Politique économique

Kako Nubukpo à la Commission de l’Uemoa : le retour en grâce de l’économiste hétérodoxe

Réservé aux abonnés | | Par - (avec Charles Djade, à Lomé)
Mis à jour le 15 avril 2021 à 09h48
Kako Nubukpo (Togo), le 04.09.2015. Bruno Levy pour JA

Kako Nubukpo (Togo), le 04.09.2015. Bruno Levy pour JA © Bruno Levy pour JA

L’économiste togolais a été désigné par le président Faure Gnassingbé pour représenter Lomé au sein de l’instance régionale. Un retour en grâce des plus officiels pour l’ancien ministre, écarté des cercles institutionnels il y a quelques années en raison de ses critiques contre le franc CFA.

Son nom apparaît en dernière position – mais c’est l’ordre protocolaire et alphabétique qui le veut – dans la liste des nouveaux Commissaires de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa), désignés le 14 avril. Selon les informations de Jeune Afrique, la nouvelle commission devrait être officialisée au début de mai. Kako Nubukpo a été désigné par la république du Togo pour la représenter au sein de l’institution économique sous-régionale.

Nouvelle présidence sénégalaise

L’économiste togolais remplace à la Commission, dont le siège est à Ouagadougou au Burkina Faso, son compatriote Essowè Barcola. Il siègera aux côtés de l’Ivoirien Paul Koffi Koffi, du Burkinabè Filiga Michel Sawadogo et du Béninois Jonas Gbian, reconduits à leurs postes.

Outre Kako Nubukpo, la nouvelle promotion de commissaires comprend quatre autres dirigeants.

Il s’agit de : Mahamadou Gado (Niger), ancien directeur national de la BCEAO à Niamey, Mamadù Serifo Jaquite (Guinée-Bissau), ex-secrétaire général de la présidence, Lassine Bouaré (Mali), ancien ministre de la cohésion sociale, ainsi que Abdoulaye Diop (Sénégal). L’ancien ministre du Budget du président Abdoulaye Wade décroche également la présidence de la Commission, prenant la suite du Nigérien Abdallah Boureima.

 

Nouvelle Commission de l’Uemoa – Avril 2021

Travaux hétérodoxes sur les questions monétaires

A posteriori, la nomination de Kako Nubukpo à la Commission de l’Uemoa paraît d’autant plus logique que dès janvier dernier, il avait été nommé conseiller économique d’Abdallah Boureima.

Mais l’accession au collège des commissaires de cette institution sous-régionale – acteur clé du fonctionnement et de la réforme du franc CFA – de ce docteur en économie (Lyon 2) aurait paru tout sauf évidente, il y a encore quelques années.

L’ancien haut cadre de la Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest (BCEAO), titulaire par ailleurs d’un master en économétrie de l’Université de Strasbourg, était connu au début de la dernière décennie pour ses travaux hétérodoxes sur les questions monétaires, pointant souvent les faiblesses et les effets contre-productifs du système monétaire hérité de l’ère coloniale.

Sa nomination, en octobre 2013, comme ministre de la Prospective et de l’Évaluation des politiques publiques du président Faure Gnassingbé avait été perçue comme un choix original et un signe d’ouverture de la part des autorités de Lomé.

Très vite, pourtant, les prises de positions tranchées du ministre contre la « servitude monétaire » avaient fini par agacer plusieurs dirigeants de la sous-région, entraînant son exfiltration du gouvernement togolais à la mi-2015.

Recasé en mars 2016 comme directeur de la francophonie économique au sein de l’Organisation internationale de la francophonie, il en est suspendu à la fin de 2017 avant une séparation définitive au premier trimestre 2018, en raison de prises de position jugées excessives – cette fois – pour un fonctionnaire international tenu au « devoir de réserve ».

Retour en faveur

Les deux dernières années ont été cependant l’occasion d’un remarquable « retour en faveur » du quinquagénaire, alors que se décidait enfin la réforme (partielle selon les critiques) du franc CFA annoncée en décembre 2019 par les présidents Alassane Ouattara et Emmanuel Macron.

En avril 2019, il avait été nommé doyen de la Faculté des sciences économiques et de gestion de Lomé, sous le regard approbateur de l’exécutif. Quelques mois plus tard, en septembre, c’était au tour du Conseil présidentiel pour l’Afrique, nommé par le président Emmanuel Macron, d’organiser une audition de l’économiste hétérodoxe et ce dans les locaux de la très officielle Agence française de développement. À la fin mars 2020, c’est la Commission des finances du Sénat français qui sollicitait son éclairage sur la réforme du franc CFA.

Les responsabilités qui reviendront à Kako Nubukpo au sein de la Commission ne sont pas encore connues.

Son prédécesseur au siège du Togo, Essowè Barcola, était en charge du département des services administratifs et financiers.

Le département des politiques économiques et de la fiscalité intérieure – qui correspond davantage au profil et à l’expertise de Kako Nubukpo – revenait lui au futur ex-Commissaire sénégalais Mamadou Makhtar Diagne. Pour rappel, entre 2010 et 2011, l’économiste avait dirigé le pôle « analyse économique et recherche » de l’Uemoa.

Par ailleurs, début avril, Kako Nubukpo a annoncé l’organisation – reportée d’un mois – d’une nouvelle édition des États généraux de l’eco, prévue à l’Université de Lomé du 26 au 28 mai. Ils devraient être l’occasion de la présentation d’un « rapport sur les options de transition du franc CFA à l’Eco ». C’est aussi le principal chantier de la nouvelle commission de l’Uemoa.

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