Politique

Présidentielle au Tchad : Idriss Déby Itno réélu au premier tour avec 79,32 % des voix

Mis à jour le 19 avril 2021 à 22:17

Le maréchal-président Idriss Déby Itno en campagne à Bongor, dans le Mayo-Kebbi Est. © Présidence du tchad

Personne n’attendait de surprise et il n’y en a eu aucune : Idriss Déby Itno a été réélu au premier tour de la présidentielle. Selon les résultats provisoires présentés par la commission électorale, il remporte 79,32 % des suffrages, devant son ancien Premier ministre, Albert Pahimi Padacké.

La Commission électorale nationale indépendante a rendu public, ce 19 avril, les résultats provisoires du premier tour de la présidentielle du 11 avril dernier. Selon ces chiffres, le chef de l’État sortant, le maréchal Idriss Déby Itno, arrive en tête avec 79,32 % des voix, et remporte donc son pari de gagner un sixième mandat sans avoir à disputer de second tour.

Le candidat du Mouvement patriotique du salut (MPS, au pouvoir depuis 1990) devance son ancien (et dernier) Premier ministre, Albert Pahimi Padacké. Ce dernier, qui représentait le Rassemblement national pour la démocratie au Tchad – le Réveil, totalise 10,32 % des suffrages.

Suivent Lydie Beassemda (3,16 %), le chef de file de l’opposition, Félix Nialbé Romadoungar (1,90 %), Brice Mbaimon (1,4 %), Baltazar Alladoum (1,3 %), Saleh Kebzabo (1,03 %, qui avait retiré sa candidature), Théophile Yombombé (0,43 %) et Ngarjely Yorongar (0,4 %, qui avait retiré sa candidature).

« Quelques irrégularités », selon les observateurs

La participation, dont le chiffre était particulièrement attendu, s’élève quant à elle à 64,81 %. La journée du 11 avril avait pourtant paru bien calme dans de nombreux bureaux de vote, où les électeurs ne s’étaient pas bousculés. Beaucoup de Tchadiens considéraient en effet ce scrutin comme sans enjeux, tandis qu’une partie de l’opposition avait appelé au boycott, espérant empêcher une réélection du président sortant.

De nombreux problèmes avaient été constatés lors de l’enrôlement et de la distribution des cartes d’électeurs, faisant craindre une faible participation ainsi que des fraudes. Plusieurs opposants avaient alerté sur des violations et des comportements frauduleux, mais les observateurs de l’Union africaine et des organisations régionales affirment n’avoir constaté que « quelques irrégularités », qui « ne sont pas de nature à entacher la crédibilité du scrutin ».

Si le MPS s’est félicité que les Tchadiens aient « massivement participé à cet important exercice démocratique », Saleh Kebzabo, un des leaders de l’opposition, s’est quant à lui réjoui d’une « victoire importante de [son] appel au boycott ». « En choisissant de répondre abondamment à l’appel au boycott de l’apartheid électoral, le peuple a acté avec classe la fin d’un système et d’un régime et a choisi l’avenir plutôt que le passé », a également réagi l‘opposant Succès Masra.

Une élection entachée par une attaque au Nord

Mais alors que les opérations de dépouillement avaient lieu, Idriss Déby Itno avait le regard tourné vers le nord du pays, où des colonnes rebelles ont pénétré le territoire tchadien depuis la Libye. Plusieurs affrontements ont été rapportés au Tibesti et dans le nord du Kanem entre l’armée et les hommes du Front pour l’alternance et la concorde au Tchad (FACT), dirigés par Mahamat Mahdi Ali, ancien du Mouvement pour la démocratie et la justice au Tchad (MDJT) et de l’Union des forces pour la démocratie et le développement (UFDD).

Selon les autorités tchadiennes, les combattants du FACT ont été mis en déroute, mais Mahamat Mahdi Ali (dont les avoirs ont été gelés en 2017 en France) affirme que ses troupes contrôlent encore un périmètre autour des localités de Zouarké et Wour, à 400 kilomètres environ au sud de la frontière avec la Libye, où les rebelles sont habituellement basés. Selon nos informations, la France fournissait à N’Djamena une assistance en renseignement grâce à ces moyens aériens. La sécurité a en outre été renforcée dans la capitale ces trois derniers jours.

Comme les troupes du Conseil de commandement militaire pour le salut de la République (qui avaient attaqué en 2018 avant d’être stoppé par l’aviation française), les hommes du FACT se sont battus ces dernières années en Libye, notamment au sein des milices basées à Misrata. Mais l’évolution de la situation libyenne fait craindre à N’Djamena qu’ils cherchent à s’établir plus au sud, en territoire tchadien et jusqu’au Kanem, d’où Mahamat Mahdi Ali est originaire.