses présumées interventions auprès de ce dernier, qui étaient destinées à aider des hommes d’affaires ou encore à faire annuler les mandats d’arrêts internationaux émis en août 2013 contre l’ex-ministre de l’Énergie Chakib Khelil dans l’affaire Sonatrach. 

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