Transport aérien

Royal Air Maroc : entre pilotes et direction, un impossible « dialogue » ?

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Mis à jour le 19 avril 2021 à 10h14
La Royal Air Maroc compte développer ses liaisons sur le continent africain.

La Royal Air Maroc compte développer ses liaisons sur le continent africain. © Hassan Ouazzani pour Jeune Afrique

Entre accusations de « nettoyage social » et dénonciation d’une masse salariale exorbitante, le conflit entre la compagnie et ses commandants de bord rend la sortie de crise très incertaine.

Le 25 novembre dernier, le tribunal de première instance de Casablanca avait ordonné la dissolution de l’Association marocaine des pilotes de lignes (AMPL). La RAM estimait que celle-ci, n’avait pas de statut légal pour faire office de représentation des salariés ou d’engager des négociations et des pourparlers en leur nom.

« Nous avons été victimes d’un nettoyage social et d’un ciblage dû notamment à l’accumulation de conflits avec notre employeur depuis cinq ans. Nous avons proposé à la RAM une économie de 400 millions de dirhams (plus de 37 millions d’euros) avec une réduction de salaire des 500 membres de l’AMPL sur trois ans, mais celle-ci a refusé, préférant licencier 65 pilotes pour 250 millions de dirhams. Une trentaine de procès sont en cours pour licenciement abusif », confie un membre de l’AMPL.

La masse salariale, vrai ou faux facteur « aggravant » ?

Ce dernier dénonce également l’utilisation par la RAM de la masse salariale des pilotes de ligne comme facteur aggravant de son bilan économique, alors que selon lui le problème serait « un problème de gouvernance avec des charges de fonctionnement exorbitantes ». Par ailleurs, celui-ci estime que « le prix de vente des avions de la RAM seraient illusoires.

« Il me parait difficile de vendre ces appareils à des prix moyens de 37 millions à 50 millions de dirhams alors qu’ils ont plus de dix ans. Actuellement les appareils à la vente sur le marché mondial ont en moyenne trois à quatre ans d’ancienneté ». ajoute t-il.

Un conflit larvé entre les deux protagonistes, qui ne date pas d’aujourd’hui. En 2017, déjà, à la suite du décès d’un pilote de 27 ans (d’une crise cardiaque au moment de la prise de ses fonctions), les pilotes avaient reproché à leur employeur de ne pas assurer les conditions minimales de sécurité. En effet, 45 minutes avaient été nécessaires pour transporter le jeune pilote à l’hôpital.

Concorde temporaire

En 2018, la compagnie marocaine a vécu l’une des crises majeures depuis sa création il y a plus d’un demi-siècle. Plusieurs annulations de vols avaient été imputés par l’AMPL à « une mauvaise gestion de la RAM de la commercialisation de ces billets, qui n’avaient pas été écoulés, ainsi qu’à une hausse des heures de vol due à l’augmentation de sa voilure ». La direction de la RAM avait elle pointé « des grèves » de ses pilotes de ligne qui auraient conduit à l’annulation de 260 vols en l’espace de six mois et à des pertes estimées à 450 millions de dirhams.

La même année, l’AMPL avait annoncé une hausse des salaires de ses 280 commandants de bord et 260 pilotes de ligne, à hauteur de 10 000 dirhams et de 5 000 dirhams supplémentaires. Ces derniers étaient rémunérés auparavant autour de 120 000 dirhams et 70 000 dirhams par mois. Des augmentations qui ont couté 85 millions de dirhams à la compagnie soit 3,7 % de sa masse salariale estimée à près de 2,3 milliards de dirhams.

Malgré ces grèves successives, la RAM avait réussi en mars 2019 à obtenir une paix sociale avec ses pilotes de lignes et transporté 7,3 millions de passagers, a bord de 57 appareils pour 99 destinations. Une concorde temporaire que la crise de 2020 a fait voler en éclats.

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